"Tyranni", le nouvel album de Avslut (black metal), sortira le 29 novembre 2019 chez Osmose.
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KröniK | Ad Hominem - Napalm For All (2018)
Peut-être moins controversé dans le fond, le groupe n'a en revanche rien perdu de sa nocive radicalité, offrant un opus d'une cruauté définitive et dont la force de frappe ne rend que plus agressif encore.
Même si son fondateur et principal membre, Kaiser Wodhanaz, se défend de toute affiliation à la mouvance NSBM, le fait est que Ad Hominem trimbale depuis vingt ans une réputation sulfureuse, faisant de lui un des groupes les plus polémiques du black metal hexagonal. Une aura de soufre se dégage de ses méfaits aux atours totalitaires. Reste que, et quand bien même il est évident que cette proximité aussi bien esthétique qu'idéologique avec l'art noir dans ce qu'il a de plus extrême (au sens politique du terme) à faire vomir les gauchistes bien pensants, n'est pas étrangère à sa notoriété, le principal est ailleurs, dans cette musique radicale et sans compromis, bref tel que le genre devrait toujours être !
Les quelques années de mise en sommeil qui ont suivi le quintessentiel Dictator - A Moument Of Glory (2009), loin de l'avoir rouillé, ont rendu Kaiser plus belliqueux que jamais, comme l'a prouvé Antitheist il y a trois ans, offrande qui marquait son retour tant attendu et une alliance avec Osmose Productions dans lequel il aura trouvé le partenaire idéal. Napalm For All confirme à son tour que Ad Hominem demeure bien cette implacable et malfaisant panzer. Vous vouliez la guerre ? Vous l'aurez presque quarante minutes durant. Enrobé d'un fuselage extrêmement puissant qui apporte à chaque instrument l'espace nécessaire pour exploser, ce sixième album ne fait donc aucun prisonnier, emporté par un torrent de haine, alternance de blitzkriegs d'une brutalité hallucinée et de pesantes reptations au fond d'un charnier encore fumant, en un mélange dévastateur. Dans les rangs des premiers, citons l'inaugural AMSB qui fait des préliminaires et fait saigner d'entrée de jeu les muqueuses. Il y a aussi le furieux et presque punk dans l'âme Napalm For All qui crache sa semence rock'n'roll en moins de deux minutes, Goatfucker qui n'est pas sans rappeler le Satyricon époque Now, Diabolical, sans oublier Bomb The Earth et le véloce Vatican Gay que sabrent cependant de nombreux cratères. Les secondes, vers lesquelles tend forcément notre préférence, sont représentées par un ensemble de titres dont la lenteur autoritaire ne les rend pas moins malsains. Le percussif I Am Love, strié de riffs aux allures de saignées ferrugineuses, Your Are My Slut, V. Is The Law ou Imperial Massacre sont les théâtre d'une vicieuse négativité que le chant inhumain de Kaiser autant que les guitares polluées et grésillantes sont les pinceaux mortifères. Et quand Ad Hominem tente l'hybridation entre bestialité et lourdes perforations comme il le fait lors d'un Consecrate The Abomination nucléaire et abyssal, le carnage est garanti. Peut-être moins controversé dans le fond, le groupe n'a en revanche rien perdu de sa nocive radicalité, offrant un opus d'une cruauté définitive et dont la force de frappe ne rend que plus agressif encore. (26/04/2018)
Même si son fondateur et principal membre, Kaiser Wodhanaz, se défend de toute affiliation à la mouvance NSBM, le fait est que Ad Hominem trimbale depuis vingt ans une réputation sulfureuse, faisant de lui un des groupes les plus polémiques du black metal hexagonal. Une aura de soufre se dégage de ses méfaits aux atours totalitaires. Reste que, et quand bien même il est évident que cette proximité aussi bien esthétique qu'idéologique avec l'art noir dans ce qu'il a de plus extrême (au sens politique du terme) à faire vomir les gauchistes bien pensants, n'est pas étrangère à sa notoriété, le principal est ailleurs, dans cette musique radicale et sans compromis, bref tel que le genre devrait toujours être !
Les quelques années de mise en sommeil qui ont suivi le quintessentiel Dictator - A Moument Of Glory (2009), loin de l'avoir rouillé, ont rendu Kaiser plus belliqueux que jamais, comme l'a prouvé Antitheist il y a trois ans, offrande qui marquait son retour tant attendu et une alliance avec Osmose Productions dans lequel il aura trouvé le partenaire idéal. Napalm For All confirme à son tour que Ad Hominem demeure bien cette implacable et malfaisant panzer. Vous vouliez la guerre ? Vous l'aurez presque quarante minutes durant. Enrobé d'un fuselage extrêmement puissant qui apporte à chaque instrument l'espace nécessaire pour exploser, ce sixième album ne fait donc aucun prisonnier, emporté par un torrent de haine, alternance de blitzkriegs d'une brutalité hallucinée et de pesantes reptations au fond d'un charnier encore fumant, en un mélange dévastateur. Dans les rangs des premiers, citons l'inaugural AMSB qui fait des préliminaires et fait saigner d'entrée de jeu les muqueuses. Il y a aussi le furieux et presque punk dans l'âme Napalm For All qui crache sa semence rock'n'roll en moins de deux minutes, Goatfucker qui n'est pas sans rappeler le Satyricon époque Now, Diabolical, sans oublier Bomb The Earth et le véloce Vatican Gay que sabrent cependant de nombreux cratères. Les secondes, vers lesquelles tend forcément notre préférence, sont représentées par un ensemble de titres dont la lenteur autoritaire ne les rend pas moins malsains. Le percussif I Am Love, strié de riffs aux allures de saignées ferrugineuses, Your Are My Slut, V. Is The Law ou Imperial Massacre sont les théâtre d'une vicieuse négativité que le chant inhumain de Kaiser autant que les guitares polluées et grésillantes sont les pinceaux mortifères. Et quand Ad Hominem tente l'hybridation entre bestialité et lourdes perforations comme il le fait lors d'un Consecrate The Abomination nucléaire et abyssal, le carnage est garanti. Peut-être moins controversé dans le fond, le groupe n'a en revanche rien perdu de sa nocive radicalité, offrant un opus d'une cruauté définitive et dont la force de frappe ne rend que plus agressif encore. (26/04/2018)
KröniK | Mournful Congregation - The Incubus Of Karma (2018)
L'année 2018 s'annonce comme un très grand cru en matière de doom, ne serait-ce déjà que parce qu'elle marque le retour de Mournful Congregation, prêtre majeur de la sainte chapelle, après plus de six ans de diète discographique, insupportable silence seulement brisé par l'EP "Concrescence Of Sophia", long il est vrai de trente minutes. Nombre de groupes se contenteraient de cette durée mais pas les Australiens pour lesquels un album se doit d'être monumental, tant dans la forme que dans le fond. Ce qui explique à la fois leur rareté et la place qu'ils occupent dans le cœur des flagellants que nous sommes, qui attendons chacune de leurs offrandes comme un Everest funèbre. Jamais d'ailleurs ils ne nous auront fait patienter aussi longtemps entre deux manifestations funéraires.
Mais ce cinquième opus (en vingt-cinq ans de carrière !) est enfin là, prêt à être défloré avec toute l'attention et la passion quasi religieuse qu'il mérite. Premier constat, Mournful Congregation demeure fidèle à ses standards aussi quantitatifs que qualitatifs. Epousant le même patron que son prédécesseur, "The Book Of Kings", "The Incubus Of Karma" répand sa contrition sur près d'une heure et quart répartie en six pistes. Colossales, quatre d'entre elles sont des blocs pétrifiés qui oscillent entre quinze et vingt-deux minutes au garrot. Plus son menu avance et plus ses compositions s'étirent, balisées par deux respirations plus courtes. Il s'agit tout d'abord de l'introduction instrumentale 'The Indwelling Ascent'. Si pour certains, ce type de prologue se confond avec un vain remplissage, tel n'est pas le cas pour le quatuor des antipodes qui livre là une bouleversante pièce qui vibre d'une absolue tristesse. Transie d'émotion, la plainte éponyme, elle aussi vierge de lignes vocales, permet à l'album, à mi-parcours, de marquer une pause, de remonter à la surface avant de replonger ensuite dans les profondeurs des fosses Marianne. Le cœur de "The Incubus Of Karma" bat à travers ses quatre piliers dont les fondations tentaculaires s'enfoncent dans le centre de la terre. Soutenus par le bassiste Ben Newsome et le nouveau venu et mercenaire Tim Call (Aldebaran, The Howling Wind...) à la batterie, la paire historique que composent Damon Good et Justin Hartwig continue d'explorer les arcanes granitiques d'un funeral doom death orthodoxe et pourtant ô combien envoûtant. Le chant puissamment caverneux du premier et la guitare suintant de désespoir du second creusent dans la roche des galeries qui semblent s'abîmer à l'infini dans l'encre noire d'une inexorable mélancolie. Venir à bout de ces marches funèbres massives et monolithiques aux allures de Golgotha ('Whispering Spiritscapes') s'apparente à un acte de repentance tant celles-ci se méritent, ne livrant leur richesse nichée dans les replis de leur intimité qu'au terme d'un abandon de soi. Car il y a une forme de dévotion dans l'écoute de ses psaumes hermétiques qui exsudent néanmoins une beauté lumineuse. Il faut se laisser engluer dans la toile que tisse 'Scripture Of Exaltation And Punishement' pour mesurer toute la démesure de ce doom death cyclopéen dont les lignes de guitare vous enveloppent tandis que le chant d'une profondeur à faire trembler les murs résonne comme un écho venu des limbes. Mais au bout de ce tunnel funéraire, une pâle lumière se répand peu à peu, charriant une émotion fébrile en même temps qu'un vague espoir. Tout l'art des Australiens réside dans cette manière sévère mais presque éthérée d'ériger une véritable cathédrale de douleur aux dimensions monumentales ('A Picture Of The Devouring Gloom Devouring The Sphere Of Being'). Pachydermiques, ces complaintes progressent avec une lancinance contemplative vers une issue laiteuse chargée de mystères en un long périple qui touche l'âme ('The Rubaiyat'). Avec "The Incubus Of Karma", Mournful Congregation accouche d'une œuvre gigantesque à la hauteur de son talent. Le groupe peut se rendormir, il vient de nous livrer la bande-son aussi belle que douloureuse de nos vies rongées par la peine et les regrets. (27/02/2018)
Mais ce cinquième opus (en vingt-cinq ans de carrière !) est enfin là, prêt à être défloré avec toute l'attention et la passion quasi religieuse qu'il mérite. Premier constat, Mournful Congregation demeure fidèle à ses standards aussi quantitatifs que qualitatifs. Epousant le même patron que son prédécesseur, "The Book Of Kings", "The Incubus Of Karma" répand sa contrition sur près d'une heure et quart répartie en six pistes. Colossales, quatre d'entre elles sont des blocs pétrifiés qui oscillent entre quinze et vingt-deux minutes au garrot. Plus son menu avance et plus ses compositions s'étirent, balisées par deux respirations plus courtes. Il s'agit tout d'abord de l'introduction instrumentale 'The Indwelling Ascent'. Si pour certains, ce type de prologue se confond avec un vain remplissage, tel n'est pas le cas pour le quatuor des antipodes qui livre là une bouleversante pièce qui vibre d'une absolue tristesse. Transie d'émotion, la plainte éponyme, elle aussi vierge de lignes vocales, permet à l'album, à mi-parcours, de marquer une pause, de remonter à la surface avant de replonger ensuite dans les profondeurs des fosses Marianne. Le cœur de "The Incubus Of Karma" bat à travers ses quatre piliers dont les fondations tentaculaires s'enfoncent dans le centre de la terre. Soutenus par le bassiste Ben Newsome et le nouveau venu et mercenaire Tim Call (Aldebaran, The Howling Wind...) à la batterie, la paire historique que composent Damon Good et Justin Hartwig continue d'explorer les arcanes granitiques d'un funeral doom death orthodoxe et pourtant ô combien envoûtant. Le chant puissamment caverneux du premier et la guitare suintant de désespoir du second creusent dans la roche des galeries qui semblent s'abîmer à l'infini dans l'encre noire d'une inexorable mélancolie. Venir à bout de ces marches funèbres massives et monolithiques aux allures de Golgotha ('Whispering Spiritscapes') s'apparente à un acte de repentance tant celles-ci se méritent, ne livrant leur richesse nichée dans les replis de leur intimité qu'au terme d'un abandon de soi. Car il y a une forme de dévotion dans l'écoute de ses psaumes hermétiques qui exsudent néanmoins une beauté lumineuse. Il faut se laisser engluer dans la toile que tisse 'Scripture Of Exaltation And Punishement' pour mesurer toute la démesure de ce doom death cyclopéen dont les lignes de guitare vous enveloppent tandis que le chant d'une profondeur à faire trembler les murs résonne comme un écho venu des limbes. Mais au bout de ce tunnel funéraire, une pâle lumière se répand peu à peu, charriant une émotion fébrile en même temps qu'un vague espoir. Tout l'art des Australiens réside dans cette manière sévère mais presque éthérée d'ériger une véritable cathédrale de douleur aux dimensions monumentales ('A Picture Of The Devouring Gloom Devouring The Sphere Of Being'). Pachydermiques, ces complaintes progressent avec une lancinance contemplative vers une issue laiteuse chargée de mystères en un long périple qui touche l'âme ('The Rubaiyat'). Avec "The Incubus Of Karma", Mournful Congregation accouche d'une œuvre gigantesque à la hauteur de son talent. Le groupe peut se rendormir, il vient de nous livrer la bande-son aussi belle que douloureuse de nos vies rongées par la peine et les regrets. (27/02/2018)
4/5 | Music Waves
Soon | Totalselfhatred - Solitude
Soon | Ad Hominem - Napalm For All
KröniK | Caïnan Dawn - F.O.H.AT. (2017)
Si à l'origine, la présence dans ses rangs de Sorghal, l'ancien guitariste de Nehëmah, a nécessairement attiré à lui les admirateurs inconsolables de cette figure culte de l'art noir, au point que certains ont cru voir en lui son héritier, Caïnan Dawn s'est cependant très vite affranchi de ce patronage tutélaire, et ce d'autant plus que le six-cordiste et actuel Nahar l'a quitté une fois Nibiru, son premier méfait, enfanté en 2011. Le duo composé du bassiste Keithan (Maïeutiste) et du chanteur Heruforod, n'a pas eu à chercher très loin pour lui trouver un successeur, embauchant Avgruum qui officie au sein de Himinbjorg et de Allobrogia, l'autre groupe du vocaliste.
Après un Thavmial, qui scella son alliance avec le légendaire Osmose Productions, F.O.H.A.T. marque le retour de la horde noire. S'il puise toujours son combustible dans les forces occultes d'un mysticisme cosmique, Caïnan Dawn a gagné avec le temps une épaisseur cyclopéenne, redoublant d'intensité et troquant la froideur de lignes sculptées dans la roche hivernale pour le tranchant d'un tracé plus glacial encore. Cette troisième offrande est le réceptacle de l'alchimie bouillonnante qui unit ces musiciens connectés aux ténèbres (Om). D'une durée conséquente, ces pulsations rampent à travers un labyrinthe tortueux, grondant d'une énergie souterraine et tellurique. Celles-ci se parent d'une aura rituelle dont participent des chants grégoriens qui résonnent comme un écho sentencieux. Tour à tour pesamment mortifères et d'une brutalité torrentielle, ces saillies s'enfoncent dans un substrat vertigineux qui leur confère une dimension aussi hallucinée que ténébreuse. Ecartelé en son milieu par le court instrumental éponyme que hantent des sons inquiétants, F.O.H.A.T. se divise en deux segments. Le premier s'ouvre avec le déchaîné Kaos Theos Kosmos dont le flot fielleux se trouve barré par quelques perforations malsaines et sinistres. Suivent ensuite Ylem, peut-être le point culminant de l'écoute, et Mara dont les modelés reptiliens cèdent la place à une frénésie destructrice. Le second pan démarre avec Thule, qui vibre sous les coups de boutoir d'une basse enveloppante cependant que les guitares taillent dans la peau, à la manière d'un scalpel trempé de rouille, de profondes cicatrices, desquelles s'échappent une semence empoisonnée. Tout aussi accidenté se veut Fathomless, que sabrent de multiples lacérations dont les ultimes mesures glissent en un fondu enchaîné vers le terminal Om qui, emporté par des rouleaux de batterie, dresse dans la nuit noire une turgescence cosmogonique. Un fluide puissant coulant dans ses veines, Caïnan Dawn offre avec F.O.H.A.T. un gemme qui fera date l'histoire du black metal. (16/10/2017)
Après un Thavmial, qui scella son alliance avec le légendaire Osmose Productions, F.O.H.A.T. marque le retour de la horde noire. S'il puise toujours son combustible dans les forces occultes d'un mysticisme cosmique, Caïnan Dawn a gagné avec le temps une épaisseur cyclopéenne, redoublant d'intensité et troquant la froideur de lignes sculptées dans la roche hivernale pour le tranchant d'un tracé plus glacial encore. Cette troisième offrande est le réceptacle de l'alchimie bouillonnante qui unit ces musiciens connectés aux ténèbres (Om). D'une durée conséquente, ces pulsations rampent à travers un labyrinthe tortueux, grondant d'une énergie souterraine et tellurique. Celles-ci se parent d'une aura rituelle dont participent des chants grégoriens qui résonnent comme un écho sentencieux. Tour à tour pesamment mortifères et d'une brutalité torrentielle, ces saillies s'enfoncent dans un substrat vertigineux qui leur confère une dimension aussi hallucinée que ténébreuse. Ecartelé en son milieu par le court instrumental éponyme que hantent des sons inquiétants, F.O.H.A.T. se divise en deux segments. Le premier s'ouvre avec le déchaîné Kaos Theos Kosmos dont le flot fielleux se trouve barré par quelques perforations malsaines et sinistres. Suivent ensuite Ylem, peut-être le point culminant de l'écoute, et Mara dont les modelés reptiliens cèdent la place à une frénésie destructrice. Le second pan démarre avec Thule, qui vibre sous les coups de boutoir d'une basse enveloppante cependant que les guitares taillent dans la peau, à la manière d'un scalpel trempé de rouille, de profondes cicatrices, desquelles s'échappent une semence empoisonnée. Tout aussi accidenté se veut Fathomless, que sabrent de multiples lacérations dont les ultimes mesures glissent en un fondu enchaîné vers le terminal Om qui, emporté par des rouleaux de batterie, dresse dans la nuit noire une turgescence cosmogonique. Un fluide puissant coulant dans ses veines, Caïnan Dawn offre avec F.O.H.A.T. un gemme qui fera date l'histoire du black metal. (16/10/2017)
KröniK | Marduk - Those Of The Unlight (1993)
Ce deuxième album de Marduk évoque beaucoup de choses pour les vieux cons que nous sommes. Il nous rappelle déjà les débuts du label Osmose Productions dont les Suédois comptent parmi les premières signatures aux côtés de Samael, Enslaved et autre Dark Tranquillity, lançant alors nombre de formations devenues par la suite des seigneurs de la scène extrême des années 90. Il nous rappelle surtout les balbutiements de ce qui ne tarderait plus à devenir une véritable bête de guerre, trois ans plus tard avec le quintessentiel "Heaven Shall Burn... When We Are Gathered". Car suivre les premiers pas de Marduk, c'est assister à la lente maturation d'une identité, brutale dans sa précision millimétrée mais qui se cherche encore. Après un "Dark Endless" qui ne peut nier les racines Death Metal de ses procréateurs, c'est avec "Those Of The Unlight" que la signature des Suédois commence à éclore véritablement, affirmant un ancrage dans cet art noir en pleine effervescence. Le fait que le batteur, Joakim Göthberg ait remplacé au micro Andreas Axelsson au chant plus typé Death, n'est sans doute pas étranger à cette évolution. Désormais moins sinistre, la musique forgée par l'indéboulonnable guitariste Morgan s'emballe alors, se fait franchement plus rapide, plus acérée, misant tout sur l'agressivité au détriment des ambiances qui ne peuvent guère compter que sur le long instrumental 'Echoes From The Past' auquel succède 'Stone Stands Its Silent Vigil' dont l'introduction prolonge la malsaine atmosphère, pour exprimer leur morbidité. Bien qu'affaibli par une production sans relief et ce malgré un mixage encore une fois confié au gourou Dan Swanö, "Those Of The Unlight" mérite, à l'instar de son devancier, d'être (re)découvert. A son crédit déjà, une écriture puissamment dynamique à laquelle il ne manque donc que le fuselage ad hoc pour ne faire aucun prisonnier. Le titre éponyme que perforent de nombreuses crevasses, l'inoubliable 'Wolves' au tempo aussi reptilien qu'obsédant ou bien encore 'Burn My Coffin' balisent avantageusement ce menu resserré et tendu comme le foc d'un navire aux côtés d'autres morceaux moins mémorables à l'image de 'A Sculpture Of The Night' ou 'Darkness Breeds Immortality', plus bas du front. L'ensemble sonne au final presque étonnamment mélodique. S'ils feront forcément bien mieux par la suite, les Suédois se montreront surtout bien plus sauvages. Pour l'heure, Marduk poursuit son ascension fort de ce second méfait et du soutien d'Osmose grâce auquel son nom commence alors vraiment à circuler. 3/5 (2015)
KröniK | Marduk - Opus Nocturne (1994)
Troisième méfait des Suédois, "Opus Nocturne" marque d'une certaine manière pour ses auteurs la fin d'une époque, et doublement. D'une part, il est le dernier album à accueillir le chant de Joakim Göthberg qui ne tardera pas à être remplacé par Legion que d'aucuns considèrent comme La voix de Marduk, opinion que d'ailleurs, nous ne partageons pas, lui préférant Mortuus, son successeur depuis 2004, mais ceci est une autre histoire. D'autre part, il clôt un corpus de trois albums qui, bien que désormais un peu oubliés, ont la faveur de certains amateurs qui aiment voir en eux une époque où le groupe, s'il n'est alors pas encore le panzer qu'il deviendra dans les années à venir, ne s'avère pas moins efficace et surtout plus simple et sans prétention. Tel est effectivement "Opus Nocturne". Grâce au soutien de son nouveau label, Osmose Productions, et fort du succès rencontré par "Dark Endless" et plus encore par "Those Of The Unlight", Marduk accouche en décembre 1994 d'une nouvelle ode à la gloire des ténèbres, laquelle ne se distingue pas moins de sa devancière. Premier changement, loin d'être anodin, la seconde guitare a définitivement disparu avec le départ de Magnus 'Devo' Andersson, lequel reviendra certes au sein du groupe dix ans plus tard mais pour cette fois assurer les lignes de basse. Second changement, les compositions paraissent beaucoup plus travaillées, plus étoffées, gagnant en durée (la plupart d'entre elles oscillent entre 5 et 7 minutes) et en ampleur. Coutumier des entrées en matière brutales, Marduk nous gratifie pourtant pour la première fois de préliminaires. Bien que court, 'The Appearance Of Spirits Of Darkness' parvient avec un simple son d'orgue, à installer d'emblée un climat délicieusement sinistre. Puis les hostilités démarrent brusquement avec 'Sulphur Souls'. Le reste n'est cependant pas fait du même tonneau, de sang et de fiel. Certes, pendant plus de quarante minutes, les Suédois tabassent nos cages à miel, imprimant une violence aussi vicieuse que barbare, seulement interrompue par le très bel éponyme et quasi instrumental, manière de (sombre) respiration avant l'assaut final ('The Sun has Failed'). Mais, véloces parfois ('Automnal Reaper'), le plus souvent lourds et reptiliens tels que 'Materialized In Stone', 'Untrodden In Paths', écartelé par une décélération implacable ou 'Deme Quaden Thyrane', ces morceaux ne s'embarrassent ni de fioritures ni d'esbroufe sans pour autant être avares en mélodie (tout est relatif, on parle de Marduk, quand même). Là réside l'identité du groupe lors de ses vertes années, rapide mais finalement très heavy et presque accessible, loin de la froide bête de guerre qu'il sera plus tard. Témoignant de notables progrès en terme d'écriture, "Opus Nocturne" n'est donc ni sans qualité ni sans charme, celui typique de ces productions scandinaves de la première moitié des années 90, portant toutes l'incontestable griffe de Dan Swanö lequel, s'il ne leur conférait pas un son très puissant, compensait cette prétendue faiblesse par une espèce d'aura lugubre, par un feeling un peu sec qui leur donnait une âme. Reste qu'en jetant leur dévolu sur les Abyss Studios de Peter Tägtgren, le Black Metal des Suédois prendra une autre dimension à partir de leur album suivant, le matriciel "Heaven Shall Burn... When We Are Gathered"... 3/5 (2015)
KröniK | Deathcode Society - Eschatonizer (2015)
Une première démo, Ite Missa Est, en 2009 et puis, plus rien... Jusqu'à ce « Eschatonizer », véritable coup de tonnerre au sein du landerneau noir hexagonal (mais pas seulement). A son écoute, une question s'impose, évidente : comment ces Savoyards venus de nulle part - comprendre que rien dans leur obscur pedigree ne laissait imaginer un tel résultat -, ont-ils pu enfanter une réussite de cette ampleur ? Une ampleur inégalée, osons l'affirmer, dans un style, le black metal d'obédience symphonique, qui ne pardonne pourtant ni la médiocrité ni la facilité et encore moins l'approximation. Fidèle à une tradition initiée et portée au sommet à la fin des années 90 par les Norvégiens Emperor (surtout) et Dimmu Borgir, auxquels nous sommes souvent bien obligés de penser en nous plongeant dans les méandres tentaculaires de cette partition brillant d'une noire flamboyance, sans que ces références ne se révèlent jamais envahissantes, mais trop intelligent et déjà mature pour se limiter à une pale resucée, à un simple hommage uniquement recouvert des habits de la modernité, la horde n'en imprime pas moins d'emblée sa griffe, acérée et féroce. Et alors qu'on le croyait sinon moribond, l'érection au moins en berne, le genre reprend soudain des couleurs. Sombres. Forcément très sombres. Ambitieux et exigeants, les Français ont pris soin de ne rien laisser au hasard, mettant d'emblée les petits plats dans les grands : signature chez Osmose Productions, label riche d'évocation pour les vieux cons que nous sommes, prise de son enveloppante, assurée par Dave Otero (Nightbringer), visuel ad hoc dû au maître Paolo Girardi et invités à foison par lesquels nous ne sommes pas étonnés de croiser Rose Hreidmarr, chanteur d'un Anorexia Nervosa jamais remplacé même s'il n'est pas officiellement mort et dont Deathcode Society est un peu le dauphin que beaucoup attendaient. Messie d'un art noir dont la puissance luxuriante se conjugue à une emphase ténébreuse, le groupe accouche d'un premier album d'une densité hallucinée. Durant près d'une heure, il tresse un maillage tendu en une stratigraphie complexe de couches qui se chevauchent. Corollaire de cette architecture cyclopéenne, les pièces d'orfèvrerie qui la composent, affichent une richesse aussi foisonnante que saturée qui peut parfois les rendre presque (faussement) indigestes. De fait, il faut multiplier les explorations dans les profondeurs de leur cavité intime pour goûter pleinement leurs trésors, au risque sinon de passer à côté d'un menu qui pèche presque par excès, excès de trop vouloir en dire, de trop en mettre. Cette impression de devoir affronter un bloc rempli jusqu'à la gueule est renforcé par la durée conséquente des titres qui oscillent tous entre six et dix minutes au compteur, à l'exception de la reprise foudroyante du 'Metal Meltdown' de Judas Priest, et par un style bourgeonnant par nature. Reste que ces défauts de jeunesse sont vite balayés par la force épique d'une écriture tumultueuse, chaque composition galopant à travers un paysage reptilien que façonnent, tout du long, écoeurants de maîtrise, des musiciens à l'unisson d'une violence millimétrée. Ceux-ci emplissent l'espace d'une toile compacte où s'entre-mêlent lignes de guitares à la fois tranchantes et virtuoses, nappes synthétiques grandiloquentes et blasts furieux. 'The Mark Of Cain', 'NooS' ou 'Nail' sont ainsi les réceptacles monumentaux d'un organisme tentaculaire charriant une noirceur apocalyptique. Gageons qu'une fois qu'il aura su canaliser sa sève créative, Deathcode Society se montrera encore plus triomphant qu'il n'est déjà. Autant dire que la suite devrait faire mal, très mal... 4/5 (2016)
KröniK | Immortal - Pure Holocaust (1993)
En 1993, alors que la presse metal ne jure que par le grunge, ignorant tout ce qui n'est pas édité par de gros labels, une révolution a pourtant lieu dans l'ombre en Norvège, avant de se répandre telle la peste noire à travers tout le vieux continent. Elle porte un nom, le black metal, genre qui, à cette époque, se résume encore pour beaucoup à Hellhammer et Bathory. Cultes et fantasmées par ceux qui ne les ont pas vécues, ces années-là sont celles des œuvres fondatrices, parmi lesquelles figurent donc les premiers Immortal. Un an après avoir accouché de "Diabolical Fullmoon Mysticism", le groupe, réduit au seul duo Abbath / Demonaz qui se partage tous les instruments, se fend d'un second méfait qui lui est en tous points largement supérieur. Bien que d'une durée équivalente à celle de son prédécesseur, "Pure Holocaust" se veut plus intense. Privé d'intro et d'une longue conclusion, il va à l'essentiel, offrande épurée vibrant d'une énergie froide et magnétique. Mieux produit par Pytten, l'homme qui a enregistré presque toutes les pierres angulaires du genre et bénéficiant d'une écriture plus aboutie, l'opus ne laisse aucun instant de répit, depuis 'Unsilent Storms In the North Abyss' jusqu'au titre éponyme final. Matriciel, il va fixer pour toujours dans la roche glacée l'identité de ses géniteurs. Tout y est déjà en place, la voix de gargouille d'Abbath, les lignes de guitares aussi dissonantes qu'entêtantes qui donnent envie d'aller galoper à travers de vastes forêts éternelles ('Frozen By Icewinds'), ces textes d'une froide mythologie et surtout cet art noir lugubre, fruit de la nuit et des démons qui l'accompagnent. Bien que fonçant à toute vitesse, propulsée par une batterie digne du lapin Duracell ('A Sign For The Norse Hordes To Ride'), les Norvégiens se montrent maîtres des tempos reptiliens, des saillies rampantes entre deux geysers de violence brute, comme le révèlent 'The Sun No Longer Rises' ou 'As The Eternity Opens'. Nombreux sont ceux qui pensent - à raison sans doute - qu'Immortal ne fera peut-être jamais mieux, pas même avec le fameux "Battle In The North", car à cette époque, il y a plus de vingt ans désormais, son black metal brillait d'un lustre noir et maléfique dans sa pureté ancestrale, drapé dans un suaire gelé et capable de recouvrir d'une nuit sans fin tout ce qui l'entoure. Tout le contraire en somme des albums gravés à partir de "At The Heart Of Winter", certes excellents et techniquement plus maîtrisés mais vierges de cette âme obscure qui habitait le groupe à ses débuts. A réécouter "Pure Holocaust", on mesure le gouffre tant sonore que spirituel qui le sépare de ses futurs successeurs... (2015)
KröniK | Immortal - Battles In The North (1995)
Gravé en septembre 1994 et publié l'année suivante chez Osmose Productions, "Battles In The North" est-il le meilleur album des Norvégiens d'Immortal ? Certains acquiesceront volontiers quand d'autres lui préféreront "Pure Holocaust" ou bien "At The Heart Of Winter", dans un style bien différent. Ce troisième méfait demeure en tout cas le plus célèbre d'Immortal et l'un des plus vendus de l'histoire du black metal tout court. En cela, il est de ces incontournables, de ces indispensables qui ont contribué à façonner le genre au même titre que "Filosofem" (Burzum) ou "De Mysteriis Dom Sathanas" (Mayhem) pour ne citer que deux autres opus tutélaires. Etonnamment, "Battles In The North" n'est toutefois pas sans défauts. Outre son mixage perfectible, celui-ci souffre surtout de parties de batterie dignes d'une (mauvaise) boîte à rythme dont on sait qu'elles sont en fait l'œuvre d'Abbath lui-même. Si, une fois le monstrueux Horgh installé derrière les fûts, à partir de "Blizzard Beasts", le groupe corrigera enfin ce qui depuis ses débuts était sa principale faiblesse, devenant alors la véritable machine de guerre qu'il a toujours aspiré à être, il est pourtant évident que ces écueils paraissent bien relatifs au regard d'une bestialité que rien ne vient jamais freiner. Mieux, le son des Norvégiens s'accommode parfaitement de ces quelques approximations, allant même jusqu'à s'en nourrir pour alimenter son essence diabolique. Alors que son prédécesseur avait déjà franchi une étape supplémentaire en terme de brutalité par rapport à "Diabolical Fullmoon Mysticism", "Battles In The North" va encore plus loin, concentré d'une violence qui semble venir du fond des âges. Trente-cinq minutes et dix-huit secondes durant, le duo martèle avec une glaciale vélocité un black metal d'une intensité haineuse qui ne s'encombre d'aucun artifice ni du moindre petit kyste mélodique, tertre nocturne habité d'une âme hivernale. Arpèges acoustiques et mid-tempos ont été balayés au profit d'une férocité ininterrompue et inégalée, du titre éponyme jusqu'au terminal et fameux 'Blashyrkh (Mighty Ravendark)'. Même "Blizzard Beasts", en dépit de ses influences death metal, ne déploiera pas une telle sauvagerie. L'univers d'une froide et crépusculaire mythologie de Demonaz trouve dans ce terreau agressif un écrin furieux pour s'exprimer et prendre son envol, à l'image de ce funeste corbeau devenu le symbole d'un groupe dont la dimension presque parodique par moment, à l'image de ses visuels (pochettes et clips), cohabite avec une redoutable puissance d'évocation. Immortal fera-t-il mieux par la suite que "Battles In The North" qui résume à lui seul son identité ? Après un quatrième album mal aimé, s'ouvrira une seconde ère pour le groupe, plus accessible quoique toujours aussi froide, laquelle coïncidera avec son explosion commerciale ...4/5 (2015)
Immortal | Blizzard Beasts (1997)
Après avoir enfanté avec "Battles In The North" un des mètres étalons du black metal, Immortal est alors plus que jamais attendu au moment de lui offrir un successeur. Contre toute attente, "Blizzard Beasts", publié deux ans plus tard, toujours sur le label français Osmose Productions, est pourtant considéré, autant par le public que par ses créateurs eux-mêmes, comme le plus faible de leurs méfaits. A sa décharge, force est de reconnaître que venir après des albums de la trempe de "Pure Holocaust" et "Battles In The North" justement, se révèle particulièrement difficile, position délicate s'il en est, car sujet à des comparaisons qui ne sont pas, à première vue, en la faveur du dernier rejeton. A tort néanmoins car cette quatrième offrande non dépourvue de qualités, ne doit pas être négligée et mérite de fait d'être réévaluée à sa juste valeur, œuvre charnière au sein de la carrière des Norvégiens. A cela, plusieurs raisons. Sur un plan humain, il marque à la fois l'arrivée de Horgh derrière les fûts, poste qu'il occupe d'ailleurs toujours vingt ans plus tard, dans ce qu'il reste d'Immortal aujourd'hui et l'éloignement progressif de Demonaz qu'une tendinite va contraindre à se retirer, incapable d'assurer sur scène ses parties de guitares tandis qu'il doit partager avec Simon Dancaster (plus tard responsable des paroles du premier essai de Abbath sous son propre nom) la paternité de textes dont la sève froidement mythologique reste indissociable de l'univers des Norvégiens. En terme de son, s'il puise, plus que ses devanciers, dans des influences death metal à la Morbid Angel chères au trio, "Blizzard Beasts" amorce paradoxalement un virage plus atmosphérique voire mélodique et d'une lenteur inhabituelle surtout, annonçant en cela les modelés épiques quoique toujours aussi glacials que sculpteront "At The Heart Of Winter" et ses successeurs. Les excellents 'Nebular Ravens Winter' qui porte les pesantes morsures d'un froid polaire et plus encore 'Mountains Of Might', seul titre franchissant la barre des cinq minutes qu'ouvre une entame aux claviers d'une emphase lugubre avant de galoper à travers de ténébreux reliefs, constituent une manière d'ébauches des longs périples gelés à venir. Le reste du menu s'articule autour de titres très courts dont la plupart sont crachés avec une rapidité fielleuse, perforations qui telles l'éponyme 'Blizzard Beasts', Suns That Sank Below" ou 'Battlefields' que cisaille de nombreux breaks, ne s'encombrent ni de préliminaires ni de vaseline. Mais où viennent les grumeaux alors ? Comment expliquer l'échec, plus critique que commercial, de cet opus ? Sa trop courte durée - moins d'une demi heure - et une fin de parcours qui s'essouffle (déjà), théâtre des peu notables 'Noctambulant' et 'Winter Of The Ages', ne sont pas étrangères à cet accueil plus frileux. Enfin, n'occultons pas une prise de son, encore une fois, indigne d'un groupe aussi ambitieux qu'Immortal, qui ne rend pas justice à une écriture, moins mémorable que sur les disques passés mais toutefois à l'origine de quelques bonnes compositions. Coincé entre ses débuts mythiques et son envolée épique, "Blizzard Beast" fait office de pivot dans la discographie du groupe et pour cela, s'il en a déçu plus d'un lorsqu'il est sorti au début de l'année 1997, ne demande qu'à être redécouvert. 3/5 (2016)
Immortal | Diabolical Fullmoon Mysticism (1992)
Jailli du permafrost en 1990, Immortal connaît des débuts assez tortueux. Comme nombre de musiciens ayant participé à cette époque à la seconde vague du black metal, Abbath commence sa carrière sous le (mauvais) signe du death metal, avec Old Funeral, qui verra passer en son sein aussi bien le futur Burzum, Varg Vikernes que le fidèle Demonaz. Avec ce dernier, il participe également à la fin des années 80 à Amputation qui n'a le temps de régurgiter que deux démos avant de disparaître. Immortal naît de ses cendres. Très vite remarqués grâce à deux courtes ébauches, les Norvégiens accouchent d'un premier méfait en 1992, devenu culte, "Diabolical Fullmoon Mysticism", dont le simple nom ne peut que raviver de précieux souvenirs chez ceux qui ont vécu ce temps béni, celui du label français Osmose Productions qui réalisait alors une véritable OPA sur le black metal, signant, excusez du peu, Enslaved, Marduk ou Impaled Nazarene. Celui des désormais mythiques Grieghallen Studios où tous les albums fondateurs du genre seront captés. Celui où tout restait à faire, où voir des gargouilles, le visage grimé, prenant la pause au milieu de ruines enneigées foutait (encore) la trouille. Si le groupe fera forcément bien mieux par la suite et ce, dès le disque suivant, "Pure Holocaust", et n'est pas encore le monstre (presque) surproduit qu'il deviendra dix ans plus tard, il n'en demeure pas moins que cette offrande originelle possède une ambiance très particulière, glaciale et sinistre vraiment unique, au point de nous faire croire qu'elle est l'œuvre de créatures qui ne font qu'une avec la nuit. Il est même permis de penser qu'elle incarne davantage le véritable black metal, son essence et son âme, qu'un "All Shall Fall" (2006), certes techniquement irréprochable mais vidé de cette sève cryptique qui coulait dans les veines des Norvégiens quatorze ans plus tôt. Secondé par le batteur Armagedda qui les quittera peu après, Abbath et Demonaz gravent pour cette première fois sept titres dont une intro. Bien que son identité ne soit pas encore fixée, "Diabolical Fullmoon Mysticism" porte déjà en germe certains caractères propres à Immortal, tels que ces textes crépusculaires d'inspiration plus hivernale et mythologique que démoniaque, ou bien le choix de conclure par une pièce au format épique et étiré. Du haut de ses neuf minutes au jus, 'A Perfect Vision Of The Rising Northland' se veut d'ailleurs la composition la plus longue jamais écrite par le groupe. Introduit par des arpèges sombrement boisés, il est, avec 'Cryptic Winter Storms', lui aussi pourvu d'une entame acoustique, la seule accalmie (relative) d'un menu qui, pour le reste, fonce pied au plancher, de 'Call Of The Winter Moon' (qui fera l'objet d'un clip aussi fameux que risible) au célèbre 'Unholy Forces Of Evil', de 'Blacker Than Darkness' à 'Cold Winds Of Funeral Dust', quarteron d'une fielleuse et obscure rapidité. Loin d'être une œuvre maladroite et mal dégrossie, cet acte de naissance, auquel nombreux sont ceux qui préfèrent cependant "Pure Holocaust", délivré un an plus tard, dévoile déjà de vraies qualités autant en terme d'écriture occulte que d'ambiances lugubres. 3.5/5 (2015)
Khaos Dei | Tell Them Lucifer Was Here (2015)
Khaos-Dei, avec un « K » pour bien signifier sa différence par rapport à tous les Chaos Dei avec un « C » pullulant déjà, n'a certes vu la nuit qu'en 2003 mais ne saurait pour autant être confondu avec une bande de puceaux du son qui viennent juste d'être touchés par la Grâce de l'art noir. Si, à l'exception de Nacht, qui promène depuis longtemps sa carcasse au sein de la chapelle impie hexagonale (Fornication etc...), les membres composant ce trio nous sont inconnus, leur maîtrise du genre n'en est pas moins totale, genre qu'ils rongent avec crasse et fureur. Et une bonne dose de vices. Faisant fi des préliminaires de rigueur, ils crachent avec Tell Them Lucifer Was Here, un premier méfait joyeusement ( ?) démoniaque qui ne s'embarrasse d'aucuns artifices ni afféteries. Bref, en un mot comme en cent, Khas-Dei, c'est du brutal, du Evil, du garanti sans vaseline mais évite d'être bordélique. Comprendre que les gaillards ne cachent pas leur misère derrière le paravent d'un enrobage dégueulasse. Ils n'ont pas besoin non plus de prendre des poses étudiées en faisant la gueule, le visage peinturluré comme de tristes pandas, pour mettre bas un méfait saignant de pur Black Metal, pesamment haineux et dont l'agressivité rampante ne grève en rien une écriture plus travaillée qu'il n'y paraît de prime abord. Et si les commentaires des musiciens qui se font entendre ici et là, comme lors des dernières mesures de 'L'office du divin', n'apportent pas grand chose à sa noirceur vicieuse, l'opus n'en souffre pas car il en a suffisamment entre les jambes pour bien enflammer les muqueuses. Propulsé par une prise de son qui claque et émaillé de quatre courtes et sinistres pistes instrumentales ('Et l'univers'), Tell Them Lucifer Was Here emporte tout sur son passage tel un panzer en pleine invasion de la Pologne. Et s'il serre souvent le frein à main, c'est pour mieux dresser une verge d'une dimension monstrueuse, gonflée d'une semence aussi venimeuse que maléfique. A une brutalité bas du front, le trio roublard préfère la puissance sournoise, les virages et angles morts à la banale ligne droite. 'Dans l'enfer plombant' résume ainsi parfaitement ce propos vicieusement addictif. Etonnamment, nombre de compos, que l'on sent taillées pour les rituels scéniques, donnent presque envie de taper du pied, à l'image de 'l'oeil', que déchirent des break thrashy. A la fois orthodoxe dans son expression dissonante et polluée ('Mort naissance') mais pourtant très actuel dans sa façon de le travailler tel un matériau obscur, le black metal forgé apr Khaos-Dei n'appartient déjà qu'à lui. Un futur grand ? Très certainement. (2015)
KröniK | Elysian Blaze - Levitating The Carnal (2006)
Un livret dépouillé, noirci de quelques citations en forme de profession de foi, de dessins ésotériques et de photos d’intérieurs d’églises, sans oublier un simple contact. Pas de crédits, pas de noms, juste de la musique, bande originale froide, sinistre et funéraire d’une noirceur terrifiante et vertigineuse. Il y a dans ce projet d’une seule âme tourmentée, cette forme d’intégrité, de pureté qui ne subsistent plus guère aujourd’hui que dans le black et dans le doom, et encore, uniquement quand ceux-ci mettent un point d’honneur louable à demeurer dans l’obscurité.
Après Beneath Silent Faces, Levitating The Carnal est la seconde offrande à traverser enfin la terre pour être découverte par la vieille Europe deux ans après sa réalisation. Mieux produit que sa devancière, laquelle n’était après tout qu’une simple démo, cette œuvre s’avère être du même tonneau, soit une musique sentencieuse aux confins du black metal le plus lancinant, le plus morbide surtout et le funeral doom le plus abyssal. En un mot comme en cent : c’est suicidaire à l’extrême. Autant dire que ça avance à la vitesse d’une limace shooté au valium par boîte de 12 et que c’est aussi joyeux que l’enterrement d’un enfant. C’est chiant pour 99.9 % de la population mais absolument gigantesque pour la minorité restante. L’art de Elysian Blaze est à l’image de la pochette de cet album : il y a quelque chose de profondément religieux en lui. Ces sept complaintes sont comme de longs corridors, de vastes halls, des arcanes hantées drapées dans un halo fantomatique. Un peu comme chez le voisin Striborg, le tout, insaisissable et opaque, semble provenir de très très loin à tel point que l’on a du mal à l’appréhender, à le toucher du doigt ; il vous échappe… à tout jamais. Vouloir décrire chacune de ces longues plages désincarnées, presque squelettiques par moment se révèle absurde tant celles-ci forment un édifice unique qu’il est préférable de pénétrer dans sa globalité plutôt qu’en l’assemblant pierre par pierre… au risque de s’y perdre car bien souvent la seule vigie est ce piano hanté, noyé à travers des couches de guitares polluées qui crachotent comme un vieux vinyl et ce chant écartelé qui résonne à la façon d’un écho funèbre. Et pourtant, cette messe pour les morts irradie une vraie beauté charbonneuse pour qui saura la débusquer au fond de ces nappes humides, brumeuses constituant l’ossature d’une musique avant tout instrumentale qui possède une capacité rare à manger l’espace. Dénuée de traces de vie, elle confine à l’incantation et maîtrise l’art du silence tombal. On attend désormais qu’Osmose poursuive son travail en offrant une seconde vie au premier opuscule Cold Walls And Apparitions et à la dernière (double) prière d’Elysian Blaze, Blood Geometry dont on attend toujours des nouvelles. 4/5 (2008) | Facebook
Après Beneath Silent Faces, Levitating The Carnal est la seconde offrande à traverser enfin la terre pour être découverte par la vieille Europe deux ans après sa réalisation. Mieux produit que sa devancière, laquelle n’était après tout qu’une simple démo, cette œuvre s’avère être du même tonneau, soit une musique sentencieuse aux confins du black metal le plus lancinant, le plus morbide surtout et le funeral doom le plus abyssal. En un mot comme en cent : c’est suicidaire à l’extrême. Autant dire que ça avance à la vitesse d’une limace shooté au valium par boîte de 12 et que c’est aussi joyeux que l’enterrement d’un enfant. C’est chiant pour 99.9 % de la population mais absolument gigantesque pour la minorité restante. L’art de Elysian Blaze est à l’image de la pochette de cet album : il y a quelque chose de profondément religieux en lui. Ces sept complaintes sont comme de longs corridors, de vastes halls, des arcanes hantées drapées dans un halo fantomatique. Un peu comme chez le voisin Striborg, le tout, insaisissable et opaque, semble provenir de très très loin à tel point que l’on a du mal à l’appréhender, à le toucher du doigt ; il vous échappe… à tout jamais. Vouloir décrire chacune de ces longues plages désincarnées, presque squelettiques par moment se révèle absurde tant celles-ci forment un édifice unique qu’il est préférable de pénétrer dans sa globalité plutôt qu’en l’assemblant pierre par pierre… au risque de s’y perdre car bien souvent la seule vigie est ce piano hanté, noyé à travers des couches de guitares polluées qui crachotent comme un vieux vinyl et ce chant écartelé qui résonne à la façon d’un écho funèbre. Et pourtant, cette messe pour les morts irradie une vraie beauté charbonneuse pour qui saura la débusquer au fond de ces nappes humides, brumeuses constituant l’ossature d’une musique avant tout instrumentale qui possède une capacité rare à manger l’espace. Dénuée de traces de vie, elle confine à l’incantation et maîtrise l’art du silence tombal. On attend désormais qu’Osmose poursuive son travail en offrant une seconde vie au premier opuscule Cold Walls And Apparitions et à la dernière (double) prière d’Elysian Blaze, Blood Geometry dont on attend toujours des nouvelles. 4/5 (2008) | Facebook
KröniK | Elysian Blaze - Beneath Silent Faces (2004)
Un jour, une des deux silhouettes aux manettes du groupe de funeral doom, Tyranny, a affirmé qu’elle se sentait plus proche de Burzum que de Candlemass. De fait, il est vrai que la frontière qui sépare le doom façon Fosses Marianne et le black suicidaire tel qu’il a été établi par les Tables de la Loi du prophète Varg Vikerness se révèle des plus ténues, les deux genres nouant bien plus de points communs que de différences. Et on ne compte plus les entités jouant aux équilibristes sur cette ligne floue.
Parmi celles-ci, Elysian Blaze peut se targuer de se balader avec sur le coin de la gueule l’étiquette “ culte ”, toujours flatteuse, qu’il doit beaucoup à son origine (l’Australie) et corollaire de cet éloignement géographique, à ses offrandes tellement difficiles à trouver qu’elles ont quelque chose d’un trésor caché que tous les masochistes de la dépression ultime recherchent tel un Graal. Ainsi, un voile de mystère drape ce projet, en fait – comme bien souvent – un one man band, né en 2003 et déjà auteur de quatre albums et d’un split partagé avec Lyrinx et DTO. Mais aujourd’hui, une part de ce mystère est entrain de s’évaporer avec la distribution en Europe de deux d’entre eux via le label Osmose. Du coup, Elysian Blaze perd ainsi une part de sa magie noire. Mais en contrepartie, quelle jouissance de pouvoir enfin écouter une œuvre telle que Beneath Silent Faces, qui n’est pourtant à l’origine qu’une simple démo (la seconde après Prophecy Of Misery), tirée à 500 exemplaires en format cassette et rapidement épuisés. En 2007, Asphyxiate Recordings décide donc de la represser. Au menu originel riche de six plongées en apné, a été aggloméré une septième, “ Despair ”, l’ensemble forme un véritable édifice suffocant perdu dans une brume opaque et polluée. Sur un tapi essentiellement instrumental tressé par des nappes de claviers sinistres et des accords de guitares désincarnées, que perce parfois un chant ( ?) écorché qui semble provenir de très très loin, comme échappé des limbes, Elysian Blaze érige une musique viciée d’une noirceur absolue, bande-son mortifère (“ Anvil Chorus”) dont la lenteur hypnotique envoûte autant qu’elle pétrifie sur place le malheureux qui aura osé s’aventurer dans les caveaux humides de ses entrailles. Beneath Silent Faces est un bloc vaporeux étouffant aux contours incertains, c’est une œuvre insaisissable ruisselant une beauté obscure et poisseuse qui enveloppe tout ce qui l’entoure d’un halo quasi spectral. Funéraires et incroyablement morbides, ces pistes fantomatiques dressent donc un pont entre le black metal (pour les gargouillis d’outre-tombe et certaines accélérations étouffées) et le funeral doom aux confins de l’ambiant. Elysian Blaze ne transcende certes pas le genre mais son art se révèle suffisamment sincère pour peindre avec réussite des atmosphères suicidaires qui prennent aux tripes. 3.5/5 (2008) | Facebook
Parmi celles-ci, Elysian Blaze peut se targuer de se balader avec sur le coin de la gueule l’étiquette “ culte ”, toujours flatteuse, qu’il doit beaucoup à son origine (l’Australie) et corollaire de cet éloignement géographique, à ses offrandes tellement difficiles à trouver qu’elles ont quelque chose d’un trésor caché que tous les masochistes de la dépression ultime recherchent tel un Graal. Ainsi, un voile de mystère drape ce projet, en fait – comme bien souvent – un one man band, né en 2003 et déjà auteur de quatre albums et d’un split partagé avec Lyrinx et DTO. Mais aujourd’hui, une part de ce mystère est entrain de s’évaporer avec la distribution en Europe de deux d’entre eux via le label Osmose. Du coup, Elysian Blaze perd ainsi une part de sa magie noire. Mais en contrepartie, quelle jouissance de pouvoir enfin écouter une œuvre telle que Beneath Silent Faces, qui n’est pourtant à l’origine qu’une simple démo (la seconde après Prophecy Of Misery), tirée à 500 exemplaires en format cassette et rapidement épuisés. En 2007, Asphyxiate Recordings décide donc de la represser. Au menu originel riche de six plongées en apné, a été aggloméré une septième, “ Despair ”, l’ensemble forme un véritable édifice suffocant perdu dans une brume opaque et polluée. Sur un tapi essentiellement instrumental tressé par des nappes de claviers sinistres et des accords de guitares désincarnées, que perce parfois un chant ( ?) écorché qui semble provenir de très très loin, comme échappé des limbes, Elysian Blaze érige une musique viciée d’une noirceur absolue, bande-son mortifère (“ Anvil Chorus”) dont la lenteur hypnotique envoûte autant qu’elle pétrifie sur place le malheureux qui aura osé s’aventurer dans les caveaux humides de ses entrailles. Beneath Silent Faces est un bloc vaporeux étouffant aux contours incertains, c’est une œuvre insaisissable ruisselant une beauté obscure et poisseuse qui enveloppe tout ce qui l’entoure d’un halo quasi spectral. Funéraires et incroyablement morbides, ces pistes fantomatiques dressent donc un pont entre le black metal (pour les gargouillis d’outre-tombe et certaines accélérations étouffées) et le funeral doom aux confins de l’ambiant. Elysian Blaze ne transcende certes pas le genre mais son art se révèle suffisamment sincère pour peindre avec réussite des atmosphères suicidaires qui prennent aux tripes. 3.5/5 (2008) | Facebook
KröniK | Shining - VI - Klagopsalmer (2009)
Osmose Productions
Alors, la voilà enfin, cette sixième ode mortifère de Shining. Oh non pas que nous ayons dû patienter longtemps depuis sa devancière, Halmstad, vomie il n'y a que deux ans, mais, annoncé depuis longtemps et retardé pour d'obscures raisons (la production commandée auprès de Rickard Bengtsson serait fortement critiquée par Kvarforth, sans oublier la pression du label, Osmose, qu'il a depuis largué pour Indie Recordings, pressant le groupe de livrer rapidement un nouvel opus dans les bacs), Klagopsalmer commençait à adopter des allures d'arlésienne du metal noir et suicidaire. On peut reprocher beaucoup de choses à Niklas Kvarforth : sa folie destructrice, sa bêtise parfois (cf. sa pseudo mort il y a quelques années), le fait d'être devenu à la mode et cela pas forcément malgré lui, d'avoir perdu son âme et la noirceur poisseuse, insondable qui minait ses premiers méfaits et surtout le cultissime Within Deep Dark Chambers...
Néanmoins, à sa décharge, il faut lui reconnaître, outre le soin de bien savoir s'entourer, une volonté de continuer à travailler son art et sa vision du black metal, quand bien même l'évolution qu'il fait prendre à son entité ne fait pas/plus que des adeptes. Mais, en l'espace d'une poignée d'albums et bien qu'en faisant sien l'héritage de Burzum, son projet a su créer une voie qu'il lui est propre, aujourd'hui copiée jusqu'à l'écoeurement par des palettes entières de suiveurs de bas étage. Fidèle à un format - six titres pas plus - dont il ne se départira sans doute jamais, Kvarforth poursuit avec Klagopsalmer la trajectoire tracée par Halmstad, celle qui est entrain de mener peu à peu son black metal vers une musique, certes toujours aussi charbonneuse mais surtout de plus en plus sophistiquée, voire progressive. Le fait que Shining tende désormais à s'imposer comme un groupe (les guitaristes Huss et Graby ont ainsi participé à l'écriture !) et non plus seulement comme le jouet d'un seul homme, secondé par des "outils", participe aussi de cette tendance que certains peuvent critiquer mais qui donne un sens au projet et éviter le piège dangereux de la stagnation.Plus organique que jamais, l'art de Shining se pare avec cet album d'un double visage à la Janus. D'un côté, on ne peut nier que ces nouvelles compositions, bien mieux structurées que leurs aînées, plus complexes dans leur développement également, soient plus foncièrement rock et catchy ("Vilseledda Barnasjälars Hemvist"), plus accessibles même, ce que la présence, parcimonieuse cependant, d'un chant clair (le très darkwave "Ohm") ou d'un ensemble à cordes sur le terminal "Total Utfrysning" semblent confirmer, tout comme ces soli ultra mélodiques qui les zèbrent ("Ohm" encore, mais aussi "Fullständigt Jävla Död Inuti"). Mais de l'autre, Klagopsalmer s'abîme dans un gouffre de désespoir sans fin. Tout du long, il exsude un sentiment de décrépitude, de décadence, qui pourtant ne surprendra pas grand monde et certainement pas ceux qui suivent Niklas depuis ses débuts dans les marécages de l'underground qu'il a désormais quitté. Toutefois, c'est surtout lors de ses derniers souffles qu'il atteint les sommets du malsain. Squelettique et d'un minimalisme admirable, "Krossade Drömmar Och Brutna Löften", instrumental décharné qui ruisselle une inexorabilité absolue, se pose sans doute comme la plainte la plus noire de l'ensemble, tandis qu'avec le lancinant "Total Utfrysning", qui voit Shining se lancer à l'épreuve d'un titre de plus qu'un quart d'heure (!), la tristesse trouve le plus ténébreux des écrins, ce que soulignent des accords tissés par des cordes graves et dépouillées, comme lors des ultimes mesures et ce malgré, une influence floydienne lointaine et probablement involontaire. De fait, l'album semble se scinder en deux parties, l'une accrocheuse et mélodique et pas forcément la plus intéressante ; l'autre bien plus noire et d'une sinistre poésie. Largement supérieur à Halmstad, Klagopsalmer, s'il souffre d'une réalisation au goût d'inachevée, impressionne cependant par son interprétation carrée et précise et par son écriture qui ne peut être prise à défaut mais on a connu Kvaforth nettement plus evil et inspiré. Maintenant respecté par tous, c'est bien peut-être lorsqu'il se contente de poser sa voix chez d'autres, tels que Hjarnidaudi et plus encore Manes (son Solve Et Coagula est un monument), que l'homme emporte désormais réellement l'adhésion. (01.08.2009) ⍖⍖⍖
Néanmoins, à sa décharge, il faut lui reconnaître, outre le soin de bien savoir s'entourer, une volonté de continuer à travailler son art et sa vision du black metal, quand bien même l'évolution qu'il fait prendre à son entité ne fait pas/plus que des adeptes. Mais, en l'espace d'une poignée d'albums et bien qu'en faisant sien l'héritage de Burzum, son projet a su créer une voie qu'il lui est propre, aujourd'hui copiée jusqu'à l'écoeurement par des palettes entières de suiveurs de bas étage. Fidèle à un format - six titres pas plus - dont il ne se départira sans doute jamais, Kvarforth poursuit avec Klagopsalmer la trajectoire tracée par Halmstad, celle qui est entrain de mener peu à peu son black metal vers une musique, certes toujours aussi charbonneuse mais surtout de plus en plus sophistiquée, voire progressive. Le fait que Shining tende désormais à s'imposer comme un groupe (les guitaristes Huss et Graby ont ainsi participé à l'écriture !) et non plus seulement comme le jouet d'un seul homme, secondé par des "outils", participe aussi de cette tendance que certains peuvent critiquer mais qui donne un sens au projet et éviter le piège dangereux de la stagnation.Plus organique que jamais, l'art de Shining se pare avec cet album d'un double visage à la Janus. D'un côté, on ne peut nier que ces nouvelles compositions, bien mieux structurées que leurs aînées, plus complexes dans leur développement également, soient plus foncièrement rock et catchy ("Vilseledda Barnasjälars Hemvist"), plus accessibles même, ce que la présence, parcimonieuse cependant, d'un chant clair (le très darkwave "Ohm") ou d'un ensemble à cordes sur le terminal "Total Utfrysning" semblent confirmer, tout comme ces soli ultra mélodiques qui les zèbrent ("Ohm" encore, mais aussi "Fullständigt Jävla Död Inuti"). Mais de l'autre, Klagopsalmer s'abîme dans un gouffre de désespoir sans fin. Tout du long, il exsude un sentiment de décrépitude, de décadence, qui pourtant ne surprendra pas grand monde et certainement pas ceux qui suivent Niklas depuis ses débuts dans les marécages de l'underground qu'il a désormais quitté. Toutefois, c'est surtout lors de ses derniers souffles qu'il atteint les sommets du malsain. Squelettique et d'un minimalisme admirable, "Krossade Drömmar Och Brutna Löften", instrumental décharné qui ruisselle une inexorabilité absolue, se pose sans doute comme la plainte la plus noire de l'ensemble, tandis qu'avec le lancinant "Total Utfrysning", qui voit Shining se lancer à l'épreuve d'un titre de plus qu'un quart d'heure (!), la tristesse trouve le plus ténébreux des écrins, ce que soulignent des accords tissés par des cordes graves et dépouillées, comme lors des ultimes mesures et ce malgré, une influence floydienne lointaine et probablement involontaire. De fait, l'album semble se scinder en deux parties, l'une accrocheuse et mélodique et pas forcément la plus intéressante ; l'autre bien plus noire et d'une sinistre poésie. Largement supérieur à Halmstad, Klagopsalmer, s'il souffre d'une réalisation au goût d'inachevée, impressionne cependant par son interprétation carrée et précise et par son écriture qui ne peut être prise à défaut mais on a connu Kvaforth nettement plus evil et inspiré. Maintenant respecté par tous, c'est bien peut-être lorsqu'il se contente de poser sa voix chez d'autres, tels que Hjarnidaudi et plus encore Manes (son Solve Et Coagula est un monument), que l'homme emporte désormais réellement l'adhésion. (01.08.2009) ⍖⍖⍖
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