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KröniK | Kult Mogil - K+M+B (2015)


Ce n'est pas parce qu'elle ne dépasse que de peu les quinze minutes au compteur que K+M+B, séminale et unique démo de Kult Mogil, doit être considérée comme une petite bestiole. Casern Bitch Productions (Bubonic Christians) ne s'y est d'ailleurs pas trompé, lui qui la réédite aujourd'hui en format CD (agrémenté d'un livret dépouillé qu'habille toutefois une photo aux teintes funèbres particulièrement appropriées), après qu'elle ait été publiée en vinyle et en cassette par Gravplass Propaganda quelques mois après avoir vu la nuit en mars 2015.
Plus que l'inoffensif brouillon de Anxiety Never Descending, un premier méfait longue durée dévastateur, ce galop d'essai permet aux Polonais de frapper d'emblée un grand coup. Dans la gueule et dans le landerneau d'un death metal qu'ils pénètrent avec une science malsaine du coup de boutoir malsain et rampant. Si son origine géographique pouvait laisser espérer - ou craindre - une férocité bas du plafond sinon orthodoxe, les panzers venus de l'est n'étant pas toujours réputés pour leur finesse, Kult Mogil préfère à la ligne droite les chemins sinueux, escarpés, bordés de ravins vertigineux. Trois titres suffisent à ce groupe sur lequel on ne sait que peu de choses (ce n'est pas grave), pour dévoiler le vit monstrueux d'une inspiration sans limites. L'implacable technicité qui coule dans ses artères n'exonère en rien cette démo d'une morbide négativité qui éclabousse d'un sang poisseux tout ce qui l'entoure. Vibrant d'une force souterraine quasi thrash et perforé de crevasses aux confins d'un doom granitique, ces compositions dont les dimensions ramassées ne les rend que plus intenses, reposent solidement sur un socle aux lourdes et tentaculaires ramifications. Après les avoir écartées avec une rapidité effrénée, Dearly Departed referme aussi vite ses cuisses, ne laissant qu'un sombre corridor aux multiples cassures pour atteindre sa caverneuse intimité. Flirtant avec un techno thrash viscéral, Brief Life, Eternal Glory est fait du même bois vicieux. Les nombreuses strates qui le chevauchent confère à cette piste aussi reptilienne que pulsative des allures de labyrinthe obscur cependant que Attired In Rags s'abîme franchement dans les profondeurs d'un charnier. Toute la force de Kult Mogil tient d'ailleurs dans cette façon de conjuguer ambiances funéraires et canevas alambiqué que perforent de pesantes fractures. Drapé d'un artwork original et réussi, K+M+B est la carte de visite passionnante d'un groupe au potentiel énorme. 3.5/5 (2017) | Facebook






Bubonic Christians | The Puppets Of Satan (2015)


Bien sûr, les mauvaises langues argueront que Bubonic Christians n'a (presque) que deux titres - mais quels titres ! - dans sa maigre besace. La présence répétée de Morbid et de Let Me Piss On Your Grey Stone, tout d'abord sur la démo séminale, puis sur le récent split partagé avec Eternal Majesty et enfin sur The Puppets Of Satan, qui nous intéresse aujourd'hui, semble donner, à première vue, raison aux grincheux. Les mêmes ne manqueront peut-être pas de souligner que ce EP, une fois vidé de ces deux titres et d'une (longue) outro, sur laquelle nous reviendrons, ne se réduit finalement qu'à une petite doublette de six minutes et trente secondes, montre en main. Pas faux. Pourtant à l'arrivée, on s'en fout pas mal. Car déjà, ce n'est pas tout à fait vrai. Car, décidément, on ne se lasse pas de ces deux scarifications déjà connues, véritables scalpels trempés dans la rouille qui labourent la peau, creusant dans la chair des stigmates qui ne s'effaceront jamais, pas même avec le temps. Avec ses relents thrash, Let Me Piss On Your Grey Stone crache une semence obsédante, imprime un tempo implacable, emporté par ces riffs pollués qui grésillent tandis que le chant bestial et inaudible copule avec une batterie survoltée, le tout garanti sans OGM et première prise, comprendre que le son est dépouillé, vierge de quelconques artifices.  C'est la pureté du mal originel, l'énergie rustre et spontanée que cette hydre à deux têtes cherche à saisir, ce qui ne l'empêche pas de soigner un écrin simple mais recherché. Capturé lors d'une seule session, The Puppet Of Satan vibre, à l'instar de ses prédécesseurs, d'un feeling ferrugineux, dans ses veines coule une sève méphitique, comme l'illustrent aussi les trois crachats suivants. Après une intro pesamment heavy, The Land Of Ropes démarre ensuite, irrigué par ces lignes de guitare aussi déglinguées qu'obsédantes. Le tout est plié avec la rapidité d'un éjaculateur précoce. (Un peu) plus long, le titre éponyme se veut aussi plus intéressant bien que son architecture semble identique, également basé sur de lents préliminaires, vite balayées par un tempo qui brutalement s'accélère. Mais, sa durée le lui permettant, The Puppet Of Satan voit ses traits perforés par de nombreuses cassures. Et avec toujours ce sens de l'accroche venimeuse qui vous hante longtemps encore une fois l'écoute achevée. Long de vingt intrigantes minutes, la piste terminale, sobrement baptisée Outro se divise en réalité en deux parties. Instrumentale, la première égrène une mélancolie lancinante, puis, encore une fois, le rythme s'emballe soudainement, avant de mourir peu à peu. La seconde partie ne surgit enfin qu'après plusieurs minutes de silence, constituée d'une répétition durant laquelle on peut entendre, comme le témoin caché d'un rituel séculaire, Alcoholichrist et Waste interpréter Morbid et Let Me Piss On Your Grey Stone, manière de boucler la boucle en somme...  4/5 (2015)


                                   

Bubonic Christians | Demo I (2014)


Certes, petit étron de cinq titres, il n'en demeure pas moins que cette démo séminale de Bubonic Christians mérite franchement le détour. Parce qu'elle exalte toutes les valeurs du vrai Black metal underground, celui qui ne peut proliférer que dans l'obscurité, loin d'une lumière qui jamais ne vient l'effleurer, tape au tirage limité dans la (bonne) tradition du genre. Parce que ses géniteurs ne sont pas des inconnus, activistes de l'ombre au nombre de trois : le guitariste Alcoholichrist (Hell), le chanteur Maxime Taccardi (K.F.R., l'un des multiples projets de Déhà) et l'ancien batteur de Christicide, Waste. Surtout parce que, comme ce fut le cas de "Obédience", dernière démo en date de Hell, cette ostie va en réalité bien au-delà du crachat evil qu'elle semble être. De fait, si ses atours sales comme le sang menstruel, dont cette prise de son extrêmement crue et cette sève primitive et fiévreuse qui le secoue, arriment ce galop d'essai à un art noir bestial et orthodoxe, vierge de kystes mélodiques, il y a là un sens du riffing obsédant qui permet au trio d'être plus qu'une simple horde d'ayatollahs du black old school. De même, le son, pour cradingue qu'il soit n'a rien d'un cache-misère derrière lequel est tapie la médiocrité. A l'instar de Peste Noire dont il diffère cependant, on sent chez Bubonic Christians la volonté de capter une forme d'énergie méphitique. Rustre et survolté, le son se veut donc plus recherché qu'il n'y parait. On pourrait regretter que deux des cinq pistes proposées ne soient en fait que des versions instrumentales de 'Morbid' et 'Let Me Piss On Your Grave' qui ouvrent la marche, la première, saillie rapide et tordue à souhait, la seconde, implacable avec ses coups de boutoir qui labourent les chairs tel un scalpel rouillé, cependant que l'écoute s'achève (trop vite) sur un titre anonyme qui a des allures d'ébauche, de brouillon et sans lignes de chant non plus, mais au contraire, ce côté répétitif confère à cette démo l'aspect d'un maleström de négativité qui crachote, rituel impie dont nous sommes comme les témoins cachés dans l'ombre d'une crypte... (2015)