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Fredrik Klingwall & Julia Black | Sentience (2019)



















Anima Morte, Rising Shadows ou ChansoNoir, autant de projets précieux qui ont tous en commun un même musicien, le Suédois Fredrik Klingwall, dont la créativité polychrome l'entraîne aussi bien du côté du metal progressif (Loch Vostok), du thrash (Machinery) ou du gothic doom (In Grey).

KröniK | Thalamus - Hiding From Daylight (2017)


Thalamus se présente à nous avec sur le coin de la figure l'étiquette "rétro hard rock suédois". Quelle originalité, argueront certains ! Pourtant le groupe mérite mieux que ce raccourci un peu facile. Alors certes, ses compos s'allaitent clairement aux mamelles du vintage, les nourrissant de ces guitares nerveuses et de ces claviers chatoyants propres à un style plus que jamais à la mode. Mais, outre le fait qu'ils ne sont pas nés de la dernière pluie - "Hiding From Daylight" est déjà leur quatrième galette -, les Scandinaves se montrent bien plus subtils et difficiles à enfermer dans une seule case.
Le chant de Kjell Bergendahl brouille ainsi très vite les pistes car il échappe aux comparaisons de rigueur dans ce genre aux codes bien balisés. Si son timbre chaleureux peut rappeler l'organe de feu d'un David Coverdale ('The Painter'), il affectionne pourtant moins que son aîné les vocalises haut perchées, registre auquel il préfère une tessiture plus progressive ('Someday'), pigmentation qui pointe également de ce tapis synthétique soyeux et galopant à l'image de 'Don't Leave Me Behind'. Chargé en atmosphères nuageuses, le rock forgé par Thalamus privilégie les mid tempos gorgés de feeling aux attaques mordantes, à l'exception – toute relative – de 'Time' qui amorce l'écoute sur une note (un peu plus) accrocheuse peu révélatrice d'un contenu prisonnier d'une pesante gangue de désespoir. Ce qui n'interdit cependant pas aux guitaristes de décocher des riffs remuants ('Hiding From Daylight'), quand bien même les échappées flamboyantes ont leur préférence ('Absolution'). Il en résulte un mélange habile de hard rock robuste et d'un progressif racé, alliage épique qui dicte un menu à la fois lourd et puissamment émotionnel, presque bluesy parfois et surtout enivré de mélodies juteuses ('Down In A Hole'). Toujours sombres, les ambiances matérialisent des images aux couleurs froides. Fort de ces lignes vocales d'une gouaille houblonneuse qui l'élève très haut, à l'image du superbe 'Vertigo' et irrigué par un jeu de six-cordes lourd et élégant, "Hiding From Daylight" dévoile un groupe à la personnalité attachante dont la signature heavy et progressive ne se borne pas à une forme d'expression nostalgique. 3/5 (2017) | Facebock






KröniK | Oceanwake - Earthen (2017)


Un simple coup d'œil sur la pochette habillant "Earthen" où figure un parc d'attraction abandonné au milieu d'une nature qui a repris ses droits suffit à comprendre que la plus petite trace d'espoir, la moindre trace de vie ont été depuis longtemps éconduites de l'univers que brossent ces Finlandais avec des pinceaux pesants et néanmoins aériens. Troisième et dernier côté d'une trilogie débutée en 2013 avec "Kingdom" et poursuivie deux ans plus tard avec "Sunless", ce nouvel opus reste fidèle à une signature extrêmement personnelle qui, pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore, allie la noirceur épaisse d'un death metal évolutif à la beauté stratosphérique d'un post metal puissant.
Mais plus les années passent, plus le groupe tend à étirer ses compositions, évolution qui aboutit aujourd'hui à cette architecture démesurée longue de plus de vingt minutes sur laquelle reposent les deux parties de canevas massif aux allures de bloc enraciné dans une terre alourdie par le froid de l'hiver. Corollaire de ce format à la fois dilaté et terrassant, la défloration de "Earthen" ne se fait pas sans mal car, et même si l'habileté des Finlandais à tricoter un maillage quasi progressif n'est plus à démontrer, la durée excessive de ces deux pistes impose une écoute attentive, sans laquelle l'album pourra sembler hermétique. La voix caverneuse et bourrue de Eero Haula ne facilite pas une immersion heureusement timidement éclairée par les nombreuses percées atmosphériques qui viennent miter la trame terreuse de 'A Storm Sermon' et plus encore 'In Amidst The Silent Thrones' dont les dernières minutes, nimbées d'un chant clair salvateur, vibre d'un éclat déchirant. Ourlées d'une fragile mélancolie, les guitares décollent alors très haut, érigeant un mausolée gonflée d'une tristesse infinie, prouvant en cela que Oceanwake réussit mieux dans le registre émotionnel du post doom que dans celui du death aux tubulures compliquées dont la combinaison des deux crée toutefois cette identité très particulière.  Reste que l'opus, s'il impressionne et ne saurait susciter une quelconque réserve quant à son exécution, peine à émouvoir, sauf donc durant la lente élévation qui lui sert de conclusion ou au détour de certains passages plus lumineux. Il n'en demeure cependant pas moins que, peintres de paysages d'une froideur désolée, les Finlandais possèdent cette faculté unique de faire suinter de leur art des ambiances puissamment hantées... 3/5 (2017) | Facebook





KröniK | Ash & Coal - Legacy (2017)


Curieux projet que ce Ash And Coal, jardin secret cultivé par des musiciens issus de la scène metal suédoise, au pedigree relativement confidentiel (Algaion, Thorncladd...) et auxquels il aura fallu presque dix ans pour enfanter "Legacy" que plusieurs ébauches ont toutefois préparé sans pour autant attirer sur eux la lumière. Venu (presque) de nulle part donc, ce galop d'essai surprend néanmoins agréablement par sa maîtrise d'un gothic rock typiquement scandinave, plus que pour une personnalité vraiment affirmée qui lui fait, pour l'instant du moins, encore défaut.
Gageons que les années et la maturité viendront à coup sûr gommer cet air de déjà-entendu qui imprègne ces compositions néanmoins ciselées à la manière d'une orfèvrerie qu'une tristesse inexorable cloue cependant au sol. Minée par des regrets que rien même le temps ne peut effacer, cette offrande déroule une trame d'une lenteur pesante, figée par le froid et une nuit blafarde. De rares titres, emportés par un tempo plus soutenu mais timide, tels ce 'Everyone's a Misanthrope' au pouls très rock ou 'Never Learn', entame pulsative du plus bel effet, viennent quelque peu briser cette linéarité qui pourtant, loin d'être fâcheuse, participe finalement de cette mélancolie insondable qui bouche l'horizon. Faussement monotone, "Legacy" trempe ses ambiances dans une palette en noir et blanc, vierge de couleurs lumineuses ou gaies, cathédrale de douleur dont le chant profond et déchirant de Viktor Klint ('War Is Coming') et les guitares entêtantes ('The Eating Fire', sans doute le morceau le plus sombre du lot et donc le plus réussi) ou plus nerveuses, constituent les principaux arc-boutants. Ecrit à l'encre noire du désespoir, chaque titre, au format calibré, se dévoile peu à peu, abritant des trésors d'écriture qui éclosent en un bouquet d'émotions contrites. Les mélodies glacées qui coulent dans les veines bleutées des 'Black Waters', 'Tell Them Not To Be Afraid' et autre 'Evil One', creusent de profonds stigmates dans la peau, rendant leur écoute puissamment addictive, quand bien même elles n'ont rien d'originales. Proche de l'école dépressive finlandaise, celle de Sentenced notamment, les Suédois inoculent leur venin avec une science aiguisée du riff obsédant, de la note poignante qui fait mouche à tous les coups, qui touche en plein cœur. De fait, "Legacy" est une réalisation qu'il est difficile de prendre véritablement en défaut. Seules ses influences encore trop prégnantes l'empêchent de s'élever au niveau d'un très grand disque. (2017) | Facebook






KröniK | C.B Murdoc - Here Be Dragons (2016)


Oubliez Mörk Gryning dont (presque) tous ses membres sont issus, C.B Murdoc ne noue aucun lien avec le black metal mais, comme le laisse deviner le soutien de Tomas Haake de Meshuggah qui le recommande, ce qui est forcément bon pour le tiroir-caisse, braconne en réalité sur les terres ô combien exigeantes sinon franchement casse-gueule d'un death metal autant testiculeux que tarabiscoté où les élus sont rares et les suiveurs nombreux.
S'ils ne peuvent se vanter de compter parmi les premiers, on ne saurait non plus confondre ces Suédois avec les seconds. Un savoir-faire éprouvé et surtout une noirceur qui suinte de ces tubulures compliquées ('Diamonds') leur permettent d'affirmer une identité, une signature dont l'affolante technicité ne l'exonère ni d'une brutalité millimétrée ('Dither') ni d'une froide et désincarnée émotion. Malgré un premier album, "The Green", enfanté en 2012 via Spinefarm Records, nous avions un peu oublié ce groupe dont "Here Be Dragons" vient nous rappeler l'existence. Publié quant à lui par l'entremise du plus modeste ViciSolum Productions et mis en boîte avec l'aide précieuse de Sverker Widgren (Diabolical), ce tardif deuxième méfait repose sur un maillage d'une extrême densité, tendu comme un string brésilien, tissé par des musiciens à l'unisson d'une violence aussi accrocheuse que bourgeonnante en de multiples grappes dissonantes. Quoique lassant sur la durée (pas loin d'une heure) dans sa façon de marteler sans interruption un metal extrême brutal dans sa furieuse déconstruction ('Brood Of Roaring Fires'), le menu est par bonheur (timidement) aéré par de maigres fissures néanmoins salvatrices. La courte respiration 'Debt Of Guilt' au pouls hypnotique, 'Everything Is Going To Be Ok' que drapent des nappes de claviers que ne renieraient pas Devin Townsend ou bien encore 'The Green', irrigué par des lignes de guitares gorgées de mélodies, témoignent de cette capacité que possède C.B Murdoc à injecter un pâle souffle de vie à cette machine implacable. Pas suffisamment toutefois pour faire de "Here Be Dragons" un grand disque. A la place, nous accueillons entre les oreilles une réalisation terrassante, d'une indéniable maîtrise, qui peine pourtant à passionner sur la durée malgré une agressivité vomie avec largesse. 3/5 (2016) | Facebook





KröniK | Diabolical - Umbra (2016)


Petite chose d'une vingtaine minutes seulement, "Umbra" n'en fait pas moins beaucoup de ravages dans nos cerveaux déjà bien malades.
Alors que généralement les EP ne sont considérés que comme de simples bouche-trous, composés de miettes, format mal-aimé et invendable, ceci expliquant sans doute cela, Diabolical n'en a cure, offrant même au contraire une offrande dont la valeur se révèle inversement proportionnelle à sa (trop) courte durée. Sa densité est telle que ses dimensions resserrées ne se remarquent d'ailleurs pas. En quatre titres, les Suédois en disent plus long que d'autres avec un album entier, esquissant un univers, certes sous influences (Opeth n'est parfois pas loin), mais suffisamment riche en contrastes pour être passionnant. De fait, malgré ce que son nom et son logo pourraient laisser croire, le groupe ne prêche pas au sein de la chapelle black mais explore les arcanes tentaculaires d'un death de plus en plus progressif, sombre et technique jouet entre les mains d'une poignée de mercenaires de la scène extrême suédoise, dont surtout Sverker "Widda" Widgren, actuel guitariste de Centinex et chanteur de Demonical. Des musiciens issus de Scar Symmetry, Setherial ou Vakyrja ont joué à ses côtés, ce qui suffit à mesurer l'incontestable maîtrise de l'ensemble. Loin du machin bricolé à la va-vite, "Umbra" impressionne d'emblée par la richesse de ses aplats où se mélangent guitares acérées, chœurs d'une ténébreuse puissance opératique et rythmique dévastatrice. Tel est ce 'Requiem' qu'écartèlent de multiples cassures que ne renierait pas Mikael Akerfeldt. 'Diaspora', qui le suit, arbore des traits plus thrash, lesquels cachent pourtant une écriture extrêmement complexe et tendue, qui débouche sur une seconde partie sinueuse, plongeant dans un abîme de désolation. Après un 'Tremor' aux allures de respiration fragile tavelée d'une touchante mélancolie, 'Decline' amorce (déjà) l'épilogue d'un menu des plus robustes. Là encore, les surprises sont légion. Si les premières mesures galopent à travers un champ de bataille crépusculaire, brusquement, le morceau s'enfonce dans un océan de tristesse, lors d'un final instrumental d'une beauté aussi déchirante qu'aérienne, sur fond de rouleaux de batterie qui viennent s'écraser contre cette falaise grise de désespoir. EP d'une vingtaine de minutes, "Umbra" n'a l'air de rien, il déroule pourtant les tentacules vertigineuses d'un death évolutif que ne renierait pas le Opeth de l'âge d'or ! 3.5/5 (2016) | Facebook





KröniK | Volturyon - Cleansed By Carnage (2016)


Déboulant avec une troisième boucherie sonore qui répond au nom très poétique de "Cleansed By Carnage" et qu'orne une pochette à l'avenant - comprendre avec beaucoup de barbaque dedans -, au moins Volturyon annonce-t-il d'emblée la couleur... Rouge sang, forcément.
De toutes façons, comment pourrait-il en être autrement quand on est originaire de Suède, qu'on macère dans le jus crapoteux du death metal et que certains de ses membres ont traîné leurs outils poissés d'une rouille sanguinolente du côté de Centinex, In Mourning ou October Tide ? Bref, ça tabasse sévère chez ces Scandinaves que nous avions un peu oubliés depuis un "Coordinated Mutilation" (tout un programme) de bon aloi mais éviscéré il y a cinq ans déjà. Remis sur de bons rails par l'EP "Human Demolition", avec lequel son successeur noue de nombreux liens, à commencer par son artwork façon "Massacre à la tronçonneuse" : le groupe est donc aujourd'hui bien décidé à rattraper le temps perdu. Comme le démontre ce nouveau massacre en règle, il en a assez sous la camisole pour, sinon marquer durablement les esprits, au moins assurer à l'amateur une bonne tranche de viande avariée mais juteuse à souhait d'un suint purulent. Ni old school et baveux, ni audacieux et mélodique, encore que certaines lignes de guitare ne manquent pas de jaillir comme de salvateurs rais de lumière à travers cette salle de torture ('Cleansed By Carnage'), le death metal que martèle Volturyon arbore les traits pesants d'une créature furieuse, échappée d'un asile qu'un savoir-faire technique éprouvé rend plus implacable encore. Il suffit d'écouter l'inaugural 'The Capital Of Peverse Punishment' pour se faire une idée plutôt juste de cet opus d'une redoutable efficacité. En l'espace de cinq minutes à peine, les Suédois impriment une cadence digne d'un rouleau-compresseur, moissonnant les cadavres avec une vélocité plombée que viennent fissurer de sanglants breaks nourris au thrash. Le reste plonge dans les mêmes eaux croupies. Les titres défilent, le plus souvent impétueux et ultra heavy tout ensemble, tel ce 'Cocoon' survitaminé que déchirent des éruptions de six-cordes. Quand bien même, entre un 'Pleasure Of Molestation', qui s'abîme dans les profondeurs de la Moria malgré de fulgurantes accélérations, un 'Hinterkaifeck' aux allures de foreuse labourant les boyaux, on préfère lorsque le groupe serre le frein à main pour dresser une robuste turgescence, lui permettant de briser une linéarité qui guette lors de ce déchaînement ininterrompu d'une brutalité soutenue. Sans être indispensable, "Cleansed By Carnage" est un effort solide qui crache un death metal massif dont la puissance épaisse se conjugue à une science affûtée de l'agression tranchante. 3/5 (2016) | Facebook | Bandcamp