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Nechochwen | The Ancient Pulse (2018)



















Commençons par les choses qui fâchent (quand même) un peu. Après trois ans de silence discographique et afin de fêter le dixième anniversaire de "Algonkian Mythos", son premier signe de vie, nous étions en droit d'attendre plus de la part de Nechochwen que "The Ancient Pulse".

1476 | Wildwood / The Nightside (2012 / 2016)



















On comprend mieux la nature singulière que revêt son art quand on sait que 1476 est enraciné dans la terre de Salem qui l'a vu naître en 2009, ville du Massachusetts imprégnée d'histoire et de légendes, liant ainsi à tout jamais son nom à celui de femmes jugées pour sorcellerie dans une Amérique du XVIIème siècle alors en proie à un puritanisme hystérique.

KröniK | Wöljager - Van't Liëwen Un Stiäwen (2016)


Que "Van't Liëwen Un Stiäwen", première offrande de Wöljager, voit aujourd'hui le jour par l'entremise de Auerbach Tonträger, sous-division de Prophecy Productions, devrait déjà suffire à vous inciter à l'écouter car, outre le fait que le label germanique n'a jamais eu pour habitude de se complaire dans la médiocrité, guidé depuis ses débuts au milieu des années 90 par un souci d'exigence et d'identité, ce détail contractuel en dit plus long sur la nature de cette œuvre précieuse que de grandes phrases. Dédié au neofolk et aux musiques sombres acoustiques, l'écurie allemande accueille des artistes aussi divers que Sol Invictus, The Moon And The Nightspirit, Neun Welten ou Tenhi, pour ne citer qu'une poignée d'entre eux, qui tous partagent une expression sonore à la fois émotionnelle et boisée, ancrée dans le substrat tant géographique que culturel du pays qui les a vus naître. C'est aussi une histoire de famille, celle de musiciens dont les projets parallèles ne quittent jamais le giron maternel. Jardin secret de Marcel Dreckmann, chanteur et âme d'Helrunar, Wöljager rejoint donc ces entités qui gravitent à la périphérie des arts noirs alors que leur forme acoustique devrait pourtant les en éloigner. Gageons cependant que les tamiseurs toujours à la recherche de noirceur, même vierge de saturation, trouveront dans cet opus matière à cultiver leurs ténébreux tourments cependant que les fidèles d'Helrunar ne seront pas dépaysés par les ambiances d'une absolue tristesse distillée par des complaintes telles que 'Dat Glass Löp  Rask' et 'Aomdniewel', respirations  déchirantes belles à pleurer. Avec une épure aussi admirable que douloureuse, le groupe plonge l'auditeur dans une Allemagne lointaine et rurale où la tragédie couve sous les notes osseuses d'arpèges forestiers que soulignent une voix profonde plus parlée que chantée et des cordes squelettiques. Basé sur une histoire se déroulant dans la région de Münster à la fin du XIXème siècle, "Van't Liëwen Un Stiäwen" aurait dû être une pièce de théâtre. Le projet ne pouvant aboutir, celui que l'on connaît davantage sous le nom de Skald Draugir n'en conserve que la bande-son, retravaillée avec l'aide de Stefan Drechsler et Árni Bergur Zoëga, ses compagnons au sein de Árstí∂ir Lífsins. Grâce à la beauté crépusculaire des ses arrangements, l'album aux fortes teintes instrumentales ne souffre à aucun moment de l'absence de guitares électriques ou de rythmes appuyés, voyage mystique et contemplatif à travers des paysages séculaires, à la fois terreux et chargés de mystères. Nulle trace de magie pourtant ne vient colorer ce récit qu'on devine au contraire enraciné dans une réalité sévère sinon misérable. Si le ton se fait parfois plus léger, à l'image de 'Summer' ou de 'Kuem To Me', cette peinture trempe dans les couleurs automnales d'une mélancolie tranquille, presque bucolique et néanmoins empreinte d'une gravité funeste. Plus il progresse et plus l'album s'abîme dans la nuit jusqu'aux ultimes mesures qui sonnent comme un dernier souffle de vie. Wöljager signe un premier opus d'une rare beauté, empreint d'un mysticisme sombre et forestier. (2016)


Nechochwen | Heart Of Akamon (2015)


Nechochwen occupe depuis toujours une place résolument à part au sein de la chapelle noire, si tant qu'il en fasse vraiment partie. Car si ce n'est un chant hurlé, qui d'ailleurs souvent se mêle à un autre, plus clair et des atours parfois durs sinon rapides, on peut se demander pourquoi le groupe est arrimé au Black Metal. Et au final, ce sont moins ses racines extrêmes dont il demeure toujours quelques oripeaux qui expliquent cet ancrage que la dimension spirituelle quasi métaphysique de son art profondément ancré dans la géographie nord-américaine. A la lisière d'un neofolk automnal, les deux frères d'arme que sont Aaron Carey et Andrew Della Cagna peaufinent ainsi depuis dix ans une œuvre aussi rare que précieuse, à laquelle on peut rajouter celle de Forest Of The Soul, leur jardin secret parallèle, une œuvre dont la personnalité n'appartient qu'à eux. En 2012, le EP Oto fut une belle réussite mais son caractère uniquement acoustique a pu en décevoir certains, estimant, à raison peut-être, que c'est justement lorsque le tandem conserve des amarres à un terreau black metal qu'il se montre le plus à son avantage, vibrant alors d'une majesté à la fois puissante et émotionnelle. Cinq ans après Azimuths To The Underworld, Nechochwen nous offre enfin une troisième offrande longue durée que nous étions nombreux à attendre. Comme nous l'espérions, ses auteurs renouent avec un humus électrique sans pour autant gommer les arpèges forestiers dont ils sont coutumiers. Le résultat est à la hauteur de l'attente, opus chatoyant qui se pare des mêmes couleurs que les arbres en automne. Comparé à son prédécesseur, presque cosmique dans son expression du genre, Heart Of Akamon se veut plus terreux, plus connecté encore aux peuples qui vivaient en Amérique avant que les Européens ne viennent les envahir. Corollaire de ces teintes plus rugueuses, la musique arbore une agressivité, certes relative bien que plus affirmée que sur ses devanciers. A ce titre, 'The serpent Tradition', qui lance l'écoute, surprend. Après une intro acoustique belle comme un chat qui dort, le titre démarre, imprimant un tempo furieux, trame torrentielle néanmoins fissurée par des lignes de guitare osseuses. Il faut saluer le bel équilibre que le groupe est parvenu à atteindre sur cet album, entre éléments qui se déchaînent et envolées stratosphériques ('Lost On The Trail Of The The Setting Sun', 'Skyhook'), le tout tavelé de pauses squelettique d'une beauté aussi noble qu'admirable, témoins 'October 6, 1813' et 'Skimota', courtes et sèches respirations chargées d'une émotion boisée. Plus l'écoute progresse, plus les ambiances instrumentales s'installent, lentes et feutrées, d'une douce mélancolie, culminant lors de 'Kiselamakong', ode terminale aux confins du Doom. Vous l'aurez compris, Heart Of Akamon se révèle être une œuvre tout du long magnifique, d'une belle pureté de touches et de traits, emplie d'une noblesse que teinte une discrète amertume, hommage à ces Indiens, peuples courageux, chassés de leur terre. (2015)



V/A | Whom The Moon A Nightsong Sings (2010)


D’une certaine manière, le fait que Whom The Moon A Nightsong Sings, compilation instiguée par le label Prophecy, présente le premier signe de vie depuis huit ans (quatre en comptant la relecture de « The Fraconian Woods In Winter’s Silence » sur A Retrospective) d’Empyrium, dont on croyait qu’il gisait au fond de la tombe pour l’éternité, devrait être un argument suffisant pour que vous achetiez ce magnifique objet. Mais réduire ces 100 minutes de musique quasi inédites à la seule contribution des Allemands reformés serait injuste tant les autres protagonistes les animent avec tout autant de talent. D’ailleurs, le générique de cette somme dont le fil conducteur est la nature, muse O combien inspiratrice pour nombre d’artistes, laisse pantois : outre Empyrium donc, on croise des habitués de la maison (Nucleus Torn, Dornenreich, Les Discrets, Neun Welten, Tenhi…), une légende vivante (Ulver), des entités précieuses (Lönndom, Vali, dont ce sont aussi les premiers battements de cœur depuis 2004, Bauda…), d'autres peu connues  (Nhor, Ainulindalë). Bref, la crème du neo-folk pastoral et de la musique acoustique qu‘un sens profond de la mélancolie lie au Metal. Whom The Moon A Nightsong Sings est une œuvre d’une belle cohésion car tous les groupes, bien que différents, paraissent  n’en former qu’un seul. Ils se fondent les uns dans les autres pour accoucher d’un ensemble absolument superbe au caractère fortement instrumental, écrin dépouillé à la gloire d’une nature aux teintes impressionnistes et romantiques. De fait, il convient de saluer le remarquable travail effectué par Stephen Belda, qui a rassemblé cette vingtaine de pièces dont on ne détaillera pas ici l’intégralité. Mais, bien que d'une égale qualité, certaines offrandes sortent du lot. C’est bien entendu « The Days Before The Fall » qui laisse espérer beaucoup de la part d’Empyrium pour l’avenir, ainsi que "Synen" , gemme rare qu‘a gravé Ulver en 1997 et qui ravive les vibrations forestières de Kvelssanger. Citons aussi les deux titres des Discrets, dans la continuité du récent Septembre et ses dernières pensées, le long « Dagen Og Natta » d’Havnatt et « Upon The Wind Its Wings Beat Sorrow Into The Stars » de Nhor, projet confidentiel qu’il faut à tout prix découvrir, de même que Syven qui ferme la marche avec les quatorze minutes de « How Far The Gods ? », rituel d’une puissance évocatrice éblouissante. Rehaussé par l'artwork de Fursy Teyssier, cette collection tient de l'objet d'art. (2010)


Nucleus Torn | Travellers + Andromeda Awaiting (2010)


Entre un nouveau gemme (Andromeda Awaiting) et cette collection de titres rares ou demeurés inédits, c’est Noël avant l’heure pour les fans de Nucleus Torn. Travellers se veut même le Graal attendu sans trop vraiment y croire puisqu’il agglomère, excusez du peu, l’intégralité des enregistrements qui précédèrent Nihil soit toute la genèse de ce néo-folk osseux si personnel. Le menu débute avec les quatre pistes instrumentales du EP Krähenkönigin, gravé en 1998 et publié à quelques exemplaires six ans après. Seul à la guitare sèche, Fredy Schynder y libère des arpèges boisés dont le dépouillement confine à une forme de mysticisme pastoral. Suivent les quatre morceaux composant Silver, première trace discographique officielle remontant à 2001. Partiellement ré-enregistrées, ce sont des créations déjà intéressantes bien qu’elles tiennent davantage de l’esquisse que du travail achevé. Ils leur maquent notamment ce chant féminin lumineux que l‘on aime tant.  Parmi ceux là, le titre le plus beau reste le long « Nucleurs Torn ». Démo capturée en 2002, Submission offre ensuite ses deux extraits. On y découvre un groupe plus influencé par le rock progressif (« Non-Light Submission »). Enfin cerise sur le gâteau, Travellers s’achève sur deux pépites inédites et plutôt étonnantes, issues des sessions d’enregistrement de Nihil. « Leadness », tout d’abord, est zébré par les interventions d’un saxophone, ce qui lui confère une couleur presque jazzy. « Lurking », quant à lui, ouvre les vannes d’une musique intimiste rehaussée dans sa dernière partie par des notes d’orgue mélancoliques. Ce recueil permet de suivre une identité en train de se façonner, un style en mouvement. En cela, il est un témoignage précieux, il donne les clés pour mieux comprendre le parcours emprunté par Nucleus Torn avant d’aboutir à Nihil, opus grâce auquel une majorité l’a découvert, jusqu'à Andromeda Awaiting.


Petit à petit, à son rythme et sans faire de bruit, Nucleus Torn bâtit une œuvre passionnante qui n’appartient qu’à lui. Tout d’abord arrimé à la clairière du néofolk boisé grâce à un premier essai d’une beauté contemplative, le collectif mené par Peter Schynder a ensuite déviée vers une musique plus atmosphérique encore avec Knell. Andromeda Awaiting, au titre très poétique et dernier volet d’une trilogie, choisit cette fois-ci une forme d’expression plus progressive sans que celle-ci se démarque totalement du style élaboré par ses deux aînés. L’art de Nucleus Torn évolue mais par petites touches impressionnistes. Encadrée par deux sentinelles de plus d’un quart d’heure chacune, cette troisième offrande déroule une trame épurée entre rock progressif antédiluvien et musique folk et que nappent ces touches forestières typiques des Suisses. Subdivisé en six segments, Andromeda Awaiting s’ouvre donc sur une piste immense, voyage mystique  qu’une vie entière ne suffirait à décrire. Après une entame feutrée, le chant féminin vient se poser, soulignant la beauté tragique dessinée par les divers instruments. Puis le titre progresse nouant des liens avec le Lizard de King Crimson et la longue pièce épique qui l’achève. Les lignes vocales masculines y font notamment penser. A cette piste magnifique semble répondre celle qui entraîne l’album vers la mort, lente déambulation aux accents symphoniques dépouillés et que guide un piano et une flûte squelettiques. Entre ses deux monuments se succèdent quatre morceaux plus courts, au caractère fortement instrumental quand bien même la chanteuse glisse au milieu de ces motifs teintés d’ambiances médiévales sa voix empreinte d’une tristesse diaphane. De part son architecture, Andromeda Awaiting convient d’être absolument abordé dans sa globalité. Il est un tout dont une écoute émiettée ne saurait rendre toute la beauté mystérieuse en même temps qu'une forme d'aboutissement dans la carrière de Nucleus Torn. (2010)

Sol Invictus | Once Upon A Time (2014)



















Chaque nouvelle offrande de Sol Invictus, véritable entité tutélaire de la scène Dark Folk qu'on ne présente plus, est toujours un événement, plus encore depuis que le groupe tend à les espacer les unes des autres.

Her Name Is Calla | Live At St Pancras Old Church


Footpaths | From The Great American Songbook


KröniK | Nechochwen - Azimuths To The Otherworld (2010)


On le devine. Oui, rien qu’au visuel de Azimuths to the Otherworld, mêlant nature et symboles cabalistiques, on devine que son écoute tiendra de l’expérience sonore, davantage que de la simple saillie black metal. Commençons d’abord par des présentations. Avant tout laboratoire artistique de Aaron Carey, musicien fort d’un travail déjà pléthorique, Nechochwen choisit comme expression un art noir philosophique aux confins du neofolk, véritable oasis d’émotions. Tantôt saturé ou acoustique, le projet, également piloté par une seconde âme responsable de la batterie et de la basse, vagabonde sur une terre dépouillée au caractère instrumental prononcé (seuls trois titres sont illuminés par des lignes vocales). Agglomérant quatorze plage, parfois très courtes, pour près d‘une heure d‘écoute, Azimuths to the Otherworld n’est pas aisé à apprivoiser. Pourtant, la première d’entre elles, « Allumhammochwen - The Crossing », infirme tout d’abord cette impression avec ses tonalités très black metal. Mais ensuite, Nechochwen se concentre sur ses atours les plus acoustiques. Les plus beaux aussi. Se succèdent alors plusieurs plaintes osseuses émouvantes comme un chat qui dort en boule : « At Night May I Roam », « Gissis Mikana » « Red Ocher », que cisaille cependant un brusque passage électrique qui survient sans crier gare… C’est magnifique. Comment résister à un bijou tel que « Charnel Of Grandeur, alliage d’arpèges forestiers et de rifts noirs, entre orage et accalmie ? C’est impossible. Bien que l’ombre du défunt Empyrium plane par instants (« Confluence »), Nechochwen se veut l’auteur d’une musique singulière, à la fois sombre et poétique, crépusculaire et atmosphérique. Avec bien peu de choses, une guitare, sèche ou pas, quelques notes de piano grêles (« Hunting Among The Stars »), une flute discrète (The Forgotten Death Ritual »), l’Américain fait jaillir des images élégiaques et terreuses aux teintes mélancoliques (la longue suite « Four Effigies ») qui vous hantent longtemps après le disque achevé. Malgré une architecture surprenante, où les moments de grâce acoustiques - majoritaires - se voient parfois pollués par des éruptions black metal, Azimuths to the Otherworld se révèle être une œuvre passionnante dont la richesse recommande den multiplier les aller-retour pour pouvoir en goûter l’intimité feutrée. Déroutant peut-être mais monumental, c’est certain… un voyage dans des sphères célestes inaccessibles aux êtres humains. (2010)


KröniK | Ion - Immaculada (2010)


Le nom de Duncan Patterson ne dira sans doute rien à la plupart d’entre vous et notamment aux plus jeunes. Ceux qui ont découvert Anathema au début des années 90, eux par contre, savent. Oui, ils savent que l’homme n’est peut-être pas le musicien le plus technique qui soit mais qu’il possède, outre un talent de composition extraordinaire, la qualité aussi rare que précieuse de conférer une âme à tout ce qu’il touche. Anathema, dont il a écrit quelques-unes des plus belles pages et la quasi-intégralité de Alternative 4 (1998), ne s’est jamais remis de son départ survenu pourtant peu après la publication de cet album.
Et Antimatter, qu’il a fondé ensuite avec le chanteur Mick Moss avant de le quitter lui aussi après trois explorations douloureusement belles, pas davantage. Ion est désormais le jardin secret qu’il cultive, porte entre-ouverte sur son cœur et sur celui qu’il est désormais. Le doom death puis le métal atmosphérique d’Anathema sont loin maintenant, mais les liens avec Antimatter paraissent plus évidents. Seul à la barre de ce projet, Patterson se charge d’à peu près tout, de la basse à la guitare en passant par les percussions, ainsi que de la mandoline dont il est devenu un connaisseur, instrument aux sonorités doucement mélancoliques qui tisse le fil d’Ariane d’une musique épurée, diaphane. Pour les lignes vocales, essentiellement féminines, le musicien fait appel à diverses chanteuses. On se souvient encore des interventions de la magique Marcela Bovio (Stream Of Passion, Ayreon) illuminant Madre, Protégenos, première respiration d’Ion, à laquelle succède enfin une seconde offrande après quatre années d’attente interminable. Par rapport à sa pourtant superbe devancière, Immaculada, s’il en reprend les caractères, notamment cette aura religieuse si particulière et chaleureuse, renoue avec une forme de musicalité plus élaborée. Là où Madre, Protégenos alignait une série de pistes assez courtes, trop peut-être, ce qui a contribué à lui donner des allures d’ébauche, cette nouvelle offrande paraît plus travaillée et aboutie. Inspiré par les récents voyages de son auteur entre l’Irlande et la Grèce, Immaculada adopte les courbes d’une montée en puissance émotionnelle où se mélangent sur la palette du musicien, caresses féminines spectrales ou murmurées, lignes de violon, notes de flûte et instruments traditionnels. Après l’introductif morceau éponyme, qui dessine les contours désenchantés de ce périple, "Temptation" et ses accents orientaux séduisent d’emblée, guidés par un rythme hypnotique. Ballade entre Méditerranée et terres celtes, "Adoration" lui succède, brise légère où l’on suit la voix fragile de la merveilleuse Lisa Cuthbert. Plus sombre, "Damhsa Na Gceithre Ghaoth" se drape lui aussi de sonorités irlandaises cependant que le très beau "Invidia" enchante par sa touchante simplicité. Avec les trois titres qui ferment son parcours, l'album accède à une beauté contemplative à laquelle il semble bien difficile de résister. C’est tout d’abord le long et introspectif "Cetatea Cisnadioara", mélopée poétique minimaliste écrite à l’encre grise, puis, "The Silent Stars", petit bijou d’émotion, et enfin la lente pulsation au souffle spirituel "Return To Spirit", qui fait mourir peu à peu Immaculada sur une touche lancinante. Ces percussions finales résonnent comme des battements de cœur en bout de course. Entre paysages celtiques et effluves néo-folk, Duncan Patterson signe un très grand disque, qui rejoint le Eternity d’Anathema et le Planetary Confinement d’Antimatter au panthéon de la beauté. Ceux qui se sont désintéressés de son travail depuis qu’il a quitté le giron métallique seraient bien avisés de jeter une oreille sur Ion où l’on retrouve une sensibilité et une inspiration inchangées. Il le mérite. 4/5 (2010)






KröniK | Neun Welten - Destrunken (2009)


Sa carrière n'aura duré peut-être que quelques années, ne lui permettant d'offrir que quatre albums aussi beaux que précieux, il n'empêche qu'Empyrium demeure une influence majeure pour bon nombre de formations, que celles-ci arpentent les terres d'un black metal atmosphérique et pastorale ou les chemins délavés du mouvement Neofolk. Chantre d'une partition feutrée et désenchantée, Neun Welten fait partie des secondes. Et si vous estimez, à raison, que Where At Night The Wood Groose Plays est un chef-d'œuvre, alors Destrunken saura s'aménager sans difficulté une place dans votre cœur, quand bien même la comparaison tend forcément vers le raccourci. Essentiellement instrumentale (hormis "Frosthauch", "Dämmerung" et "Schein"), cette seconde offrande des Germaniques renoue en effet avec l'épure acoustique de mise sur les deux dernières créations d'Empyrium. A l'aide d'instruments aux teintes grisâtres, tels que guitare sèche, violon austère, flute et quelques claviers dépouillés ("Destrunken II") ou notes de piano sombres ("Tauan") , Neun Welten dessine des paysages d'une jolie poésie, ce qui ne les empêchent pas de se draper dans un feuillage de tristesse à travers lequel perce avec peine chaleur et lumière ("Weites End"). Par rapport à ses premiers essais, le groupe a su réaliser de grands progrès en terme d'écriture. Plus travaillées, fortes d'arrangements plus riches, plus longues aussi dans l'ensemble, ses compositions ont gagné en profondeur. Destrunken a quelque chose d'une ballade automnale d'une pureté saisissante à l'intérieur d'une forêt peu à peu avalée par la nuit. Vierge d'aplats rythmiques ou presque ("Weites End", "Dämmerung"), il pourra ennuyer les amateurs de musique un peu plus musclée qui le jugeront soporifique. C'est dommage car cet album irradie une beauté immense, pleine de désespoir sans doute mais touchante et sincère. Avec une économie d'effets admirable, les Allemands esquissent une toile émotionnelle comme échappée d'un passé lointain qui confine à l'introspection. Avec ses mélopées squelettiques, elle est une invite à un voyage mystique posé et contemplatif auquel il est peu aisé de résister. Destrunken est un hommage à la nature 100 fois plus noble et sincère que bien des balades en sandales usinés par tous ces groupes de folk metal pour fête de la bière. Il est aussi d'une mélancolie bien plus sobre que le misérabilisme dans lequel se complaisent trop de médiocres habillés de noir. Une belle réussite. Mais ceux qui ont découvert Neun Welten avec Vergessene Pfade il y a trois ans, le savaient déjà... Un bijou à l'écrin noir. 4/5 (2009)


KröniK | Kosmos - Vieraan Taivaan Alla (2009)


Kosmos, qu'il ne faut surtout pas confondre avec son homonyme canadien dans lequel on croise Michel "Away" Langevin de Voivod quand bien même tous les deux sont arrimés à la scène progressive psyché, est une formation née sur le sol gelé de Finlande. Après deux respirations aussi réussies que précieuses, Tarinoita Voismasta en 2005 et Polku deux an plus tard, Vieraan Taivaan Alla devrait séduire les amoureux des atmosphères posées et feutrées.
Déambulation poétique au souffle spirituel, ce recueil se divise en deux parties, comme ses auteurs le décrivent très bien. La première a quelque chose d'une rêverie irréelle et cosmique entre neofolk, touches médiévales et prog antédiluvien. On y est bercé par le chant diaphane et en finlandais de Päivi Kylmänen, caresse onirique pleine de beauté tandis que mellotron, guitare dépouillée et autres instruments dessinent un décor chargé de mystères. Ecoutez "Unenton Enkeli" et sa justesse de touche, sa sobriété, "Luovun", "Renee" et ses lignes de violon émotionnelles ou bien encore "Don Juan", contemplation acoustique d'une belle pureté et vous serez alors transporté dans un ailleurs lointain et inaccessible. Puis, à partir du doucereux bien qu'emprunt d'une tristesse éthérée, "Yön Hiljaissus", Vieraan Taivaan Alla commence à prendre une autre voie, plus psychédélique, plus énergique aussi. Mais le changement se fait avec beaucoup de finesse. La transition coule, serpente ; elle est confirmée avec le long "Tuulisina Päivinä" et ses nappes de claviers hantés. Les guitares sont plus sombres, quoique toujours vaporeuses et les ambiances hallucinées contaminent peu à peu l'ensemble du morceau. On pense alors au King Crimson du début des années 70. A partir de "Vieraat", lui-même fractionné en trois pans distincts, les couleurs psyché s'imposent franchement. Le premier segment n'est qu'un tableau parlé par une voie profonde. Ensuite surgit la seconde partie, probablement le titre le plus rock du lot avec ces lignes de six-cordes électriques et mordantes, véritables pistes décollages pour les étoiles avant de céder la place à un violon déglingué sur fond d'effluves échappées d'un mellotron fantomatique. Puis le titre s'achève sur un jeu de guitare frénétique mais superbe sur lequel plane l'ombre de Steven Wilson. Kosmos vient donc de délivrer une oeuvre tout à fait charmante propice à l'introspection et aux ballades dans des paysages naturels et sauvages que pas la moindre empreinte humaine ne vient (heureusement) souiller. Beaucoup de fraicheur et de simplicité pour cette jolie réussite et pour moi, un des albums les plus émotionnels de cette fin d'année. Un des plus tristes également. 3.5/5 (2009)


KröniK | Orplid - Greifenherz (2008)


Orplid fait partie de ses formations qui déambulent à la lisière du metal, quelque part entre le neofolk, le rock gothic et la mouvance post industrielle, sans toutefois vraiment être totalement arrimées à la scène qui nous intéresse.
Mais les connexions existent, incontestables. Les atmosphères sombres, froides et déliquescentes qui drapent les albums des Allemands ne sont d’ailleurs pas les moindres de ces passerelles. Les martèlements martiaux du puissant « Luzifer », seconde piste de leur nouvel opus, le quatrième déjà, illustrent bien, par exemple, que Uwe Nolte et Frank Machau, toujours secondés par divers intervenants, sont à même de plaire aux plus ouverts d’entre vous. Par rapport à son prédécesseur, Sterbender Satyr, Greifenherz se révèle pourtant plus difficile d’accès car ils donnent parfois l’impression de partir dans plusieurs directions à la fois, là où son aîné était tenu par une ligne directrice plus homogène. Sterbender Satyr était ainsi une œuvre d’une grande pureté, d’une beauté acoustique certaine, quand bien même elle annonçait déjà par moment le chemin que son successeur prendrait deux ans plus tard, notamment ces teintes trip hop qui coloraient des titres tels que « Erster Frost » ou « Gesang der Quellnymphe ». S’il est bien entendu porté par ce chant en allemand, tour à tour masculin (celui, profond, presque suave, de Uwe Nolte) ou féminin, qui en rebutera certains mais pourra aussi en séduire beaucoup d’autres tant cette langue possède une noblesse, une grandeur, une forme de romantisme (au sens germanique du terme justement) au fort pouvoir d’évocation, Greifenherz est un agrégat d’influences multiples voire disparates, bercé entre lourdeur industrielle (« Luzifer », « Myrmidonenklage ») et respirations trip hop (« Des Sperbers Geheimnis », « Der Anarchist »). On y détecte aussi des intermèdes instrumentaux anonymes et une sorte de poème hypnotique (« Gesang An Den Horusfalken ») mais avec toujours en filigrane une noirceur sourde et prégnante, comme en témoigne le désespéré et néanmoins superbe « Schlaf Im Mohn », qu’enténèbrent des sonorités hantées. Très certainement une des plus belles pièces d’un album balayé par des atmosphères diverses. Plus que jamais, Orplid demeure donc une entité singulière qui cherche à s’affranchir des catégorisations, des étiquettes ; elle avance seule et Greifenherz est de ces disques qui ne livrent pas leur intimité facilement ; il réclame au contraire de longs préliminaires afin que l’auditeur pénètre profondément en lui et ne se laisse pas abuser par son aspect éclaté et déroutant qui en forme en fait toute la richesse. A découvrir donc. 3/5 (2009) | Facebook