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KöniK | Monster Magnet - Powertrip (1998)


Le groupe, s’il a décuplé son efficacité, a perdu en route une bonne part de son charme ; on le préférait sale, sentant la coke et le sperme.

Nonobstant d’évidentes qualités sur lesquelles nous reviendrons, il est néanmoins certain que ce disque ne va pas faire que des heureux parmi ceux qui suivent le groupe depuis ses débuts hallucinogènes. Les ayatollahs de la cause stoner risquent de faire la gueule, car même si la griffe Monster Magnet est toujours reconnaissable entre mille, aussi bien dans la forme (bimbos court vêtues dans des postures à faire hurler les suffragettes du MLF) que dans le fond (la voix éraillée de Dave Wyndorf et les riffs gras dont le lascar a le secret), le trip acide de 25 Tab ou le stoner sentant bon la fumette de Dopes To Infinity semblent bien loin désormais à l’écoute de ce Powertrip bien trop propre sur lui, surproduit qui plus est, pour pouvoir réellement prétendre être ce que les aficionados du combo américain auraient voulu qu’il soit, c’est-à-dire le chef-d’œuvre définitif du rock stoner.

A l’aune de ses prédécesseur, cette nouvelle galette est donc décevante. Mais si on la considère pour ce qu’elle est finalement, un pur album de hard rock US, alors là, elle tape dans le mille. Powertrip est une brochette de brûlots imparables à écouter à fond les manettes dans sa bagnole : le puissant « Crop Circle », véritable hit en puissance, le désespéré et surprenant « Baby Götterdämerung », l’entraînant « 19 Witches », l’angoissant « Goliath And The Vampires » ou la pseudo ballade « Your Lies Become You ». Wyndorf a appris à composer de vraies chansons, carrées, ramassées, mais faut-il pour autant s’en réjouir. Toutes, du reste, ne sont pas si réussies car plus banales (« 3rd Eye Landside », « Tractor», « Atomic Clock ») et l’album, trop long et inégal, aurait sans doute mérité quelques coups de ciseaux ; il aurait ainsi gagné en impact. En l’état Powertrip laisse de fait une impression mitigée. Ceux qui découvriront Monster Magnet avec celui-ci devraient adorer ; les autres, un peu moins car le groupe, s’il a décuplé son efficacité, a perdu en route une bonne part de son charme ; on le préférait sale, sentant la coke et le sperme, baignant dans une aura psychédélique et spatiale au goût d’interdit. Wyndorf et ses hommes ont certainement toujours la tête enfouie dans un sac rempli de poudre blanche, mais cela ne transparaît plus dans leur art, et c’est dommage. Un bon disque au demeurant, mais sans une once de folie et de magie. (2006)


KröniK | Monster Magnet - Dopes To Infinity (1995)


Œuvre de musiciens perpétuellement shootés, Dopes To Infinity résume à lui seul ce qu’est le bon stoner : riffs pachydermiques, ambiances cosmiques et psychédéliques, fumette, champignons, bimbos, passages instrumentaux qui s’envolent très haut vers un ailleurs inconnu.

Un disque habillé d’une pochette mettant en valeur une nana en tenue d’Eve avec des nichons insolents ne peut pas être totalement mauvais, surtout s’il s’agit de Monster Magnet. Ce visuel appétissant apte à satisfaire les sens libidineux des auditeurs mâles, associé à un titre qui résume au mieux le contenu sulfureux et hallucinogène de la chose, est la porte d’entrée idéale d’un album promis à devenir un des mètre-étalon de la scène Stoner.

S’éloignant encore un peu plus du space rock acide qui faisait passer Hawkwind pour Supertramp alors en vigueur durant ses premiers pas (hormis peut-être sur le terminal « Vertigo », qu’achève un ghost-track dément), le groupe livre donc un monstrueux pavé de hard rock seventies velu et psychédélique. Durant plus d’une heure, Dopes To Infinity (quel titre décidément !) nous convie à un voyage cosmique aux forts relents de marijuana, dont les pilotes sont ces grattes graisseuses sentant bon l’huile de vidange, tandis qu’un orgue possédé fait office de machine à remonter le temps, vers une époque pas si lointaine durant laquelle les dieux se nommaient Led Zeppelin, Deep Purple, Black Sabbath, Hawkwind ou Grand Funk Railroad. Monster Magnet est donc parvenu à inventer la machine qui transporte dans le temps et dans l’espace ; une machine dont les divers éléments s’appellent « Dopes To Infinity », « Look To Your Orb For The Warning », «Ego, The Living Planet » et bien d’autres encore. D’ailleurs, la majorité des titres évoquent quelque trips spatiaux hallucinés (« King Of Mars », « Theme From « Masterburner » »). On sent bien à l’écoute de ces douze enclumes, que les Américains, Dave Wyndorf - son incontestable leader – en tête, sont conduits par une véritable liberté artistique, mais une liberté canalisée (contrairement à l’indescriptible bien qu’excellent, 25 Tab) au profit de vraies chansons, architecturée avec rigueur, sans pour autant perdre en folie (l’infernal « Third Alternative » et son final déchiré par les cris de damnés de Wyndorf). Œuvre de musiciens perpétuellement shootés, Dopes To Infinity résume à lui seul ce qu’est le bon stoner : riffs pachydermiques, ambiances cosmiques et psychédéliques, fumette, champignons, bimbos, passages instrumentaux qui s’envolent très haut vers un ailleurs inconnu. Voilà autant d’ingrédients essentiels à mélanger dans la marmite pour accoucher de l’hommage aux glorieuses seventies tant recherché par ces hérauts défoncés en pattes d’eph’. Bref, un des chefs-d’œuvre du genre, on vous dit, et la pierre angulaire de la carrière de Monster Magnet. (2006)


KröniK | Monster Magnet - 25 Tab (1991)


25 Tab s’apparente à un voyage acide et démoniaque au fin fond d’une autre galaxie, délirante jam déstructurée aux confins de la folie.

Formation incontournable du courant Stoner, quand cette appellation signifiait encore quelque chose, si tant que cela fut le cas un jour, Monster Magnet a débuté en pratiquant un space rock complètement halluciné, sorte de cousin dégénéré du stoner. Bien que publié après Spine Of God, 25 Tab constitue son premier enregistrement, gravé en 1991. Le gros morceau de ce qui n’est à l’origine qu’un EP d’une cinquantaine de minutes ( ?) reste justement « Tab » d’une demi-heure ( !), trip cosmique indescriptible et nébuleux, œuvre de musiciens qui ne fumaient certainement pas que des Camel.

Le leader du groupe, le chanteur et guitariste Dave Wyndorf avoue avoir beaucoup écouté Hawkwind, Amon Duul II et Skullflower avant d’accoucher de cette interminable pièce hallucinogène (ainsi que de « 25 »), et on le croit sans peine. Mais il fait mieux que leur rendre hommage ; il les surclasse dans la défonce sonore, tant le dit morceau repousse les limites de ce sous-genre du rock des seventies. Recouvert d’une tonne d’effets opaques d’où émergent des guitares saturées vomies à la wah-wah et un Wyndorf qui ahane plus qu’il ne chante, « Tab » s’apparente à un voyage acide et démoniaque au fin fond d’une autre galaxie, délirante jam déstructurée aux confins de la folie qui s’achève au bout de 30 minutes mais qui aurait très bien pu se poursuivre une heure durant, voir au-delà. Ca sent bon la fumette et une liberté artistique débridée qu’aucune barrière ne vient jamais encadrer, si ce n’est la nécessité d’avoir une fin. Plus structurée mais tout aussi barré, « 25 » poursuit cette exploration psychédélique, compo sur laquelle plane également l’esprit du vaisseau Hawkwind, au point qu’on pourrait croire qu’elle a été écrite en pleine période Flower Power. Dave Brock doit être fier de ce rejeton illégitime. Le reste est plus anecdotique, notamment la version live de « Spine Of God », agglomérée au pressage original, et dont Wyndorf lui-même, ne se souvient plus très clairement quand elle a été capturée. Qu’il est dommage dans tous les cas que Monster Magnet n’est pas continué dans cette voie. Mais peut-être avait-il atteint un point de non-retour infranchissable, aller au-delà aurait été absurde. (15/08/2007)


KröniK | Monster Magnet - Mindfucker (2018)


Enrobé d'un son bien gras, "Mindfucker" gravite pile poil entre la puissance de "Powertrip" et la gourmandise décomplexée de "Dopes To Infinity".

Après plusieurs années d'une errance relative, le voyant accoucher d'une poignée d'albums, de "God Says No" (2000) à "Mastermind" (2010), certes plaisants mais sans carburant ni folie, Monster Magnet a retrouvé les chemins d'une inspiration fertile avec "Last Patrol" que d'aucuns considèrent, à juste titre, comme une de ses offrandes les plus jouissives. Alors que "Milking The Stars", révision psyché de son prédécesseur, semblait témoigner chez les Américains d'un goût retrouvé pour les ambiances enfumées de l'époque bénie de "Spine Of God" et "Dopes To Infinity" sans toutefois aller aussi loin que "Tab" dans le trip cosmique qui sent bon les herbes de Provence, "Mindfucker" renoue contre toute attente avec le stoner couillu de "Powertrip", le son surproduit en moins et la sobriété (à tous les niveaux) en plus.

Bref, ayant remisé depuis longtemps leur prétention au placard, Dave Wyndorf et sa bande ne cherchent plus à devenir plus gros qu'ils ne peuvent l'être. C'est très bien ainsi. Du coup, cette douzième rondelle incarne tout ce qu'on aime chez ce pilier du stoner sans être encombrée par ce qu'on n'aime pas chez lui, à savoir cette espèce d'arrogance qui sied mal à un genre que guident avant tout le plaisir et la simplicité. Le groupe du New Jersey a compris qu'il n'est jamais aussi bon que lorsqu'il crache du fuzz avec largesse, lorsqu'il balance la purée sur un lit moelleux d'effluves seventies. Enrobé d'un son bien gras, "Mindfucker" gravite pile poil entre la puissance de "Powertrip" et la gourmandise décomplexée de "Dopes To Infinity", entre les riffs qui font mal et les volutes duveteuses avec toujours ce sens du feeling qui sent sous les bras et de la mélodie humide et imparable. Commandé par un grand Wyndorf, crooner sexy et imbibé, l'album est lancé par un 'Rocket Freak' nerveux à souhait, cependant vite effacé par les monstrueux 'Soul' qui s'achève sur un feu d'artifice fuzzy, 'I'm God', dont la force heavy qui brûle dans son bas-ventre ne freine en rien les envolées psyché, sans oublier l'énorme titre éponyme au tempo lourd et chaloupé. A cette première partie irrésistible succède une seconde parfois plus directe ('Ejection', 'Want Some') mais où Monster Magnet en profite pour aller visiter l'Orient ('All Day Midnight') et l'Amérique profonde ('Brainwashed') avant de conclure avec un 'When The Hammer Comes Down' comme échappé des années 90, pur joyau de stoner mordant et gonflé de guitares  velues. Fort de ses dix pistes bombastiques, "Mindfucker" confirme la bonne santé retrouvée de Monster Magnet, dernier survivant (ou presque) du stoner des glorieuses nineties. (20/05/2018)


KröniK | Monster Magnet - Last Patrol (2013)


Monster Magnet offre le disque que nous n'espérions plus, additionnant au space rock psyché des origines la maturité acquise au fil d'une carrière longue de plus de vingt ans. Une excellent surprise ? Mieux, une résurrection ! 

Bien que considéré - à raison - comme une des figures tutélaires du Stoner Rock, il n'en demeure pas moins que le temps où Monster Magnet enflammait les platines paraît loin désormais. Atteignant son apogée commerciale à la fin des années 90 avec "Powertrip", le groupe a par la suite tout doucement commencé à ronronner, publiant des albums avec régularité mais sans grande magie non plus. Le fait qu'il soit hébergé depuis dix ans chez des labels européens, SPV tout d'abord, Napalm Records actuellement, confirme un succès en berne sur son propre sol quand bien même Dave Windorf, son incontestable leader, aime à voir dans cet arrimage au vieux continent un retour aux sources.


De fait, malgré une qualité d'écriture tenace, nous n'attendions pas forcément grand chose du successeur de "Mastermind". A tort. Inutile de tourner autour du pot plus longtemps : c'est un Monster Magnet régénéré que nous (re)découvrons grâce à ce "Last Patrol" aussi inespéré que miraculeux. Plus flamboyant aussi. Plus inspiré tout simplement. Wyndorf semble enfin avoir compris que son combo n'a jamais été aussi excitant qu'à ses débuts, lorsqu'il se prenait pour le Hawkwind le plus halluciné, lorsque son Rock dégoulinait un fluide psyché par tous les pores. C'était l'époque rêvée du démentiel "25 Stab" puis de "Dopes To Infinity". C'était l'époque où les Américains baignaient dans la came. Alors bien entendu, "Last Patrol" n'est pas "Spine Of God" mais de toutes les skeuds vidangés depuis quinze ans, il est celui qui s'en rapproche le plus, autant dans l'esprit que dans la réussite. Assagi et clean peut-être, le groupe renoue donc pourtant avec ses premières amours sans qu'on puisse toutefois lui reprocher de céder aux sirènes de la nostalgie, du réchauffé. Ce retour vers le rock psyché et spatial s'illustre tout d'abord par une prise de son chaleureuse, à l'ancienne, une production qui a une âme, tellement loin du gros son gonflé de "Powertrip" et "God Says No". C'est ensuite ce feeling humide qui coule dans les veines de ces compos toutes plus jouissives les unes que les autres. La patte des Américains reste pourtant toujours aisément identifiable, principalement grâce aux interventions de Wyndorf, aussi bien derrière le micro qu'en empoignant sa guitare. Comme toujours, copieusement rempli avec son menu bourré jusqu'à la gueule, "Last Patrol" n'en déroule pas moins une curieuse construction, laquelle place le titre (éponyme) le plus long, de plus de neuf minutes, presque en ouverture, position à contre-courant des standards habituels qui imposent plutôt de caler ce genre de morceau de bravoure en fin de parcours. Loin d'en amoindrir l'impact, l'album gagne dans ce choix une force incontestable. Le risque était pourtant grand de voir le souffle retomber une fois passée cette piste monumentale aux allures d'épopée cosmique, galopant dans l'espace et que propulse une rythmique du feu de dieu. Ambiances duveteuses nimbées d'ondes spatiales et riffs en forme de rampe de lancement vers les étoiles caractérisent ce départ vers un autre monde auquel succède par bonheur des morceaux certes d'une autre trempe, moins grandioses peut-être - encore que 'End Of Time' n'ait rien à lui envier en terme de pouvoir d'envoûtement - mais tout aussi imparables. Ceux-ci convoquent l'Orient ('Three Kingfishers'), abattent du gros plomb ('Mindless Ones'), ondulent d'une manière hypnotique à grand coup de Mellotron zeppelinien ('The Duke (of Supernature)'). Les guitares sont belles à en pleurer, à l'image du final de 'One Dead Moon', les arrangements donnent des frissons. Monster Magnet a la classe. Le groupe offre le disque que nous n'espérions plus, additionnant au space rock psyché des origines la maturité acquise au fil d'une carrière longue de plus de vingt ans. Une excellent surprise ? Mieux, une résurrection ! (2013)