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KröniK | Sons Of Alpha Centauri - Continuum (2018)


De Sons Of Alpha Centauri, on connaît surtout l'album partagé avec Treasure Cat, "Last Days Of Summer" (2009) dont on garde le souvenir d'un stoner rock instrumental biberonné à Karma To Burn, l'incontestable maître du genre. De fait, en le déflorant, "Continuum" n'a pas manqué de nous surprendre par ses aplats plus feutrés que couillus. Il faut dire que les Anglais ont eu le temps d'évoluer, de mûrir pendant cette abstinence longue de neuf années. Prétendre que ces derniers sont avares de leur semence tient du doux euphémisme. De là à affirmer qu'il s'agit presque d'un nouveau groupe, il y a un pas que nous ne franchirons pas car le quatuor a, dès ses débuts, su mêler puissance et atmosphères en laissant ses influences post rock remonter à la surface.

Mais il n'en demeure pas moins que ce qui n'est au final que son deuxième opus officiel peut de prime abord décevoir par son apparente retenue. Malgré une épaisse couche de guitares ('Solar Storm'), les musiciens ne forcent jamais le trait, aux lignes appuyées, ils préfèrent un pastel d'ambiances. Alors que l'ennui guette déjà souvent ce type de maillage entièrement instrumental, le choix de privilégier la douceur d'une brise à la force d'une tempête rend plus grand encore le risque d'endormir l'auditeur. En réalité, "Continuum" se révèle bien plus vivant qu'il n'en a l'air mais ce n'est qu'après avoir multiplié les préliminaires qu'il offre sa précieuse intimité, nichée dans les doux méandres d'un rock pointilliste auquel la prise de son de Aaron Harris (Isis) confère une bonne part de sa texture délicate. C'est aussi dans sa globalité contemplative qu'il dévoile sa beauté paroxysmique, laquelle explose en un orgasme émotionnel lors d'un 'Return Voyage' déchirant, échappée longue de plus de dix minutes qui ferme un menu tout en progression dont les huit pistes semblent n'en former qu'une seule, côtés successifs d'un ensemble indivisible qui se déploie tranquillement pour mieux nous envoûter. Les quatre Anglais sont à l'unisson d'une expression presque silencieuse, néanmoins secouée dans ses profondeurs par une tension larvée. Si les claviers les nimbent d'un voile ouaté quasi spatial ('Jupiter'), la guitare pigmente ces compositions d'une dureté souterraine quand bien même Marlon King égrène une trame souvent fragile sinon atmosphérique ('Io'), cependant que le travail de la paire Nick Hannon (basse) et Stevie B (batterie) arrime le tout à une terre ondoyante. "Continuum" n'échappe pas à une noirceur diffuse qui s'étale peu à peu, particulièrement prégnante sur 'Interstellar' auquel succède le court 'Orbiting Jupiter' et son piano empreint de tristesse. Corollaire de cette mélancolie discrète, l'album a quelque chose d'un voyage entêtant dont la fébrilité ne le rend que plus grave et profond. Il est l'oeuvre d'un groupe plus mature, qui a su définir une signature plus personnelle. Souhaitons que Sons Of Alpha Centauri confirme rapidement une évolution dont on aimerait goûter le fruit sans devoir patienter à nouveau dix années supplémentaires ! (18.07.2019) ⍖⍖⍖







From Sons Of Alpha Centauri, we know especially the album shared with Treasure Cat, "Last Days Of Summer" (2009) whose memory of an instrumental rock stoner is still alive and well with Karma To Burn, the undeniable master of this genre. In fact, by deflating it, "Continuum" did not fail to surprise us with its flat tints more felted than couillous. It must be said that the English had time to evolve, to mature during this long nine year abstinence. To claim that the latter are stingy with their seed is a sweet euphemism. From there to affirm that it is almost a new band, there is a step that we will not take because the quartet has, from the beginning, been able to mix power and atmosphere by letting its post-rock influences rise to the surface. But the fact remains that what is ultimately only his second official opus may at first glance disappoint with its apparent restraint. Despite a thick layer of guitars ('Solar Storm'), the musicians never force the line, with strong lines, they prefer a pastel atmosphere. While boredom often already lies in wait for this type of entirely instrumental mesh, the choice to favour the softness of a breeze over the force of a storm makes the risk of putting the listener to sleep even greater. In reality, "Continuum" is much more alive than it seems, but it is only after having multiplied the foreplay that he offers his precious intimacy, nestled in the gentle meanders of a pointillist rock to which the sound recording of Aaron Harris (Isis) gives a good part of its delicate texture. It is also in its contemplative globality that it reveals its paroxysmal beauty, which explodes into an emotional orgasm during a heartbreaking "Return Voyage", a ten-minute breakaway that closes a menu that seems to be progressing, with eight tracks that seem to form a single one, successive sides of an indivisible whole that unfolds quietly to better enchant us. The four Englishmen are in unison in an almost silent expression, yet shaken in its depths by a latent tension. If the keyboards nestle them with a quasi-space fleece ('Jupiter'), the guitar pigments these compositions of an underground hardness even though Marlon King shreds an often fragile if not atmospheric framework ('Io'), while the work of the pair Nick Hannon (bass) and Stevie B (drums) ties everything to an undulating ground. "Continuum" does not escape a diffuse darkness that gradually spreads, particularly striking on "Interstellar" followed by the short "Orbiting Jupiter" and its sad piano. A corollary of this discreet melancholy, the album is something of a heady journey whose feverishness makes it all the more serious and profound. It is the work of a more mature group, which has been able to define a more personal signature. Let's hope that Sons Of Alpha Centauri quickly confirms an evolution whose fruit we would like to taste without having to wait another ten years! (18.07.2019)

KröniK | Sons Of Alpha Centauri / Treasure Cat - Last Day Of Summer (2009)


Vous n'avez jamais réellement fait le deuil d'un Karma To Burn néanmoins revenu à la vie depuis quelques temps déjà ? Et bien, ce Last Day Of Summer vous est destiné.
Vous y (re)trouverez tout ce qui fait le charme et la puissance d'évocation du (hard) rock stoner instrumental dont cet essai est un peu une forme de quintessence. Du reste, une telle éclatante réussite ne surprend pas lorsque l'on sait que cette rondelle est le fruit de la collaboration de deux excellents groupes. A ma droite, le duo anglais de Sons Of Alpha Centauri, le bassiste Nick Hammon et le guitariste Marlon King, qui se sont imposés comme les chefs de fil du rock instru de la perfide albion. A ma gauche les Américains de Treasure Cat, dignes émules de Karma To Burn justement avec lequel ils ont d'ailleurs tourné. Plus qu'un banal split, Last Day Of Summer est une oeuvre à part entière, fruit de la copulation de ces deux entités. Passé un premier titre, "The Flying Dutchman", étonnant avec son harmonica biberonné au Jack Daniel's, l'album prend son envol avec le charpenté "Battle Of Britain", parfait pour balancer la sauce. Si l'ombre de Karma To Burn plane donc beaucoup sur ces onze cartouches, à l'image de "Valhalla", "Dresden" ou bien encore "Last Day Of Summer" qui auraient presque pu figurer au menu de Wild Wonderful Purgatory, "Alpha Cat" démontre qu'il sait ne pas demeurer inféodé à cette influence par trop envahissante. Il y a là une poignée de compositions qui ont leur identité propre. Citons l'hypnotique et probablement l'Everest de ce périple à travers de vastes étendues, "Tribute To Harmonious", qui délie sa trame de manière obsédante et belle à la fois. Les guitares y dialoguent avec une pureté, une justesse admirables. Citons encore "Under Surveillance", pulsation frénétique d'une mélancolie certaine. Une place de choix doit être aussi réservée au long "Crossing The Border", porté par un groove furieux et aride et qui fleure bon le bitume, le désert chaud. Il ne faut pas oublier non plus le fébrile "On A Clear day" et le terminal "Exhaust" dont les riffs tissent une toile de tristesse malgré un modelé qui donne envie de taper du pied et sa montée en puissance jouissive. Vous l'aurez compris, ce Last Day Of Summer est presque une manière de leçon, de synthèse de tout un courant. Surtout Sons Of Alpha Centauri et Treasure Cat ne tombent jamais dans le piège qui fait que tant de personne redoute le tout instrumental : leur musique demeure constamment passionnante, jamais ennuyeuse. Une bonne bourre donc, nostalgique peut-être mais intemporelle, c'est certain. 3/5 (2009) | Facebook