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KröniK | ColdCell - Those (2017)


Stagnant dans les eaux troubles d'un post doom vénéneux, "Those" libère les émanations mortifères d'un black metal souterrain. 

Peu à peu, ColdCell est en train de gravir les marches d'une exposition amplement méritée, au gré de multiples changements de labels, le voyant passer de l'obscur Gravity Entertainment (le temps de l'originel "Generation Abomination") au révéré Avantgarde qui vient de le signer et où son black metal glacial et désincarné trouvera l'idéal refuge pour proliférer. Sans doute l'écurie italienne n'a pas été insensible à ce "Those", édité par Czar Of Cricket, troisième méfait qui impressionne par sa maîtrise des ambiances mortifères et du canevas tourmenté.

S'ils n'inventent rien dans ni dans la forme, minérale et sinueuse, ni dans le fond, sombre et torturé, les Suisses ont parfaitement assimilé et digéré les leçons de leur compatriote Triptykon avec lequel il partage cette même expression grouillante et maladive d'un art noir aussi labyrinthique que schizophrénique. Il ne manque aux Bâlois que le génie visionnaire de l'ex Celtic Frost pour se défaire de ce statut de disciple habile qui leur colle à la peau. Il s'agit là, très honnêtement, du seul (relatif) défaut de ce groupe qui dévoile avec cette offrande un style parvenu néanmoins à maturation, lente dérive dans des geôles souterraines et humides. Pulsatif et abyssal, "Those" est tout du long rongé par une gangrène corrosive. Avalé par une nuit épaisse aux allures de marée noire, son menu répand sa négativité poisseuse en s'abîmant dans les méandres d'un post doom lancinant, influence qui lui dicte un tempo plus empesé que fielleux et un sens des atmosphères pointillistes qu'égrènent des guitares à la fois squelettiques et tentaculaires ('Entity II'). Bien qu'il ne se prive pas de quelques accélérations plus typiquement black, témoin le percutant et enveloppant 'Heritage' que transpercent de désespérés accès de fureur, ColdCell prend son temps pour bâtir ce cénotaphe aux dimensions cyclopéennes, laissant respirer des plaintes engourdies pour mieux les laisser exploser en un torrent définitif, tel ce 'Drought In The Heart' convulsif et contemplatif, tumultueux et cendreux tout ensemble. Ce substrat instrumental aussi vertigineux que reptilien est creusé par un chant aux nombreuses nuances, tour à tour sentencieux ou écorché, rituel ou survolté, évoquant alors la folie contaminatrice de Bethlehem ou Deinonychus. Il est le venin de ce mal lourd et rampant qui infuse dans les profondeurs intimes de cet opus qui a quelque chose d'un gouffre qu'aucune lumière ne parvient à pénétrer. Stagnant dans les eaux troubles d'un post doom vénéneux, "Those" libère les émanations mortifères d'un black metal souterrain. (13/05/2018)


5ive | Hesperus (2008)



















Que les prémices entre drone et rock psychédélique du groupe, alors encore simplement baptisé 5ive, semblent loin désormais !

KröniK | Cloaca - Lassitude (2010)


Que Chris Naughton, guitariste issu à la base du terreau sludge, fasse montre d'une telle aisance dans le Black-Metal, genre dont il exalte la rudesse païenne avec Winterfylleth, est étonnant. En revanche, qu'il réussisse avec Cloaca, un des (nombreux) projets qu'il a sur le feu, à sculpter la roche du Post-Hardcore avec une maîtrise aussi exceptionnelle, l'est beaucoup moins.
Il n'empêche, Lassitude, première échappée d'une douloureuse beauté, que le Britannique a par ailleurs choisi comme carte de visite de son propre label, Lone Vigil Recordings, qu'il vient à peine de mettre sur pied, s'impose d'emblée comme une des plus puissantes créations dans un genre où l'on pensait pourtant avoir déjà tout entendu depuis quelques années. En cinq titres (pour plus de 75 minutes d'un Golgotha sans fin), dont une pause instrumentale squelettique à mi-parcours, manière de scinder l'album en deux, Cloaca fait sortir de terre un monument gigantesque d'une démesure dans le désespoir comme il nous a rarement été donné de l'entendre. D'une architecture extrêmement dense qui palpite d'une tension sourde, l'édifice se déploie sous la forme de marathons sonores oscillant entre 10 et 20 minutes d'une puissance granitique dont on a l'impression qu'elle provient du plus profond de la terre, épicentre d'un métal ultra-pesant qui ruissèle néanmoins d'une tristesse absolue. "Shellshock", déchirante montée en puissance propulsée par les rouleaux d'une batterie tellurique et dont les ultimes mesures s'estompent progressivement, constitue la définition la plus juste d'une musique écartelée entre rage explosive, qui s'exprime par l'entremise d'un chant forcément sous tension permanente, et fissures atmosphériques creusées par des riffs dont les notes sont trempées dans l'encre noire du désespoir le plus profond. Cloaca prend son temps pour installer des ambiances tragiques, peinture d'un monde contemporain en plein naufrage, à l'image de ces bateaux solitaires échoués sur une plage grise d'Angleterre. Lassitude est de ces œuvres qui laissent des résidus durables dans la mémoire et qui vous hantent encore longtemps après qu'elle ait été rangée. Cloaca transcende le genre post-hardcore auquel il vient de donner une de ses plus lettres de noblesse. Corollaire de cette éblouissante réussite, on se demande comment la formation parviendra à faire mieux par la suite. Vu le talent de Chris Naughton, on ne se fait pas tant de souci que cela... 4/5 (2010) | Facebook


5ive | The Telestic Disfracture (2001)



















Faux frère jumeau du premier opus éponyme encore  publié sous le nom de 5ive, The Telestic Disfractrure  se révèle très représentatif de l’adolescence du groupe américain, lorsque celui-ci braconnait davantage sur les terres du space rock hallucinogène que sur celle du post doom comme il le pratique désormais (mais pour combien de temps ?).

5ive's Continuum Research Project | The Hemophiliac Dream (2002)



















5ive's Continuum Research Project. Derrière cet étrange patronyme se cache en fait deux musiciens américains, Ben Carr (guitare) et Charlie Harrold (batterie).

KröniK | Caldera - Mist Throught Your Consciousness (2008)

Radar Swarm

Un jeune groupe, qu’est-ce que c’est ? C’est une entité qui se construit peu à peu à coup de démos, de concerts et de galères. C’est une entité qui sort enfin au bout de (trop) longues années son premier effort qu’une armée de pisse-copies ne pourra s’empêcher de comparer à d’autres qui sont (forcément !) passés par là avant, à fortiori si c’est de Français dont il s’agit. Un jeune groupe, c’est par exemple Caldera, formation nancéenne née en 2001 et déjà auteur de trois démos remarquées dans l’underground (dont Bison Skull et Holy Word To Unholy Species). A force de gigs, souvent prestigieux (avec Mastodon, High On Fire, Church Of Misery ou bien encore Sourvein), toujours instructifs, le quatuor a peu à peu forgé son armure sonore, dont le verni stoner tend de plus en plus à s’écailler pour être remplacé par un ramage moins évident, plus original aussi. De fait, quel chemin parcouru depuis ces débuts ! On s’en rend compte avec ce premier galop d’essai. Déjà l’esthétique a changé ; les atours fleurant bon le ketchup US a laissé la place à un concept bien plus sombre. Marécageux. Saluons d’ailleurs au passage le remarquable travail de Chimère Noire. Maladroitement rattaché à la scène post rock qui a le vent en poupe actuellement, Caldera ne noue pourtant que bien peu d’attaches avec des groupes tels que Pelican ou Red Sparowes, si ce n’est le format garanti 100 % instrumental retenu. Et si influences il y a, elles affleurent plus (parfois) qu’elles ne structurent véritablement l’édifice. Et elles sont plus à rechercher vers des contrées à priori lointaines. On pense par moment au Anathema des débuts (l’unique !), à Solstice voire dans une moindre mesure à Mastodon pour certaines harmonies de guitares. Les Lorrains érigent un art hybride alliant l’énergie salvatrice du pur heavy metal au désespoir le plus vertigineux qui les conduit, plus le disque progresse, aux confins du doom, comme l’illustre la longue marche funèbre terminale qu’est le ténébreux "Dawn Redwood". Denses et s’arc-boutant sur une assise rythmique à la fois granitique et groovy, tous les morceaux maîtrisent l’art de la montée en puissance (notamment le gigantesque “ White Pine ”, orgasme de vibrations négatives et sans doute le meilleur du lot), conduit par des grattes incandescentes, véritable vigies guidant le navire, quand bien même elles suintent une tristesse infinie ("Coast Redwood", "Wollemia"). Mist Through Your Consciousness ouvre sur un lendemain que l’on devine passionnant, surtout si Caldera continue de s’affranchir de tous les carcans pour tracer un paysage unique et insaisissable et parvient à matérialiser la puissance dont il est capable sur scène, seul (très léger) bémol d’un album des plus prometteurs. (02.08.2009) ⍖⍖⍖