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KröniK | Peter Bjärgö - Animus Retinentia (2017)
Si ces dernières années l'ont vu enfanter de nombreux albums, avec Onus ("Prolambanomenos"), Karjalan Sissit ("... Want You Dead") ou Sophia ("Unclean"), Peter Bjärgö s'est en revanche montrer plus discret sous son propre nom, sa dernière échappée en solitaire remontant à 2011 et "The Architecture Of Melancholy". On ne peut que regretter cette trop longue absence tant ses rares aventures onaniques sont pour lui l'occasion d'arpenter des territoires plus intim(ist)es et contemplatifs, source immense et secrète d'une beauté pulsative.
C'est la raison pour laquelle la sortie de "Animus Retinentia" est un événement. Comme son visuel blafard, réalisé par son épouse Cecilia, le laisse deviner, le Suédois n'a pas déserté l'humus mélancolique dans laquelle il puise depuis toujours sa sève. Au contraire même car ce troisième opus en solo n'est pas seulement une de ses œuvres les plus belles mais surtout une des plus douloureuses, création engluée dans une encre brumeuse et pourtant pointilliste voire presque désincarnée dans ses moments les plus trippants. Si de loin, l'album semble vierge de surprise tant la signature du maître des musiques sombres se révèlent toujours aussi identifiable qu'indélébile, de près la réalité se veut plus nuancée, à l'image de ce menu épuré qui trempe dans un pastel aux teintes funéraires. De fait, loin de la resucée redoutée, aussi réussie soit-elle, "Animus Retinentia" possède sa propre identité, laquelle se niche sans doute dans cette dimension instrumentale et immersive, reléguant le chant de notre hôte, dans un rôle secondaire, avalé par le brouillard spectral qui enveloppe cet ensemble (trop) court. Et au final, plus que les quelques compositions que drape la voix profonde de Peter, au demeurant superbes, telles que les classiques 'You Let The Light Shine Through', 'Transcended Time' ou le percussif 'Where Light Is Eternal', ce sont les plaintes où son timbre ténébreux ne résonne pas, qui hantent le plus notre mémoire, témoins le squelettique 'Stillhet' et son piano funèbre, 'Grains', lumineux et fragile ou bien encore le poignant 'As Rain Falls' à partir duquel le disque s'enfonce dans une tristesse absolue sans aucun espoir de retour. Le diptyque 'Memories', endeuillé par une mélancolie sourde et surtout le terminal 'Sleep Dep. Loop 2', piste électronique qui répète le même motif hypnotique et désolé durant dix minutes d'une décrépitude infinie qui confine au recueillement introspectif, entraîne l'opus dans un voyage sans retour dans les limbes.... Fantomatique et automnal, "Animus Retinentia" est une œuvre d'une noblesse monacale. 5/5 (2017) | Facebock
C'est la raison pour laquelle la sortie de "Animus Retinentia" est un événement. Comme son visuel blafard, réalisé par son épouse Cecilia, le laisse deviner, le Suédois n'a pas déserté l'humus mélancolique dans laquelle il puise depuis toujours sa sève. Au contraire même car ce troisième opus en solo n'est pas seulement une de ses œuvres les plus belles mais surtout une des plus douloureuses, création engluée dans une encre brumeuse et pourtant pointilliste voire presque désincarnée dans ses moments les plus trippants. Si de loin, l'album semble vierge de surprise tant la signature du maître des musiques sombres se révèlent toujours aussi identifiable qu'indélébile, de près la réalité se veut plus nuancée, à l'image de ce menu épuré qui trempe dans un pastel aux teintes funéraires. De fait, loin de la resucée redoutée, aussi réussie soit-elle, "Animus Retinentia" possède sa propre identité, laquelle se niche sans doute dans cette dimension instrumentale et immersive, reléguant le chant de notre hôte, dans un rôle secondaire, avalé par le brouillard spectral qui enveloppe cet ensemble (trop) court. Et au final, plus que les quelques compositions que drape la voix profonde de Peter, au demeurant superbes, telles que les classiques 'You Let The Light Shine Through', 'Transcended Time' ou le percussif 'Where Light Is Eternal', ce sont les plaintes où son timbre ténébreux ne résonne pas, qui hantent le plus notre mémoire, témoins le squelettique 'Stillhet' et son piano funèbre, 'Grains', lumineux et fragile ou bien encore le poignant 'As Rain Falls' à partir duquel le disque s'enfonce dans une tristesse absolue sans aucun espoir de retour. Le diptyque 'Memories', endeuillé par une mélancolie sourde et surtout le terminal 'Sleep Dep. Loop 2', piste électronique qui répète le même motif hypnotique et désolé durant dix minutes d'une décrépitude infinie qui confine au recueillement introspectif, entraîne l'opus dans un voyage sans retour dans les limbes.... Fantomatique et automnal, "Animus Retinentia" est une œuvre d'une noblesse monacale. 5/5 (2017) | Facebock
KröniK | Sophia - Unclean (2016)
Disparu des écrans-radar depuis 2003 et "Deconstruction Of The World", trop long silence seulement interrompu par "The Collective Works", somme exhaustive de ses expérimentations successives, on croyait Sophia enterré même si sa mort n'avait jamais été officiellement annoncée. Mais Peter Bjärgö, celui qui en incarne l'âme incontestable, semblait, ces dernières années, plus intéressé par d'autres projets, prêchant (toujours) la bonne parole d'une musique sombre, quitte à se disperser entre Arcana, son principal port d'attache, Karjalan Sissit, le nouveau venu Onus, sans compter les deux échappées sous propre nom ("A Wave Of Bitterness" et "The Architecture Of Melancoly"). C'est d'ailleurs peu dire que la carrière du Suédois s'avère des plus difficiles à suivre, à cerner, l'homme n'étant (plus) jamais là où on l'attend. La résurrection de Sophia confirme ce sentiment. Surgit de nulle part, "Unclean" est donc là. Celui-ci est de ces albums peu aisés à évoquer. La crainte de ne pas parvenir à en capter l'essence, à en restituer la richesse, tenaille une plume qui semble sans vie face à un tel monument de peur et de mort. Faussement abordable, comparé à ses devanciers, ce cinquième opus ne dévoile pas son oppressante intimité dès les premières pénétrations. Agrégat tendu de courtes pistes, certaines ne dépassant même pas la minute au compteur, sa défloration peut ainsi tout d'abord décevoir, laisser un sentiment d'inachevé, auquel succède pourtant très vite une impression de malaise, de terreur. D'une froideur martiale, l'oeuvre finit par déranger, libérant une puissance crépusculaire qui se répand comme les secousses menaçantes déclenchées par une armée sur le sentier de la guerre. "Unclean" évoque des paysages d'apocalypse, de ruines, peinture d'un monde parvenu au bord du chaos, qui s'effondre dans un fracas de sonorités mortifères. Magma inquiétant de percussions autoritaires, de cendres ambient et de samples bruitistes au souffle lugubre, ces pulsations vibrent d'une force obscure dont les lignes vocales, féminines parfois (celles de Cecilia Bjârgö), terrifiantes toujours, cri possédés qui semblent s'échapper d'un asile, loin d'en altérer la portée, participent au contraire d'une noirceur nihiliste, de laquelle suintent pourtant une beauté trouble, un envoûtement morbide et masochiste. Ecouter "Unclean" revient à affronter une réalité sans fard, celle d'une humanité gangrenée par la folie. S'il marque le retour inespéré de Sophia, il apparaît cependant, de par sa dimension définitive et prophétique, davantage annoncer sa fin tant on imagine mal comment ses auteurs pourraient lui offrir un successeur. Rien ne peut surgir après cet opus destructeur aux allures de point final, probable testament d'une entité plus que jamais seule et visionnaire. (2016)
Onus | Proslambanomenos (2016)
Il ne faut pas longtemps pour identifier, dans ce projet, l'empreinte de Peter Bjärgö. Les sombres et enveloppantes percussions rythmant 'When The Innocent Dies' que plonge dans un clair-obscur sa voix profonde reconnaissable entre mille, suffisent d'emblée pour mettre un nom derrière celui de cette nouvelle entité. Ecrit à quatre mains, "Proslambanomenos" se présente néanmoins comme le fruit d'une alliance entre le Suédois et Nicolas Van Meirhaeghe dont les expérimentations avec Empusae et Sal-Ocin sont référentielles. Etalée sur plusieurs années, la composition est dans un premier temps l'œuvre du cerveau de Sophia (entre autres) que son comparse a ensuite retravaillé pour en faire une synthèse de leur univers sonore respectif. Il n'en demeure pourtant pas moins que la forte présence de Bjärgö l'emporte sur celle de l'Allemand. Le fait que Ida Bengtsson, l'ancienne chanteuse d'Arcana, vienne draper d'un voile éthéré le titre 'Into Higher Self', souligne l'emprise du Scandinave par ailleurs auteur de tous les textes. Pour autant, s'il semble s'effacer derrière son collaborateur, Van Meirhaeghe livre un travail qui, loin d'être anecdotique, se faufile de manière pointilliste dans les replis mystérieux d'une partition puissamment roborative, grâce à des arrangements timides mais essentiels. En effet, si 'The Dreams Die Young', pareil à une brume qui s'élève peu à peu, porte l'incontestable marque de Peter, 'My Black Wave', parasité par de discrets kystes bruitistes, se veut quant lui la fusion entre ces deux âmes visionnaires. De même, les vapeurs noires et électroniques de 'Life's Burden' ou les pulsions lointaines perforant 'Of Two Minds' doivent beaucoup de leur noirceur tellurique au Teuton. En six plaintes pour une durée totale de quarante minutes, cet essai, édité par l'incontournable Cyclic Law dans un noble digipack au format A5 esquisse un art crépusculaire errant quelque part entre ambient fantomatique et musique spectrale, magma mélancolique qui bouillonne d'une force souterraine et martiale. Alors que certains argueront sans doute que le Scandinave se renouvelle peu, usant toujours de ces mêmes aplats percussifs, une telle beauté, à la fois vaporeuse et tragique, suinte de cet album que cette (relative) impression de redite se trouve balayée, emportée par cette sève émotionnelle qui coule dans les veines de ces plages hypnotiques et introspectives vibrant d'un ténébreux mysticisme. Fusionnant la dimension sombrement vespérale du Suédois et la force obscure de l'Allemand, Onus est un projet trippant qui ne peut que séduire les admirateurs respectifs de ces deux artistes dont on espère que leur union n'en restera pas là... 4/5 (2016)
Karjalan Sissit | ... Want You Dead (2015)
Chaque nouveau signe de vie, ou de mort, c'est selon, de Peter Bjärgö, est toujours attendu avec une grande impatience mêlée de curiosité. Mais certains le sont encore plus que d'autres. Tel est ainsi le cas de "...Want You Dead". A cela, au moins deux raisons peuvent être avancées. Parce que cet opus scelle le retour de Karjalan Sissit après six années d'absence, temps anormalement long pour une entité qui nous avait jusqu'alors habitué à cracher sa semence tous les deux ou trois ans. La seconde tient dans la valeur même de ce projet, figure quintessentielle des musiques industrielles et martiales, dont le Suédois n'est d'ailleurs pas le cerveau, laissant ce rôle au chanteur Markus Pesonen. A l'écoute de cette sixième rumination, on mesure combien l'abstinence a eu du bon pour le trio accouchant non seulement d'un très bon disque mais surtout de son œuvre la plus oppressante, la plus agressive de sa carrière. Jamais sans doute son art n'avait sonné avec une telle intensité corrosive. Edité par Cyclic Law comme désormais tous les travaux que signe Bjärgö, "...Want You Dead" , dont le titre résonne comme une déclaration, gronde d'une force obscure et autoritaire qui (re)donne tout son sens et sa puissance de feu à cette ambient martiale aussi unique qu'inégalée. Son substrat épouse la forme abrasive d'un magma assourdissant où bouillonnent martèlements sévères comme les pas d'un défilé d'hommes armés et désincarnées sonorités électroniques. De ce socle inquiétant jaillissent les psalmodies écorchées du maître des lieux qui vomit des paroles à la manière totalitaire d'un orateur haineux, à l'image du strident 'Totaalinen Kaaos '. Ses textes sont le réceptacle de sa vision du monde, chaotique et crépusculaire, peinture d'une (in)humanité plongée dans les ténèbres. S'abîmer dans les arcanes mortifères de cet opus, c'est s'enfoncer dans un paysage en ruines, ravagé par le sang et la mort. Chargé des guitares et de la programmation, Peter Bjärgö répand des sons pollués, rongés par une distorsion apocalyptique, en un flot qui prolifère telle une gangrène ('. Palpitant d'une puissance souterraine, "...Want You Dead" trouve son équilibre entre pulsations au bord de l'hystérie ('Läpi Elämän Helvetin') et vibrations indus orageuses ('Sairaus, Katkeruus, Kuolema', 'Suga En Kalja O Somna In') qui portent l'incontestable griffe du leader d'Arcana et de Sophia, il remue non seulement les tripes et les chairs à vif mais surtout l'âme, oeuvre cathartique vomie de la tombe, empreinte d'un nihilisme aussi absolu que définitif. Revenu des limbes, Karjalan Sissit réussit un retour aux accents funèbres comme un ultime râle avant le chaos... 4/5 (2016)
KröniK | Peter Bjärgö - A Wave Of Bitterness (2009)
Son nom est sans doute moins connu des profanes que les entités dont il est ou fut l'âme, de Sophia à Arcana sans compter tous les multiples projets auxquels il a collaboré. Ce n'est pas grave. Peter Bjärgö est une des figures tutélaires des sphères musicales sombres. Lorsqu'il décide de tenter l'aventure en solitaire ce n'est pas pour naviguer sur des eaux vierges mais plutôt pour creuser un sillon qui lui est familier, celui d'Arcana notamment, soit un kaléidoscope émotionnel écrit à l'encre noire drapé dans un linceul à la dimension monacale évidentes. A Wave Of Bitterness est un recueil de neuf versets aussi envoûtants que désespérés. Seul aux manettes, le Suédois balaye un espace ténébreux néanmoins plein de grâce qui confine à l'introspection. Sa voix profonde est le faisceau qui nous guide dans ce monde crépusculaire d'une beauté évanescente. D'une forme cyclique d'une grande pureté, cet opuscule débute par une marche funèbre, "Iana", dont les notes de piano sonnent comme l'appel du glas. Le décor est posé, celui qui orne le gisant. Souligné par des percussions tribales, "A Wave Of Bitterness" s'envole ensuite très haut, voyage atmosphérique dont la délicatesse du trait fait qu'il nous échappe. Insaisissable ! Après un "In Useless Retrospective" mortuaire, "A Choice Of Silence" s'ouvre sur une plastique proche des modelés néo-classique développé par Arcana et donc dans une veine proche de Dead Can Dance. Le chant de Peter procède d'ailleurs de cette comparaison, de même que ses arrangements planants et ses nappes de claviers en forme de voiles d'ambiances. Suivent trois respirations à l'architecture quasi-instrumentale que seuls des murmures viennent caresser. "Insomnia", courte déambulation merveilleuse et poétique, l'hypnotique "VI" tout en percussions, et le tragique "A Slow Wave" dont les volutes orchestrales vous empoignent avant de vous transporter loin, tellement loin, ressac d'émotions qui vient s'écraser contre des falaises érodée par la douleur. Puis Peter Bjärgö atteint la quintessence de son art avec le monumental "Imprisonment Of The Mind" d'une beauté à vous donner des frissons en même temps qu'une forme d'Absolu. Quelque chose qui touche au Divin et que seule une poignée de créateur parviennent à effleurer. A Wave Of Bitterness se serait réduit à cet unique morceau qu'il aurait encore été indispensable. Essentiel ! L'écoute meurt comme elle a débuté, par une ode funéraire squelettique. Bien que l'on puisse regretter la courte durée de l'expérience (quarante petites minutes, c'est bien peu) mais outre le fait que les plus grands joyaux ne sont pas forcément les plus longs, cela n'altère en rien la passion que l'on peut avoir pour cet album miraculeux. Les mots manquent, paraissent sans saveur pour décrire une telle œuvre, assurément une des plus belles de son auteur dont on admire l'élégance et la justesse avec lesquelles il dessine des images sombres. 4/5 (2009)
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