AU PIF

Affichage des articles dont le libellé est Obscure Abhorrence. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Obscure Abhorrence. Afficher tous les articles

KröniK | Ende - Goétie funeste (2018)


A l'instar de ses aînés, Goétie funeste dévoile un groupe impérial et sans rival, honorant un black metal d'une noblesse sépulcrale.

A voir depuis huit ans, I. Luciferia exalter les ténèbres avec une régularité qui n'a d'égale que la puissance diabolique de son inspiration, on en vient presque à le remercier de maintenir en sommeil un Reverence pourtant excellent dans un genre plus expérimental bien que tout aussi froid. Car osons l'affirmer, Ende peut être considéré comme ce que l'art noir hexagonal a offert de plus pur, de plus maléfique et sinistre depuis des lustres. La grande force du duo que le talentueux multi-instrumentiste anime avec son double et batteur Thomas Njodr, réside dans cette loyauté envers une tradition, celles des Légions noires, dont il se pose en héritier, à laquelle il injecte à la fois une énergie tellurique et ses propres démons.

Si le résultat se montre à chaque fois aussi lugubre que meurtrier, Goétie funeste élève encore davantage ses auteurs au rang de saigneurs. Et avec, toujours, en filigrane, une question : où s'arrêteront-ils ? Pour l'heure, le successeur de l'acclamé Emën Etan nous convie pour un sabbat déchaîné et lugubre tout ensemble. Plus les années passent et plus le tandem affiche une radicalité tranchante, ne conservant qu'une moelle obscure et empoisonnée, témoin ce A Circle Made Of Human Remains haineux à souhait. Il en découle une hostie tout du long bouillonnante d'un fiel incantatoire. Sur fond de glas et de bûcher qui crépite, les guitares aiguisées chargées d'une semence corrosive, lacèrent les falaises cyclopéennes qu'une rythmique torrentueuse dresse la nuit. Plus que jamais, Ende renoue avec Goétie funeste avec la malveillance nocturne des Grands Ancients (Ars Goetia). Il suffit d'entendre le maître de cérémonie convoquer les unholy forces of evil comme si demain ne devait plus exister pour mesurer combien cette allégeance cryptique n'est pas feinte. Léché par les flammes d'un occultisme morbide, l'opus gronde d'une intensité qui jamais ne faiblit, de l'immense Crawling In Winter que déchire une démentielle accélération, jusqu'à l'épilogue In Bones dont l'ambiance funèbre se conjugue à de brusques éruptions de haine qui culmine lors de dernières mesures aussi majestueuses que définitives.. Mais derrière la brutalité glaciale, infuse une écriture extrêmement travaillée qui aboutit à ces compositions ténébreuses dont les Français ont le secret, incisives et pourtant complexes dans leur expression mortuaire comme l'illustrent les terrifiants Seventh Gate Of A Seventh Sin ou Blakolla qui charrient dans leur veine meurtries une sève crépusculaire. A l'instar de ses aînés, Goétie funeste dévoile un groupe impérial et sans rival, honorant un black metal d'une noblesse sépulcrale. (24/04/2018)


Soon | Ende - Goétie funeste


"Goétie funeste", le nouveau méfait de Ende (french black metal), verra la nuit le 10 mars 2018 chez Obscure Abhorrence Productions (CD) et Dread Records (tape).

 

KröniK | Ende - Emën Etan (2017)


Si trois (trop) longues années séparaient Whispers Of A Dying Earth et The Rebirth Of I, Ende n'a au contraire pas chômé depuis cette deuxième offrande, entre la scène, une alliance scellée avec Sorcier Des Glaces (Le puits des morts) d'ors et déjà culte et aujourd'hui un troisième méfait baptisé Emën Etan, jargon satanique signifiant "Ici et là". Sans doute, certains regretteront - à tort - que I Lucifera ait mis en sommeil (temporaire) Reverence au profit de cette entité qu'il a fondé en 2010 qui semble désormais pleinement l'occuper et assouvir sa soif d'un art noir ancestral et orthodoxe.
Ce faisant, le groupe se place en héritier d'un passé aussi légendaire que maudit, celui des Légions Noires. La présence de Wlad Drakkstein sur  la reprise, en guise de dernier rite, du Under A Carpathian Yoke de Vlad Tepes, que le seigneur vient hanter de sa voix possédée, est à ce titre une façon d'adouber celui qu'il est permis de considérer comme son fils spirituel. Chaque nouveau signe de mort craché par le duo étant supérieur à son devancier, nous attendions beaucoup de Emën Etan qui, autant l'annoncer de suite, ne décevra quiconque. Ses fidèles retrouveront dans cette cérémonie obscure non seulement ce qui rendait déjà fascinants les créations précédentes, à savoir ce black metal pur et noble, enraciné dans une terre froide et drapé d'un suaire sinistre mais aussi bien plus que cela grâce à la magie (noire) d'une inspiration torrentielle dont le vît se dresse dans la nuit, gonflée d'une semence morbide. Plus encore que ses aînés, l'opus se révèle dans son ensemble, équilibré et homogène, fruit d'un travail d'écriture totalement abouti, maîtrisé jusque dans ses moindres détails. Davantage que l'alternance de saillies agressives et de pièces plus atmosphériques, il égrène dix longues compositions, à l'architecture admirable, aussi vénéneuses que sinueuses, qui toutes vibrent d'une force ténébreuse, chapitres successifs d'un récit qui déroule peu à peu ses fils lugubres. Loin d'un agrégat de morceaux mis bout à bout, chaque titre tient ici une place qui lui est propre, participant d'un tout indivisible. Nous pourrions détailler une à une les différents parties, toutes excellentes, de ce retable mais se serait lui ôter une bonne part de sa valeur, de son âme. Le son du glas, le crépitement d'un bûcher et le croassement des corbeaux posent un décor que l'on retrouve tout du long, cadre funèbre qui suinte la sorcellerie et les vices impies. De fait, plus qu'une marche funéraire à travers des paysages solitaires, Emën Etan parvient à distiller une ambiance médiévale, celle d'une époque où l'Occident semble à deux doigts de basculer dans l'Apocalypse, véritable bande-son du Malleus Maleficarum. Guitares grésillantes, claviers brumeux et vocalises écorchées tracent un sombre chemin dans les profondeurs froides d'une forêt peuplée de mystères et de fantômes de temps anciens. Déchaîné et mélancolique, l'album ne faiblit à aucun moment, œuvre de musiciens qui possèdent une vision de leur art dont il incarne la quintessence. Il est pour ses géniteurs un aboutissement. 4/5 (2017) | Facebook




KröniK | Sorcier Des Glaces / Ende - Le puits des morts (2016)


Il y a des alliances qui sont plus attendues que d'autres et  promises à devenir cultes. Le puits des morts est de celles-ci, union d'une froideur charnelle entre Sorcier Des Glaces et Ende, entre le seigneur incontestable de l'art noir québécois et l'une des créatures de la nuit les plus puissamment inspirées de la crypte hexagonale. Editée en CD par Obscure Abhorrence et en cassette par Dread Records, cette offrande, osons l'affirmer tout de suite, se montre à la hauteur de l'attente que cette collaboration aussi précieuse que naturelle entre deux entités connectées l'une à l'autre par une même allégeance aux ténèbres hivernales, a suscitée dès qu'elle a été officialisée.
Mieux, elle ne fait que confirmer de la plus sinistre des manières tout le bien qu'on pense depuis longtemps des deux protagonistes. La semence glaciale du Canadien remplit la première moitié du menu à laquelle répond ensuite en un reflet nocturne le fruit obscur du français. Chacun se fend de quatre plaintes en une symétrie parfaite. Dans la lignée de son récent North, SDG s'enfonce dans une nuit lugubre, fidèle à  cette écriture déliée qui étend un tapis neigeux frissonnant. Toujours aussi norvégien dans l'âme, il réussit mieux que beaucoup d'autres à capter cette atmosphère glaciale de forêt figée par l'hiver et peuplée de silhouettes inquiétante, cette ambiance de nuit éternelle et opaque qui n'exonère jamais son black metal d'une tranchante noirceur. Visité par les vocalises écorchées de Monarque qui en d'ailleurs composé les paroles, Le puits des morts ne souffre ainsi d'aucun déficit en intensité morbide, pulsation bouillonnante dont le tempo soutenu galope à travers une immensité immaculée que viennent lécher des filets de brume. Comme l'illustre l'épique Glaciale solitude ... Dans la pénombre hivernale, quelques notes suffisent au maître des lieux pour évoquer tout un monde crépusculaire. En n'ayant recours à la langue de Molière, il renoue en outre à une forme de poésie sépulcrale qui sied admirablement à son art prisonnier d'une gangue de glace. Plus impérial que jamais, Sorcier Des Glaces affiche ici ses traits les plus agressifs qui font plus qu'affleurer à la surface de ces longues pièces que secouent de puissants tumultes (Dans l'immensité blanche de la plaine) cependant que L'ombre squelettique du temps sonne comme une apothéose funeste, orgasme gonflée de mélodies froides comme un blizzard venu des entrailles d'une forêt éternelle. De son côté, Ende enfante trois complaintes parmi les plus sombrement belles qu'il ait jamais composées. Long de plus de neuf minutes, Notre falaise baigne dans un suaire lancinant, d'une langueur presque immobile que tissent guitares polluées et nappes synthétiques échappées d'une geôle de givre avant de voir son rythme s'emballer lors de dernières mesures grandioses. Introduit par des arpèges osseux, Sacrifice se veut plus ramassé, plus haineux, écartelé par  des fissures qui libèrent un souffle mortuaire. La lente accélération qui l'entraîne peu à peu vers la mort lui confère une beauté aussi définitive que cataclysmique. Après la reprise impeccable du Call From The Grave de Bathory (est-il besoin de le rappeler ?), Fehér Isten conclut l'écoute sur une note fantomatique, instrumental ambient d'inspiration médiévale ourlé d'une absolue désolation. Culte, on vous dit. 4/5 (2016) | Facebook (Sorcier Des Glaces) / Facebook (Ende)






Soon | Ende - Emën Etan


Date | 01/03/2017
Label | Obscure Abhorrence Productions / Dread Records
Genre | Black Metal


Soon | Sorcier Des Glaces / Ende - Le puits des morts


Date : 09/2016
Label : Obscure Abhorrence Productions
Genre : Black Metal

                                      

Ende | The Rebirth Of I (2015)


Hasard du calendrier, ce sont deux offrandes portant la signature de Ende qui voient aujourd'hui la nuit, The God's Rejects, tout d'abord, suivi de près par The Rebirth Of I. Il y a pourtant peu de rapport entre celles-ci, autant dans le fond que dans la forme d'ailleurs. L'une, la première, éditée en format en tape par le modeste – mais précieux – Cold Dark Matter Records, se révèle être en réalité une démo gravée où se serrent quelques vestiges du passé. L'autre, publiée en CD par le plus renommé Obscure Abhorrence, succède à Whispers Of A Dying Earth, deuxième opus longue durée depuis longtemps attendu. Les écouter à la suite permet de mesurer l'évolution sinon les progrès réalisés durant ces dernières années par cette entité que guide l'âme tourmentée de I Lucifera (Reverence), toujours flanqué du batteur Thomas Njodr, quand bien même on retrouve toujours, indélébile, cette froide et crépusculaire noirceur. Par rapport à sa devancière, les différences sont notables également, moins dans les traits affichés que dans une écriture plus aboutie, laquelle donne cette fois-ci naissance à de très grandes compositions, de celles qui creusent de profonds stigmates dans la mémoire au point de vous hanter longtemps après que l'écoute se soit achevée. A ce titre, citons déjà Black Sorcery Of The Great Macabre, pulsation que vrillent des guitares affûtées aux allures de rasoir trempé dans la rouille. Son tempo implacable ouvre des paysages désolés et abruptes tour à tour reptiliens ou agressifs. Une forêt de cadavres offre une autre occasion à The Rebirth Of I d'atteindre l'orgasme mortifère lorsque le groupe se met à serrer le frein à main à mi-parcours, tricotant alors des notes obsédantes suspendues au-dessus d'un gouffre sans fond. Ce ne sont bien entendu pas les seuls moments forts de cet album qui en comprend beaucoup d'autres, œuvre à la fois tortueuse dans ses reliefs et homogène dans ses atmosphères aussi haineuses que désespérées, balisée par de courtes émanations instrumentales aux relents sinistres (An Ode To Bathsheba). Bien que composé d'une dizaine de titres, l'opus doit s'appréhender comme un tout indivisible dont le ciment sont ces ambiances froidement lugubres qui tout du long se répètent, se répandent tel le suaire d'une liturgie obscure. L'identité du groupe se reconnaît également à travers les textes du maître des lieux, oscillant entre l'anglais, le français (Seul vers les ténèbres) et le norvégien (De Glemte Skogen) en une poésie funèbre... Hostie froide et lugubre, tranchante et furieusement belle,  The Rebirth Of I affirme la marque ténébreuse d'une entité parmi les plus passionnante de la chapelle noire hexagonale. (2015)


                                      

Ende | Whispers Of A Dying Earth (2012)


Difficile de parler de Ende sans évoquer son principal auteur, I. Luciferia, activiste de la chapelle noire hexagonale (Reverence surtout mais aussi Animus Herilis, Osculum Infame...) que n'effraye pas non plus l'Ambient, comme l'a démontré le split que son Leben Ohne Licht Kollectiv a partagé avec Immemorial. Voilà donc un musicien inspité sinon talentueux dont Ende est le jardin secret en cela qu'il y fait tout ou presque, ne laissant que la batterie à un autre être humain, Thomas Njodr au cas particulier, lequel confère à l'ensemble l'indispensable touche organique qui la distingue de tous ces machins paralysés par une énervante boîte à rythme. Peut-être pas vraiment un one-man band donc mais l'esprit y est pourtant, longtemps laboratoire solitaire d'une seule âme comme en témoigne la genèse de Whispers Of A Dying Earth , opus séminal gravé entre 2004 (ses deux derniers titres, ce qui s'entend d'ailleurs) et 2010 (tout les reste). Que le chanteur et guitariste de Reverence soit derrière Ende représente un indice précieux quant à la teneur de ce dernier autant dans la forme que dans le fond. Dans la forme, il est l'assurance d'une réalisation très professionnelle où les riffs pollués s'accouplent néanmoins avec une prise de son âpre et nerveuse loin de la bouillie derrière laquelle se planquent trop souvent les albums de ce genre. Dans le fond ensuite, sa présence arrime par nature l'offrande à une certaine tradition nationale, tranchante et véloce à la fois mais que drape toutefois un suaire d'ambiances mélancoliques à l'image du squelettique et très bel instrumental final, 'Les souhaits d'un songe' et ses arpèges sécrétatoires d'une tristesse infinie. La majorité de ces neuf compositions galope à travers une géographie accidentée que sillonnent des chemins escarpés. Le long 'A Cold Way', que perforent de nombreuses crevasses, 'Whispers Of A Dying Earth', mid-tempo sévère et 'Our Funeral' participent de cette architecture tourmentée, alternant avec de furieux blasphèmes ('De Profundis', 'Thorns') pour aboutir à un menu extrêmement tumultueux. Sachez qu'au moment où vous lirez (peut-être) ces quelques lignes tardives, Ende sera en train de préparer une seconde offrande que la jouissive défloration de sa devancière rend forcément très attendue... (2015)