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Sūrya | Solastalgia (2019)
Une fois n'est pas coutume, si Surya accueille en son sein une fille, ce n'est pas pour la mettre en avant telle une déesse déclamant ses prêches mais pour lui confier les rênes d'une rythmique (forcément) pesante qu'elle bétonne derrière ses fûts avec un groove tentaculaire bien que non dépourvu de finesse.
Baroness | Gold & Prey (2019)
L'air de rien, cela fait pas loin de quatre ans que Baroness n'est pas venu combler nos orifices auditifs avec un nouvel album.
News | Regarde les hommes tomber - Ascension
"Ascension", le nouvel album de Regarde les hommes tomber (post black metal), sortira le 28 février 2020 chez Season Of Mist.
The Lumberjack Feedback | Mere Mortals (2019)
Que semble loin désormais l'époque où Roadrunner imposait à Karma To Burn de recruter un chanteur le temps d'un premier album au demeurant culte, le label jugeant le format instrumental alors trop risqué commercialement ! Si depuis l'exercice ne surprend plus, il demeure difficile car grand est le danger de ne trouver au final que des musiciens ivres de leur technique, bien incapables d'émouvoir, sans compter l'ennui qui guette des compos à l'électro-encéphalogramme souvent désespérément plat.
News | Lord Mantis - Universal Death Church
"Universal Death Church", le nouvel album de Lord Mantis (Blackened Sludge), sortira le 22 novembre 2019 chez Profound Lore Records.
Oldd Wvrms | Codex Tenebris (2019)
Si vous ne surprendrez jamais certains groupes en flagrants délits d'évolution, tel n'est pas le cas de Oldd Wvrms qui n'est jamais là où on l'attend vraiment sans pour autant déserter les rivages occultes du doom rituel qu'il arpente depuis cinq ans. Les Belges aiment changer de peau à chaque nouvel effort, polissant de plus en plus un art tout d'abord marécageux, plus élaboré sinon sophistiqué (tout est relatif) désormais.
Unhold | Here Is The Blood (2018)
Si les Suisses d’Unhold ne nous ont pas autant fait patienter cette fois-ci entre "Here Is The Blood" et "Towering" (2015), comme ils l'avaient fait entre celui-ci et "Gold Cut" que sept années séparaient quand même, le fait est qu'ils demeurent toujours ce collectif aussi rare que précieux dont chaque nouvelle hostie est attendue comme le Graal sévère et aérien d'un post-hardcore atmosphérique.
Mantar | The Modern Art Of Setting Ablaze (2018)
Nul besoin d'être nombreux pour faire beaucoup de bruit. Mantar en est convaincu et ceux qui prennent en plein face ses uppercuts peuvent en témoigner ! Les Teutons ne sont que deux, Hanno et Erinc, qui se partagent le chant et les instruments.
Boar | Poseidon (2018)
Fidèle à son identité entre stoner psyché et doom pulsatif, Boar offre avec "Poseidon" un périple riche en sensations, fouillant les abîmes avec ce mélange de lourdeur pétrifiée et d'atmosphères moelleuses et fuzzy.
Il n'est pas surprenant que l'océan inspire le doom qui puise dans ce monde aquatique une muse idéale à la fois épique et écrasante : on songe à Ahab, notamment, qui a bâti toute son œuvre autour de ce thème. A son tour et à sa manière aussi abrasive que tellurique, Boar vient explorer les fonds marins, l’univers de fosses abyssales où la lumière du jour ne pénètre jamais, refuge de créatures inconnues et mystérieuses. "Poseidon", tel est le titre de cette troisième enclume de ces Finlandais énervés que nous avions découverts il y a presque trois ans grâce à un "Veneficiae" de très bonne mémoire.
Ce nom mythologique nous évoque d'emblée quelque chose de lourd et de menaçant, divinité belliqueuse tapie dans les profondeurs marines. Tumultueux et (ultra) plombé, le contenu est à l'avenant, érodé par des musiciens à l'unisson d'une puissance sismique que le travail de Tom Brooke derrière la console contribue à rendre plus épaisse encore, comme une marée noire qui lèche le littoral de sa langue visqueuse. Emportées par des rouleaux de batterie qui s'écrasent contre les rochers, ces six compositions, fleuves et trapues tout ensemble, fendent les vagues pour plonger dans une noirceur d'encre ('Featherless'). Rocailleuses, les guitares forment un récif contre lesquelles les navires s'échouent cependant que le chant biberonné au Destop a des allures de funeste vigie. Pour autant, "Poseidon" n'est pas tout à fait le bathyscaphe effrayant que son morceau éponyme semble promettre en guise d'ouverture. Boar n'oublie jamais ses racines stoner et cosmiques qui lui dictent une partition où les émanations psychédéliques jaillissent de développements instrumentaux qui sonnent comme une invite nébuleuse. Le terminal 'Totally Out Of This World' illustre toutes les nuances de ce doom cataclysmique dont le socle abyssal laisse échapper des effluves aux relents de trip enfumé. Sillonnant des entrailles sous-marines dont on devine qu'elles abritent de sombres dangers, le groupe sait remonter à la surface pour avaler une gorgée d'air, témoin ce 'Dark Skies' dont les vocalises aériennes et fugaces sont comme une fragile bouée à laquelle on s'accroche avant d'être attiré par les tentacules d'un Kraken monstrueux. Fidèle à son identité entre stoner psyché et doom pulsatif, Boar offre avec "Poseidon" un périple riche en sensations, fouillant les abîmes avec ce mélange de lourdeur pétrifiée et d'atmosphères moelleuses et fuzzy qui n'appartient qu'à lui. (06/06/2018)
Il n'est pas surprenant que l'océan inspire le doom qui puise dans ce monde aquatique une muse idéale à la fois épique et écrasante : on songe à Ahab, notamment, qui a bâti toute son œuvre autour de ce thème. A son tour et à sa manière aussi abrasive que tellurique, Boar vient explorer les fonds marins, l’univers de fosses abyssales où la lumière du jour ne pénètre jamais, refuge de créatures inconnues et mystérieuses. "Poseidon", tel est le titre de cette troisième enclume de ces Finlandais énervés que nous avions découverts il y a presque trois ans grâce à un "Veneficiae" de très bonne mémoire.
Ce nom mythologique nous évoque d'emblée quelque chose de lourd et de menaçant, divinité belliqueuse tapie dans les profondeurs marines. Tumultueux et (ultra) plombé, le contenu est à l'avenant, érodé par des musiciens à l'unisson d'une puissance sismique que le travail de Tom Brooke derrière la console contribue à rendre plus épaisse encore, comme une marée noire qui lèche le littoral de sa langue visqueuse. Emportées par des rouleaux de batterie qui s'écrasent contre les rochers, ces six compositions, fleuves et trapues tout ensemble, fendent les vagues pour plonger dans une noirceur d'encre ('Featherless'). Rocailleuses, les guitares forment un récif contre lesquelles les navires s'échouent cependant que le chant biberonné au Destop a des allures de funeste vigie. Pour autant, "Poseidon" n'est pas tout à fait le bathyscaphe effrayant que son morceau éponyme semble promettre en guise d'ouverture. Boar n'oublie jamais ses racines stoner et cosmiques qui lui dictent une partition où les émanations psychédéliques jaillissent de développements instrumentaux qui sonnent comme une invite nébuleuse. Le terminal 'Totally Out Of This World' illustre toutes les nuances de ce doom cataclysmique dont le socle abyssal laisse échapper des effluves aux relents de trip enfumé. Sillonnant des entrailles sous-marines dont on devine qu'elles abritent de sombres dangers, le groupe sait remonter à la surface pour avaler une gorgée d'air, témoin ce 'Dark Skies' dont les vocalises aériennes et fugaces sont comme une fragile bouée à laquelle on s'accroche avant d'être attiré par les tentacules d'un Kraken monstrueux. Fidèle à son identité entre stoner psyché et doom pulsatif, Boar offre avec "Poseidon" un périple riche en sensations, fouillant les abîmes avec ce mélange de lourdeur pétrifiée et d'atmosphères moelleuses et fuzzy qui n'appartient qu'à lui. (06/06/2018)
KröniK | Overcharger - Origin (2018)
Ramassée et tendue comme un string, cette deuxième enclume dévoile un groupe sûr de son art qui, sans fioritures ni compromis, nous entraîne avec lui à travers des territoires crasseux et menaçants.
Ils n'ont pas l'air commodes, ces Bordelais, avec leur look pileux et les nombreux tatouages qui leur bouffent les bras. Les "Charger" ne sont pas là pour rigoler ou tailler gentiment le bout de gras et leur breuvage épais non plus. Français de sol, ils sont clairement Américains de sang, le dard plongé dans les Bayous. Tétant les mamelles velues des Corrosion Of Conformity, Down et Crowbar, le quatuor braconne donc sur les terres d'un southern metal bourru et testiculeux que nous avions découvert il y a trois ans grâce à un "All That We Had" de bonne mémoire.
Ces dernières années passées à écumer les tripots n'ont pas assagi ces solides gaillards qui reviennent, l'entre-jambe chargé à fond, avec, sous les bras sentant la sueur, une deuxième bûche taillée dans ce bois du Sud des Etats-Unis. D'abord soutenus par Finisterian Dead End, ils ont depuis rejoint les rangs de Overpowered Records (Volker), label qui semblent être fait pour eux et ce "Origin" brûlant comme la braise. Sur le substrat pesant et caillouteux dressé par son prédécesseur avec la fougue poisseuse que l'on sait, ce nouvel album va encore plus loin dans l'intensité couillue, rempli une semence épaisse biberonnée au Jack Daniel's. Si cette Amérique "profonde", celle de Rob Zombie ou du "Délivrance" de John Boorman, lui inspire des ambiances crapoteuses et déglinguées ('The Other Me Is Dead'), Overcharger s'impose plus que jamais comme une redoutable machine de guerre dont le combustible est un mélange de sludge et de thrash. Noircies par le chant bilieux de Seb, des cartouches telles que 'Trust The Horns' ou 'Burning Woods' arrachent sur leur passage, ne faisant aucun prisonnier. En dépit de soli mélodiques et de refrains lumineux ('The Descent'), l'opus s'enfonce tout du long dans des marécages bourbeux. Trapu, chaque titre alterne saillies furieuses et coups de boutoir vicieux à l'image de 'The Bewitched Doll', de 'Southern Floods' ou du survolté 'Origin', distillant des atmosphères aussi visqueuses que rampantes qui explosent lors d'un 'By My Side' terminal et ultra plombé. Ramassée et tendue comme un string, cette deuxième enclume dévoile un groupe sûr de son art qui, sans fioritures ni compromis, nous entraîne avec lui à travers des territoires crasseux et menaçants. (23/04/2018)
Ils n'ont pas l'air commodes, ces Bordelais, avec leur look pileux et les nombreux tatouages qui leur bouffent les bras. Les "Charger" ne sont pas là pour rigoler ou tailler gentiment le bout de gras et leur breuvage épais non plus. Français de sol, ils sont clairement Américains de sang, le dard plongé dans les Bayous. Tétant les mamelles velues des Corrosion Of Conformity, Down et Crowbar, le quatuor braconne donc sur les terres d'un southern metal bourru et testiculeux que nous avions découvert il y a trois ans grâce à un "All That We Had" de bonne mémoire.
Ces dernières années passées à écumer les tripots n'ont pas assagi ces solides gaillards qui reviennent, l'entre-jambe chargé à fond, avec, sous les bras sentant la sueur, une deuxième bûche taillée dans ce bois du Sud des Etats-Unis. D'abord soutenus par Finisterian Dead End, ils ont depuis rejoint les rangs de Overpowered Records (Volker), label qui semblent être fait pour eux et ce "Origin" brûlant comme la braise. Sur le substrat pesant et caillouteux dressé par son prédécesseur avec la fougue poisseuse que l'on sait, ce nouvel album va encore plus loin dans l'intensité couillue, rempli une semence épaisse biberonnée au Jack Daniel's. Si cette Amérique "profonde", celle de Rob Zombie ou du "Délivrance" de John Boorman, lui inspire des ambiances crapoteuses et déglinguées ('The Other Me Is Dead'), Overcharger s'impose plus que jamais comme une redoutable machine de guerre dont le combustible est un mélange de sludge et de thrash. Noircies par le chant bilieux de Seb, des cartouches telles que 'Trust The Horns' ou 'Burning Woods' arrachent sur leur passage, ne faisant aucun prisonnier. En dépit de soli mélodiques et de refrains lumineux ('The Descent'), l'opus s'enfonce tout du long dans des marécages bourbeux. Trapu, chaque titre alterne saillies furieuses et coups de boutoir vicieux à l'image de 'The Bewitched Doll', de 'Southern Floods' ou du survolté 'Origin', distillant des atmosphères aussi visqueuses que rampantes qui explosent lors d'un 'By My Side' terminal et ultra plombé. Ramassée et tendue comme un string, cette deuxième enclume dévoile un groupe sûr de son art qui, sans fioritures ni compromis, nous entraîne avec lui à travers des territoires crasseux et menaçants. (23/04/2018)
Krönik | Hangman's Chair - Banlieue triste (2018)
"Banlieue Triste" est un album fort et personnel, qui fascine et permet à ses auteurs de rester ce groupe unique, sans doute l'un des plus excitants que compte la scène rock française (et plus).
Il suffit de jeter un œil à sa pochette où une caravane fatiguée et pourrie est plantée dans la boue d'un terrain vague coincé au milieu du bitume et contre laquelle il y a un type, le dos courbé, dans une curieuse posture propice à toute les lectures, pour comprendre que Hangman's Chair ne va pas mieux. Comme son titre le suggère également, "Banlieue Triste" évoque ces zones périphériques aux allures de no man's land sinistre, ces angles morts urbains faits de terres en friche et de tours bétonnées.
C'est ce paysage des grands ensembles déjà fissurés il y a quarante ans auquel on pense en lançant l'écoute du successeur de "This Is Not Supposed To Be Positive". Les Parisiens baignent là dans leur univers qu'ils explorent à l'aide de ces guitares squelettiques et gangreneuses et du chant puissamment émotionnel de Cédric Toufouti, fragile vigie perçant ce brouillard de pois en même temps que le pinceau désabusé d'une tristesse poisseuse. Dès 'Naive', que précède l'instrumental éponyme, sa voix nous étrangle autant qu'elle nous émeut, en déversant son flot cafardeux que souligne une partition lourde et maladive qui claque comme une peau tendue par des crochets. La prise de son pleine de réverb' enrobe l'ensemble d'une patine cradingue qui sied idéalement à ces plaintes molles et décadentes auxquelles elle confère en sus un feeling des années 80 ('Tara'). Musicalement, "Banlieue Triste" s'inscrit dans la continuité de son devancier dont il poursuit le glissement vers un art affranchi de toutes étiquettes, qui possède certes la pesanteur du stoner, la mélancolie du doom et la noirceur poisseuse du sludge mais sans qu'il puisse être pour autant rattaché à un de ces courants. Fort d'une identité aussi bien visuelle, sonore que thématique, Hangman's Chair continue de tracer son sillon à travers un espace désolé qui n'appartient donc qu'à lui. Il en résulte, toujours, ces compositions à la fois aériennes et tortueuses dont la durée dilatée les entraîne au bord d'un puits sans fond, tricotant alors des instants déglingués comme suspendus dans le temps et dans l'espace, témoin l'immense (à tout point de vue) 'Touch The Razor', certainement le point G d'un menu qui n'en manque pourtant pas. De 'Sleep Juice' dont l'intimité brûle d'un désespoir rageur, à '04 09 16' et sa ligne de basse enveloppante, sans oublier le poignant 'Tired Eyes' qu'empoisonnent des kystes electro, "Banlieue Triste" est jonché de superbes pavés. L'opus pourrait être franchement déprimant, et il l'est d'une certaine manière mais il laisse deviner tout du long une ironie gouailleuse qui freine sa noirceur fangeuse. Là réside le ton si particulier propre à Hangman's Chair qui cultive une ambivalence trouble dans sa capacité intacte d'alterner des titres accrocheurs et d'autres plus plombés entre lesquels se glissent des pistes instrumentales ('Sidi Bel Abbes') où de froides atmosphères se lient à de fugaces rais de lumière. Bien qu'il s'achève sur un 'Full Ashtr' inutilement long, parasité par une seconde partie interminable qui tourne à vide, "Banlieue Triste" n'en est pas moins un album fort et personnel, qui fascine et permet à ses auteurs de rester ce groupe unique, sans doute l'un des plus excitants que compte la scène rock française (et plus). (02/04/2018)
Il suffit de jeter un œil à sa pochette où une caravane fatiguée et pourrie est plantée dans la boue d'un terrain vague coincé au milieu du bitume et contre laquelle il y a un type, le dos courbé, dans une curieuse posture propice à toute les lectures, pour comprendre que Hangman's Chair ne va pas mieux. Comme son titre le suggère également, "Banlieue Triste" évoque ces zones périphériques aux allures de no man's land sinistre, ces angles morts urbains faits de terres en friche et de tours bétonnées.
C'est ce paysage des grands ensembles déjà fissurés il y a quarante ans auquel on pense en lançant l'écoute du successeur de "This Is Not Supposed To Be Positive". Les Parisiens baignent là dans leur univers qu'ils explorent à l'aide de ces guitares squelettiques et gangreneuses et du chant puissamment émotionnel de Cédric Toufouti, fragile vigie perçant ce brouillard de pois en même temps que le pinceau désabusé d'une tristesse poisseuse. Dès 'Naive', que précède l'instrumental éponyme, sa voix nous étrangle autant qu'elle nous émeut, en déversant son flot cafardeux que souligne une partition lourde et maladive qui claque comme une peau tendue par des crochets. La prise de son pleine de réverb' enrobe l'ensemble d'une patine cradingue qui sied idéalement à ces plaintes molles et décadentes auxquelles elle confère en sus un feeling des années 80 ('Tara'). Musicalement, "Banlieue Triste" s'inscrit dans la continuité de son devancier dont il poursuit le glissement vers un art affranchi de toutes étiquettes, qui possède certes la pesanteur du stoner, la mélancolie du doom et la noirceur poisseuse du sludge mais sans qu'il puisse être pour autant rattaché à un de ces courants. Fort d'une identité aussi bien visuelle, sonore que thématique, Hangman's Chair continue de tracer son sillon à travers un espace désolé qui n'appartient donc qu'à lui. Il en résulte, toujours, ces compositions à la fois aériennes et tortueuses dont la durée dilatée les entraîne au bord d'un puits sans fond, tricotant alors des instants déglingués comme suspendus dans le temps et dans l'espace, témoin l'immense (à tout point de vue) 'Touch The Razor', certainement le point G d'un menu qui n'en manque pourtant pas. De 'Sleep Juice' dont l'intimité brûle d'un désespoir rageur, à '04 09 16' et sa ligne de basse enveloppante, sans oublier le poignant 'Tired Eyes' qu'empoisonnent des kystes electro, "Banlieue Triste" est jonché de superbes pavés. L'opus pourrait être franchement déprimant, et il l'est d'une certaine manière mais il laisse deviner tout du long une ironie gouailleuse qui freine sa noirceur fangeuse. Là réside le ton si particulier propre à Hangman's Chair qui cultive une ambivalence trouble dans sa capacité intacte d'alterner des titres accrocheurs et d'autres plus plombés entre lesquels se glissent des pistes instrumentales ('Sidi Bel Abbes') où de froides atmosphères se lient à de fugaces rais de lumière. Bien qu'il s'achève sur un 'Full Ashtr' inutilement long, parasité par une seconde partie interminable qui tourne à vide, "Banlieue Triste" n'en est pas moins un album fort et personnel, qui fascine et permet à ses auteurs de rester ce groupe unique, sans doute l'un des plus excitants que compte la scène rock française (et plus). (02/04/2018)
4/5 | Music Waves
KröniK | Dying Giants - Tales Of Giants (2017)
Que Dying Giants ait choisi son nom en référence à Conan, non pas le personnage de Howard ou le film de John Milius mais le groupe anglais, pourrait être un détail anecdotique mais révèle pourtant deux choses. D'une part que ces Toulousains sont des hommes de goût. D'autre part que le doom qui coule dans leurs veines est massif, granitique, charriant une semence épaisse et abrasive. Bref, Dying Giants, c'est du lourd, du minéral, du méchant qui pulvérise tout sur son passage façon Karcher. Tout est dans la taille, les mecs le savent bien, fascinés qu'ils sont par ce qui est gigantesque. Il y a chez eux, comme chez leur mentor de la Perfide Albion, une démesure robuste, une manière de dresser puissamment des riffs rocailleux en une pesante érection alors même que les compositions qu'ils sculptent au burin dans une roche dure, sont trapues, gonflées d'une tension venue des profondeurs de la terre.
Pas de long palabres à attendre ici mais une énergie souterraine que ce power trio guitare/basse/batterie (auquel se greffe, dans l'ombre, un graphiste au rôle déterminant), cherche à dompter. Le caractère instrumental de la bête, qui participe de cette force quasi sismique, achève de rendre la musique gravée par ce groupe, hautement jubilatoire. Ce que démontre Tales Of Giants dont les quatre pistes suffisent à affoler le compteur Geiger et à exciter les sens. Quatre titres aux allures de blocs tendus dans la nuit, érodés par les vents et des musiciens à l'unisson d'une force sourde prête à exploser en une éruption cendreuse. Vierge de chant peut-être, ce stoner doom n'en palpite pas moins d'une sève tonitruante, secoué par des coups de boutoir cataclysmiques (Etna Volcano). Tout en progression (23rd Nebula), ces morceaux ne cachent toutefois pas une spontanéité qui leur donne quelque chose d'une rampe de lancement pour de fiévreuses et diaboliques jams, à l'image du tellurique Atlas Month. On devine un art qui doit prendre toute son ampleur en live, sous les voûtes d'une petite scène enfumée. Si chaque instrument jouit de l'espace nécessaire pour s'exprimer en une logorrhée mazoutée, guitare pachydermique, basse volcanique et batterie solidement rivée au sol, copulent avec une énergie furieuse pour accoucher d'une masse compacte ultra heavy que de fugaces fissures viennent aérer. En à peine plus de vingt minutes, Dying Giants donne déjà envie d'en entendre davantage. Dans le genre doom sludge, il est une découverte indispensable ! (24/02/2018)
Pas de long palabres à attendre ici mais une énergie souterraine que ce power trio guitare/basse/batterie (auquel se greffe, dans l'ombre, un graphiste au rôle déterminant), cherche à dompter. Le caractère instrumental de la bête, qui participe de cette force quasi sismique, achève de rendre la musique gravée par ce groupe, hautement jubilatoire. Ce que démontre Tales Of Giants dont les quatre pistes suffisent à affoler le compteur Geiger et à exciter les sens. Quatre titres aux allures de blocs tendus dans la nuit, érodés par les vents et des musiciens à l'unisson d'une force sourde prête à exploser en une éruption cendreuse. Vierge de chant peut-être, ce stoner doom n'en palpite pas moins d'une sève tonitruante, secoué par des coups de boutoir cataclysmiques (Etna Volcano). Tout en progression (23rd Nebula), ces morceaux ne cachent toutefois pas une spontanéité qui leur donne quelque chose d'une rampe de lancement pour de fiévreuses et diaboliques jams, à l'image du tellurique Atlas Month. On devine un art qui doit prendre toute son ampleur en live, sous les voûtes d'une petite scène enfumée. Si chaque instrument jouit de l'espace nécessaire pour s'exprimer en une logorrhée mazoutée, guitare pachydermique, basse volcanique et batterie solidement rivée au sol, copulent avec une énergie furieuse pour accoucher d'une masse compacte ultra heavy que de fugaces fissures viennent aérer. En à peine plus de vingt minutes, Dying Giants donne déjà envie d'en entendre davantage. Dans le genre doom sludge, il est une découverte indispensable ! (24/02/2018)
3.5/5 | La Horde Noire
KröniK | Erdve - Vaitojimas (2018)
Nouvelle signature des têtes chercheuses de Season Of Mist, Erdve crache avec "Vaitojimas" son premier rot. Ce qui ne s'entend absolument pas tant ses qualités semblent être le résultat d'une longue expérience, preuve en est encore une fois du haut niveau que les jeunes pousses étalent désormais effrontément, loin des balbutiements et maladresses de jadis. Cependant, il ne faut pas confondre habileté et inspiration, ce qui n'est pas la même chose. Ainsi nombre d'albums aujourd'hui sont certes très bien faits mais témoignent pourtant d'une imagination en jachère, souffrant d'une fâcheuse carence en idées et en originalité. Or tel n'est pas le cas de ces Lituaniens qui dressent avec une dureté épaisse les couleurs d'une créativité volcanique.
Tout cela est bel et bien mais ne répond pas à une question : c'est quoi Erdve ? A première vue, "Vaitojimas" macère dans le jus du hardcore dont il épouse les caractéristiques rageuses. Biberonné au Destop, le chant déverse un torrent de fiel, les guitares sont corrosives et le tout, robuste et énervé, palpite d'une force intense quasi sismique. Rien de neuf à l'horizon, direz-vous. Oui. Mais c'est en injectant une dose sévère de noirceur charbonneuse ou au contraire en égrenant des instants squelettiques ('Pilnatve'), que Erdve s'élève dans toute son implacable démesure à laquelle procède une architecture meurtrie et tentaculaire, austère et abrasive. De fait, chacune de ces six pulsations, tendue comme le foc d'un navire, serpente à travers une géographie aussi abrupte que sinueuse, creusée par les rouleaux telluriques d'une batterie qui phagocyte l'espace ('Atraja'). Plainte instrumentale aux allures de respiration (faussement) paisible, 'Apverktis' illustre parfaitement la façon dont le groupe exprime une violence mortifère teintée d'amertume, ouvrant brutalement, après une première partie osseuse et répétitive, les vannes d'une fureur granitique en une fulgurante coulée de lave. Par la puissance sourde qui le secoue, Erdve délivre un matériau à la fois épileptique et abyssal que l'appellation "blackened hardcore" résumerait assez justement cependant que des racines sludge et post metal ('Isnara') entraînent dans les replis ferrugineux d'une inexorabilité morbide. Une espèce de beauté tortueuse suinte de ce bloc d'une incandescence noire, en une semence visqueuse. Charriant un désespoir poisseux, ces riffs massifs nous engloutissent sous une chape maladive. Ils agissent comme un burin taillant la sculpture d'un monde à l'agonie ('Priervarta'). Selon la formule consacrée, Erdve s'impose d'emblée comme un groupe à suivre de près tant on devine, crépitant dans les profondeurs de son âtre, un nihilisme prometteur. (18/02/2018)
Tout cela est bel et bien mais ne répond pas à une question : c'est quoi Erdve ? A première vue, "Vaitojimas" macère dans le jus du hardcore dont il épouse les caractéristiques rageuses. Biberonné au Destop, le chant déverse un torrent de fiel, les guitares sont corrosives et le tout, robuste et énervé, palpite d'une force intense quasi sismique. Rien de neuf à l'horizon, direz-vous. Oui. Mais c'est en injectant une dose sévère de noirceur charbonneuse ou au contraire en égrenant des instants squelettiques ('Pilnatve'), que Erdve s'élève dans toute son implacable démesure à laquelle procède une architecture meurtrie et tentaculaire, austère et abrasive. De fait, chacune de ces six pulsations, tendue comme le foc d'un navire, serpente à travers une géographie aussi abrupte que sinueuse, creusée par les rouleaux telluriques d'une batterie qui phagocyte l'espace ('Atraja'). Plainte instrumentale aux allures de respiration (faussement) paisible, 'Apverktis' illustre parfaitement la façon dont le groupe exprime une violence mortifère teintée d'amertume, ouvrant brutalement, après une première partie osseuse et répétitive, les vannes d'une fureur granitique en une fulgurante coulée de lave. Par la puissance sourde qui le secoue, Erdve délivre un matériau à la fois épileptique et abyssal que l'appellation "blackened hardcore" résumerait assez justement cependant que des racines sludge et post metal ('Isnara') entraînent dans les replis ferrugineux d'une inexorabilité morbide. Une espèce de beauté tortueuse suinte de ce bloc d'une incandescence noire, en une semence visqueuse. Charriant un désespoir poisseux, ces riffs massifs nous engloutissent sous une chape maladive. Ils agissent comme un burin taillant la sculpture d'un monde à l'agonie ('Priervarta'). Selon la formule consacrée, Erdve s'impose d'emblée comme un groupe à suivre de près tant on devine, crépitant dans les profondeurs de son âtre, un nihilisme prometteur. (18/02/2018)
3/5 | Music Waves
KröniK | Corrosion Of Conformity - No Cross No Crown (2018)
Corrosion Of Conformity sans Pepper Keenan pour gueuler dans le micro avec son timbre velu qui fleure bon la Gitane maïs et le gros rouge qui tache, c'est un peu comme une journée sans sexe : c'est triste. Après un court hiatus, le groupe a remis le couvert en 2010 mais, amputé de son membre le plus charismatique, son rock burné qui sent sous les bras n'avait plus vraiment la même saveur, témoins les deux rondelles qui ont suivi la reformation. La réintégration du guitariste de Down était de fait particulièrement attendu par tous ceux qui estiment non sans raison que (le vrai) C.O.C. est mort après "In The Arms Of God" en 2005.
Mais "No Cross No Crown" ne marque pas seulement le retour de Keenan au sein du giron maternel mais surtout la résurrection du line-up qui enfanta la triplette "Deliverance" / "Wiseblood" / "America's Volume Dealer" entre 1994 et 2000, avec Woody Weatherman à la gratte, Mike Dean à la basse et Reed Mullin derrière les fûts. Bref, sur le papier, ce dixième album a de quoi exciter les fans qui se lèchent déjà les babines au moment de lancer son écoute. Inutile de tourner autour du pot plus longtemps, ces derniers ne seront pas déçus par cet opus qui tient toutes les promesses nées de cette réunion. Si le quatuor ne cherche absolument pas à renouveler sa formule, restant sur ses (solides) acquis, il n'en demeure pas moins que la fureur crasseuse, presque punk, de ses vertes années a cédé la place à un constant souci mélodique qui dicte des chansons certes toujours aussi massives et graisseuses mais bien plus sophistiquées (ce n'est pas un gros mot). Plus que jamais, les Américains donnent l'impression d'être le fruit de l'accouplement (forcément) sauvage du Black Sabbath période Ozzy avec Thin Lizzy ! Il suffit de se prendre en pleine face des brûlots tels que 'E.L.M.', 'A Quest To Believe', 'Nothing Left To Say' ou bien encore le terminal 'Son And Daughter' que recouvre l'ombre de Queen, pour constater ce polissage. Est-ce à dire que Corrosion Of Conformity s'est ramolli ? Il y a là un gouffre que nous ne franchirons pas. Lourd comme une enclume forgée par un High On Fire, 'The Luddite' ne saurait nous faire douter quant à la teneur en plomb d'une musique qui n'a cependant rien perdu de sa rugosité. "No Cross No Crown" trouve le juste milieu entre pesanteur sabbathienne ('Old Disaster') et envolées étincelantes ('Wolf Named Crow'), le tout enrichi d'une bonne dose de blues ('Little Man'). Si les nombreux intermèdes, squelettiques ('Matre's Diem') ou étranges ('Sacred Isolation'), qui le jalonnent, peuvent intriguer et sembler de prime abord faire du remplissage, ils contribuent en réalité à mettre en relief un menu auquel ils confèrent sa profondeur et sa force tectonique en une succession de vallons verdoyants et de montagnes puissantes. Du coup, Corrosion Of Conformity touche au but et livre l'album que son public attendait, au moins depuis "In The Arms Of God" ! (21/01/2018)
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