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KröniK | Devin Townsend - Ki (2009)


On avait bien senti que, ces dernières années, ça n'allait plus très fort pour Devin. Entre un Strapping Young Lad - projet qui ne lui convenait plus - qui virait de plus en plus à l'autoparodie, à la mauvaise blague, le sabordage du Devin Townsend Band et un Ziltoid The Ominiscient, certes sympathique, personnel (comme toujours) et fun mais peu ambitieux, le Canadien donnait l'impression de s'être égaré et donc, de plus que jamais se chercher. Comment va-t-il aujourd'hui ? Ses albums étant de véritables miroirs de son état d'esprit du moment en même que de sa santé (mentale), de fait Ki nous rassure. Annoncé comme le premier volet d'un ensemble de quatre opus (!) à la fois différents et très certainement complémentaires qui devraient voir le jour d'ici la fin de l'année, il montre un Devin Townsend enfin apaisé, posé et en phase avec lui-même, avec ce qu'il est. Ces treize chansons (sur un total de 47 en tout, en sachant qu'il en avait composé au départ 65), plus proches d'un rock atmosphérique que du metal, et encore moins du progressif, genre dans lequel le musicien est aussi à sa place que Sarkozy à un meeting du NPA, risquent d'en décevoir pas mal. Car si l'empreinte du Canadien se veut toujours bien présente (comment pourrait-il en être autrement ?), comme l'illustrent les premières mesures de "Disruptr" par exemple cependant que l'on pense parfois à Terria, comme lors de l'écoute de son morceau éponyme, Ki surprend par son apparent (et faux) manque de puissance. Corollaire de cette observation, il déçoit tout d'abord. A l'instar de maints grands disques, il réclame nombre de préliminaires pour le pénétrer en profondeur. mais, une fois bien au chaud dans la chair de son intimité. Tout y est en vérité épuré, feutré et réduit à une expression simple, qui ne veut pas dire simpliste. Cette évolution est le fruit notamment du récent travail de Devin sur cet instrument qu'est la basse (un titre tel que "Heaven Send" s'en ressent), sur le silence parfois aussi important que les notes que l'on joue. Il ne ressent plus le besoin de faire le maximum de bruit ou d'éjaculer une cascade de gammes, quand bien même le solo qu'il lâche sur "Heaven Send" est tout à fait digne dans sa folie de son ancien mentor Steve Vai. Néanmoins, Townsend n'est pas Malmsteen. Contrairement au Suédois, son jeu est pourtant gorgé de cent fois plus de feeling. Il suffit d'écouter le pointilliste "Terminal" pour s'en convaincre. Il est une brise délicate, pleine de justesse, parfois proche de certains travaux de Steven Wilson. Aucune saturation, seulement quelques notes égrenées avec émotion et un sens de l'économie admirable. Ce dépouillement pourrait être austère, il n'est que grâce et pureté. Cet album regorge de puissance mais celle-ci nait en fait du silence, d'un calme apparent. On pourrait presque parler de force intérieure, souterraine. Des perles d'écriture, belles comme un chat qui dort, telles que "Coast", "Gato", l'instrumental aérien "Ain"t Never GonnaWin...", très seventies dans l'esprit avec ses effets à la wah wah, les lents "Winter" et "Lady Helen" se drapent presque dans un voile fantomatique au point d'en devenir insaisissables tandis que Devin n'a pas résisté à glisser de ci de là quelques curiosités comme il en a le secret, témoin de ses goûts éclectiques, à l'image de l'étonnant "Trainfire" (lequel, d'ailleurs, aurait sans mal pu apparaître sur le délirant Infinity) qui le voit crooner de la plus belle des manières ou le quasi pop "Quiet Riot". Voilà donc un disque d'une très grande richesse, malgré la grande cohérence qui le traverse, introduction et trait d'union avant les autres pans que l'on hâte de découvrir et sans doute ce que Devin Townsend a offert de plus abouti depuis Synchestra, voire même Accelerated Evolution. 4/5 (2009)


                                   

KröniK | Devin Townsend - Addicted (2009)


Posons-nous un instant afin de faire le point sur les travaux récents du Canadien (toujours aussi) fou. Hormis un Strapping Young Lad désormais dans la tombe, l'homme a déjà livré depuis 2006 pas moins de quatre disques, Synchestra, The Hummer, Ziltoid the Omniscient et Ki, autant de facettes d'un artiste plus polymorphe que schizophrénique. Annoncé dès la sortie de son prédécesseur avec lequel il forme un ensemble (?) de quatre opus, Addicted affiche encore un autre visage de Devin Townsend. Si Ki, par son caractère silencieux et apaisé pouvait quasiment s'apparenter à de la non-musique, ce recueil de dix titres se veut quant à lui bien plus accrocheur et immédiat. A cela, rien de surprenant lorsque l'on sait que son géniteur l'a conçu comme une réponse à un metal calibré radio et ados à la Nickelback. Pour ce faire, le guitariste a mouliné des compositions simples au fuselage lourd en rythmique, écrin à des paroles aux connotations sexuelles et hilarantes. Mais ne croyez pas que le Canadien a décidé de draguer le tiroir-caisse car Addicted porte sa signature. Incontestablement. En effet, ces chansons sont certes, et à priori, faciles d'accès, aidées en cela pour la plupart d'entre-elles par la présence séduisante de Anneke van Giersbergen ("Addicted!", "Hyperdrive!", qui apparaissait déjà sur Ziltoid, "Resolve !"...), néanmoins elles sourdent une folie sournoise qui finit par contaminer tout le programme. De fait, on pense parfois au délirant Infinity. Grosses guitares, chants du Devin à foutre des frissons mais surtout cette trame qui ne file jamais vraiment droit. Pesant et chaloupé, "Addicted" a des fausses allures d'hymnes que parasitent des choeurs déglingués. "Universe In The Ball" semble avoir été expulsé du cerveau d'un malade mental et ce, en dépit de son tempo imparable. Et tout le reste est à l'avenant même les morceaux les plus évidents, tels que le béat "Bend It Like Bender !" ou la ballade pop "Ih-Ah" aux paroles délicieuses qui permet à Townsend de démontrer, si besoin en était encore, ses talents de chanteurs, comme il le fait aussi sur le long et terminal "Awake !", où il use de nombreuses tessitures vocales, piste qui par ailleurs meurt sur un fondu contemplatif de toute beauté. Seul peut-être "The Way Home", par son caractère atmosphérique, apparaît moins rongé par cette lèpre. Addicted n'est sans doute pas l'oeuvre la plus sérieuse ni la plus ambitieuse et encore moins la plus belle, de Devin Townsend mais cela ne l'empêche pas d'être très agréable à écouter, notamment grâce à la participation de l'ex sirène de The Gathering, toujours aussi sublime. Et de toute façon, lui-même s'en moque. Il n'a que faire des modes et des qu'en-dira-t-on. Il fait ce qui lui passe par la tête, point barre, ce dont on ne saurait trop le remercier. On attend de voir maintenant à quelle sauce le musicien va, la prochaine fois, nous manger. Soyez convaincu qu'aussi bien la qualité que l'originalité seront encore une fois au rendez-vous... 3.5/5 (2009)