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KröniK | Necrovorous - Plains Of Decay (2017)


La Grèce est-elle en train de devenir le nouveau pays du death metal old school ? C'est en tout cas l'impression que donne cette effervescence macabre dont Athènes (mais pas seulement) est le théâtre depuis quelques années. Tétant les mamelles fétides des Autopsy, Abscess, Asphyx et autre Master, Ectoplasma, Pile Of Excrements, Vultur et surtout Necrovorous taillent à vif dans la chair en décomposition, les guitares accordées plus bas que terre, la hampe pesante gonflée d'un suint morbide.
Ce dernier, fondé il y a douze ans par Shit Eater (batterie) et Periklis G. (tout le reste), lequel a depuis été remplacé par Kostas K. (Embrace Of Thorns) avant que Marios K (guitare et basse) ne vienne compléter le line-up, s'est fait remarquer à coups de démos et autres splits (dont le dernier en date, avec les Japonais d'Anatomia), rassemblées notamment au sein d'un Crypt Of The Unembalmed Cadavers, aux allures de recueil croûteux. Six ans après le séminal Funeral For The Same, le trio est enfin de retour avec une deuxième tranche épaisse. Plains Of Decay charrie un death metal tel qu'il devrait toujours être, cendreux et funèbre, sinistre et remuant comme un zombie souffrant d'une diarrhée tenace. Englué dans les viscères (Cherish The Sepulture) sans pour autant s'abîmer dans les boyaux cendreux d'un death doom avec lequel il partage toutefois ces riffs caverneux et ses vocalises cryptiques qui dégueulent de partout, Necrovorous galope dans la barbaque ensanglantée à la vitesse d'une limace sur une côte, un jour de grand vent. Ce second méfait traverse un cimetière aux allures de charnier encore fumant, brochette de morceaux qui trempent dans un jus putride. Gorges profondes et guitares caillouteuses qui claquent comme un bout de peau tendue par des crochets, dressent de véritables blockhaus que secouent les coups de reins fiévreux d'une rythmique reptilienne. Bien que troués par des fosses cyclopéennes au fond desquels infusent des miasmes sépulcrales (Eternal Soulmates, Faces Of Addiction), ces dix titres qui sentent les excréments et les corps en état de putréfaction avancé défilent, rampants et implacables, à l'image de ce Psychedelic Tribe Of Doom qui, après avoir foncé à vives allures s'enfonce pesamment en fin de parcours dans les entrailles d'un caveau dont la porte se referme peu à peu. Mais au final, qu'est ce que Necrovorous a donc de plus que les autres ? Sans doute, au-delà de l'habileté de ses garçons-bouchers, possède-t-il cette capacité à déclencher de généreuses éruptions de pus, à travailler la viande noircie d'un brouillard de mouches bleues et à exhaler une atmosphère gangreneuse de moisissure, qui fait de lui un des artisans les plus orgasmiques de ce death metal baveux et maladif. 3.5/5 (13/09/2017)






Soon | Krypts - Remnants Of Expansion


Date | 28/10/2016
Label | Dark Descent Records
Genre | Death Doom


Tyranny | Aeons In Tectonic Interment (2015)


Il n'est jamais évident de revenir des limbes, surtout quand on a enfanté de véritables tables de la loi du genre auquel on appartient, car attendu par beaucoup, le risque de décevoir est grand. Tel est le cas de Tyranny qui, dix ans après avoir offert au funeral doom deux calvaires qui en ont repoussé les limites, dans les profondeurs de l'indicible,  où aucun homme n'avait encore jamais osé plonger, signe un troisième album (en comptant le EP "Bleak Vistae" long de plus de 45 minutes !) que nous étions nombreux à ne plus espérer. Et s'il y aura bien quelques grincheux pour affirmer qu'avec "Aeons In Tectonic Interment", les Finlandais se contentent de reproduire la recette ruminée par "Tides Of Awakening", en moins bien forcément, force est pourtant de constater que Matti Mäkelä et Lauri Lindqvist ont réussi leur résurrection, à la fois fidèles à cette signature cyclopéenne qui a fait leur renommée et désireux d'évoluer, continuant de façonner un art inimitable auquel peu ont tenté de se frotter. Pourtant, de loin, en effet, Tyranny semble nous resservir les mêmes riffs désolés, les mêmes plaintes telluriques capables par leur puissance souterraine de faire trembler les murs d'une cathédrale ('Preparation Of A Vessel') mais de près, la réalité se veut toute autre, bien que toujours aussi terrifiante de lourdeur. Reprenant les choses là où il les avait laissées il y a dix ans, dans cette geôle abyssale, le groupe fait évoluer un art aussi pétrifié que douloureux, désormais moins brumeux et plus tangible, comme s'il se souvenait que le funeral doom n'est à la base qu'une déclinaison plus suicidaire encore du doom death, ce qu'illustrent les lignes de guitares granitiques minées par le désespoir le plus absolu qui attirent, lors d'un final d'une charbonneuse beauté, 'Bells Of The Black Basilica', et néanmoins pâle rai de lumière filtrant à travers le sol. Rarement une œuvre aura autant collé à son visuel et à son titre, corridor étouffant avalé par l'obscurité où se découpent des silhouettes inquiétantes et dont les tentaculaires fondations sont secouées par le chevauchement  de plaques tectoniques monumentales qui grondent depuis les arcanes de la terre. Bien qu'elles oscillent entre sept et douze minutes environ, durée somme toute raisonnable eu égard à un genre qui aime se répandre bien au-delà de ce format, ces complaintes paraissent pourtant s'étirer plus, bien plus que cela. Leur lenteur comateuse, leur absence de rythme participent de ce caractère aride et (faussement) monolithique. Plus que jamais, Tyranny apparaît comme la plus juste, et donc la plus effrayante, expression sonore de l'œuvre de Lovecraft. Baignant dans une ambiance sombrement religieuse, "Aeons Of Tectonic Interment" est comme le rituel mystérieux d'un culte millénaire. (2015)