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Interview | Faal (janvier 2017)


Interview réalisée avec Faal, suite au split album partagé avec Eye Of Solitude.

Comment Faal est-il né ?
Faal a été formé en 2005 à Breda, dans le sud de la hollande. Mais après tous les changements du line-up, le groupe s’est basé à Tilburg, parce que la plupart des membres du groupe sont de là-bas.

Vous n’êtes pas vraiment productifs. Pourquoi ?
Tout comme notre musique, notre écriture est tout aussi lente, haha. Eh bien, la principale raison c’est que nous avons eu beaucoup de changements de line-up ces trois dernières années. Simplement pour illustrer : sur les six personnes qui ont enregistré « The Clouds Are Burning », seules deux sont encore dans Faal (Pascal et William). Donc, à chaque fois nous devons trouver des remplaçants, et les imprégner de nos morceaux. Et ce sont des moments où nous ne pouvons pas écrire de nouvelles choses. Mais finalement, on est sur le bon chemin pour enregistrer le nouvel album.

Pouvez-vous nous parler de "Abhorrence-Salvation" et de "The Clouds Are Burning". Quelles sont leurs différences ?
"Abhorrence" était considéré comme une démo. Donc le son n’est pas ce qu’il aurait pu être. "Clouds" était un album bien plus abouti, tant en écriture, que certainement aussi pour le son.

Votre dernier album est le split avec Eye Of Solitude. D’où vient ce projet ? 
On connaît les gars d’Eye Of Solitude depuis quelque temps maintenant, et on a eu l’idée de faire un split. De plus, on voulait encore faire de la musique, et comme l’album « Clouds » est déjà sorti depuis quelques années, on voulait dire qu’on était toujours là, bien vivants !

Votre morceau a été composé juste pour le split ?
Non, c’était un morceau qui était déjà écrit et enregistré avant de discuter du split.

Que pensez-vous d’Eye Of Solitude ?
Avant tout, ce sont des gars géniaux avec lesquels on aime traîner On a toujours eu de bons moments. Et leur musique est incroyable. Leurs lives sont toujours intenses.

 

Votre line-up a changé plusieurs fois. Pourquoi ?
Ce sont les raisons habituelles qui font que les gens quittent un groupe. Ils sont trop occupés, ou veulent du neuf, ou encore, ils ne peuvent plus assurer.

Pour moi, vous êtes très représentatifs de ce doom métal Néerlandais, froid, minéral, et granitiques. En êtes-vous d’accord ?
Eh bien, je n’ai jamais pensé que c’était un genre Néerlandais, mais peut-être avez-vous juste. Nous n’écrivons pas en fonction d’un genre particulier.

Un troisième opus est en route ? Quels sont vos projets ?
 On termine d’écrire le nouvel album. On espère débuter l’enregistrement en Février. A cause des changements de line-up, il aura un son différent des autres albums, mais ce sera toujours du Faal. Pas de soucis là-dessus.



Avez-vous déjà joué en France ? Quand est-ce que l’on vous verra, à Paris par exemple ?
On a joué à Lille l’année dernière au Kaotoxin Fest. J’espère qu’il y aura encore des concerts en France. Paris, ce serait génial.

Quelle est votre plus grande fierté avec Faal ?
C'est une question difficile. Ce que je veux dire, c’est que c’est toujours superbe d’avoir un bon retour après un concert. Mais on fait ce qu’il nous plait et quand les gens réagissent positivement, alors ouais, je crois que c’est une bonne chose dont nous sommes fiers.

Et que voudriez-vous changer dans votre carrière ?
Je ne sais pas vraiment. Si je pouvais tout recommencer, nous prendrions sûrement les mêmes décisions. C’est facile de « regarder dans le rétro », mais c’est pas comme ça que nous fonctionnons.

Quel est le morceau que vous avez écrit que vous préférez, et pourquoi ?
ça pourrait être un des nouveaux morceaux. On y est attaché. Je n’ai pas de morceau préféré. Je tiens à ce que nos fans choisissent leur préféré. Ils sont tous géniaux à jouer pour nous, donc « c’est celle que vous préférerez ».

Merci au groupe pour ses réponses et à Régis Pral pour la traduction.

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Eye Of Solitude / Faal (2015)



KröniK | Eye Of Solitude / Faal - Split (2015)


Commun dans le black metal, l'exercice du split l'est en revanche beaucoup moins dans le doom, à fortiori dans son expression la plus funéraire. L'étirement excessif des compositions ainsi que le caractère solitaire voire hermétique d'une musique qui porte la douleur suppliciée au rang d'art, peuvent expliquer cette rareté. Les exemples existent toutefois, que l'on songe à l'alliance entre Shape Of Despair et Before The Dawn notamment mais dans ce cas particulier, les deux protagonistes avaient opté pour un format plus ramassé, loin du socle dilaté habituel. Loin de tout cela avec Eye Of Solitude et Faal dont l'éphémère mélange de sang aux couleurs sombres de la dépression, ne les empêche nullement de déployer leur signature aussi lugubre que démesurée à travers, pour chacun d'eux, une longue pièce de plus de dix minutes au garrot. Les Anglais sont les premiers à tirer avec 'Obsequies', plainte d'une lenteur engourdie qu'irriguent des lignes de guitares belles à pleurer évoquant la mélancolie automnale du Saturnus et son "Paradise Belongs To You". D'ordinaire, principale clé de voûte de cette cathédrale pétrifiée, le chant de Daniel Neagoe parait ici étonnamment lointain et il faut attendre la seconde partie pour que l'organe caverneux du roumain vienne faire trembler ces gigantesques fondations. Englué dans une tristesse abyssale, le groupe égrène une toile empreinte d'une solennelle majesté. On reconnait son goût pour les ambiances gothiques que tisse un piano funèbre. C'est superbe de bout en bout, vibrant sous les coups de boutoir d'une beauté venue des profondeurs de la terre. En un titre, Eye Of Solitude confirme qu'il est bien le maître actuel d'un funeral doom death démesuré. Plus avare de sa semence que les Britanniques qui ne passent jamais une année sans nous visiter, Faal démontre avec 'Shattered Hope" qu'il est bien en vie, quoique parler de mort à son sujet, semble plus juste, tant son art possède cette faculté d'avaler la moindre trace de lumière, le plus petit souffle de respiration. Fidèle à ce sens de la contrition sévère, les Hollandais signent un mausolée aux racines minérales dont la vertigineuse inexorabilité lui confère des allures de procession qui peu à peu progresse vers un abîme sans fin. Durant près de quatorze minutes, les Bataves creusent un caveau d'une sourde puissance, vrillé par ces riffs obsédants, chargés d'un pus désespéré jusqu'à une conclusion orageuse. Deux groupes, deux titres, deux visions granitiques d'un doom death crépusculaire mais complémentaire dans leur terrifiante force émotionnelle. 4/5 (2016)


KröniK | Faal - Abhorrence - Salvation (2008)


Certains affirment que les meilleures pochettes sont aussi les plus simples, les plus dépouillées. Si on part de ce postulat, qui somme toute se défend, alors celle qui habille le premier méfait de Faal est des plus réussies : noire et uniquement remplie par le logo du groupe. Néanmoins, une bonne pochette peut être aussi celle qui symbolise avec justesse le contenu musical dont elle est l'écrin. Et à nouveau, Abhorrence-Salvation se prête très bien à la démonstration car, à l'admirer, on sait d'entrée que l'on va avoir affaire à du charbonneux, du pesant, du granitique. Quatre pistes pour près de trois-quarts d'heure d'un funeral-doom-death minéral, telle est la sentence de cet opus sculpté par une formation dont les membres - ils sont six - animent la scène extrême hollandaise (Nibdem, In Age Of Sadness...). Moins célèbre que l'école britannique ou finlandaise, il existe pourtant un doom à la sauce batave. Il est généralement pachydermique, suffocant, froid comme ces plages de la Mer du Nord figées par l'hiver, grisâtre. Faal ne va certes pas aussi loin que Bunkur, la référence du genre au pays des moulins, dont le Bludgeon a fait exploser le compteur Geiger de la désolation suicidaire, mais il sait sans problème appuyer sur l'interrupteur et plonger dans une obscurité opaque tout ce qui l'entoure. Avec Abhorrence-Salvation, les invariants de cette chapelle funéraire sont honorés avec respect, à commencer par ce chant des cavernes et ses guitares sentencieuses rongées par une gangrène de rouille qui sécrètent un fluide d'une tristesse infinie. Le groupe prend son temps, au point même de parfois suspendre celui-ci, comme il sait le faire lors de l'agonisant, et donc très réussi, "Perpetual Solitude" où le batteur peut quasiment aller pisser entre deux coups de caisse claire qui résonnent comme les derniers battements de cœur du mourant. Faal y égrène pendant de longues minutes interminables, son désespoir terminal avec une sincérité exemplaire. Car ce n'est pas l'originalité qui permet de mesurer la qualité d'un album de doom, mais la sincérité justement. S'il est facile de larmoyer sa misérable existence comme peuvent le faire les gothiques des caniveaux, ça l'est en revanche beaucoup moins d'ériger un monument de douleur pétrifiée avec noblesse et gravité. Faal y parvient. "00:00", "In My Final Hour Of Grief", que vrillent des riffs d'une beauté triste et lancinante, le mortifère "The Scent Of Withered Flowers", et donc "Perpetual Solitude", sont des plongées abyssales dans les arcanes de la souffrance, d'une dépression sans fin. Un trou noir, qu'aucune lumière ne vient jamais éclairer. Autant dire que l'on sort de l'écoute de Abhorrence-Salvation, lessivé, usé, sapé par ses coups de boutoir témoins d'une fatalité, d'une inexorabilité à laquelle on ne peut échapper. Mais le funeral doom est une musique masochiste et on prend plaisir à s'abîmer au fond de ces plaintes douloureuses et belles à la fois pour qui y est sensible. C'est une question de vécu, de ressenti, tout simplement. 3.5/5 (2009)