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Reido | Anātman (2019)



















Cela faisait longtemps qu'une telle chape de désespoir ne s'était pas abattue sur nous. En nous abîmant dans les vertigineuses arcanes de "Anātman", c'est pourtant ce qui nous est arrivé, les membres engourdis, figés, incapables du moindre mouvement face à une telle vague pétrifiée.

News | Mortiferum - Disgorged From Psychotic Depths




















Mortiferum (Death Doom) publiera son premier album, "Disgorged From Psychotic Depths", le 11 octobre 2019 chez Profound Lore Records.

Ataraxie | Résignés (2019)



















Ataraxie est un groupe qui se mérite. Parce qu’il aime prendre son temps, espaçant chacune de ses processions funéraires de plusieurs interminables années en de longs tunnels qui tendent même à s’étirer de plus en plus. Résultat, les Normands n’ont accouché que de quatre opus (en laissant de côté le "Bethlehems Bastarde" partagé avec Immidain) en vingt ans de carrière !  Bref, pas vraiment des stakhanovistes souffrant de diarrhées créatrices. Ce qui ne les a pas empêchés de fédérer tout un peuple de doomeux qui voient en eux le messie que l’hexagone attendait depuis toujours.

Onirophagus | Endarkenment (Illumination Through Putrefaction) (2019)



















L'habit ne fait pas (toujours) le moine. Ainsi, faute de sucer la moelle d'un death tout court que sa pochette et le logo de son auteur promettaient, "Endarkenment" épand le morbide brouet d'un death doom granitique. Paresseux comme la partition qu'ils sculptent, les Espagnols auront mis six ans pour accoucher d'un successeur à l’originel "Prehuman".

News | Esoteric - A Pyrrhic Existence



A Pyrrhic Existence, le nouvel album de Esoteric (Funeral Doom), sortira le 8 novembre 2019 chez Season Of Mist. Voici son tracklisting :

Disc 1 :
1. Descent 27:39
2. Rotting in Dereliction 15:51
3. Antim Yatra 04:40
Disc 2 :
1. Consuming Lies 15:16
2. Culmination 19:03
3. Sick and Tired 15:46

Rigor Sardonicus | Ridenti Mortuus (2018)



















"Ridenti Mortuus" scelle le retour de Rigor Sardonicus après six ans d'abstinence discographique. Les Américains n'ont cependant pas mis à profit ce long silence pour polir leur son. Bien au contraire, ils demeurent plus que jamais fidèles à cette expression décharnée et primaire d'un funeral death doom aussi granuleux qu'autarcique, ce dont témoigne cet opus résurrectionnel.

Ivan | Memory (2018)



















Ivan est un duo australien qui utilise le doom comme un terreau propice aux mélanges et aux expérimentations diverses.

Deathrite | Nightmares Reign (2018)



















Cela fait longtemps que les Allemands ont largué les amarres du grindcore auquel leur premier rot éponyme les rattachait, pour accoster le rivage d'un death metal aussi puissant que sinistre, bien qu'il reste encore de diffus oripeaux de ce passé (pas si) lointain, à travers quelques furieuses et brutales accélérations dont ils ont le secret.

Voidhaven | S/T (2018)



















C'est plus fort qu'eux : les doomeux ont bien souvent le genre chevillé au corps. Raison pour laquelle ils ne peuvent généralement se contenter d'un seul groupe pour épancher leur soif de mélancolie, pour endiguer ce besoin d'exprimer un désespoir qui paraît intarissable.

Wolfheart | Constellation Of The Black Light (2018)



















Peut-être Tuomas Saukkonen a-t-il compris que Wolfheart, dont il est l'âme fondatrice, commençait à tourner quelque peu en rond avec "Tyhjyys" et son air tenace de déjà-entendu ailleurs, chez "Shadow World", son prédécesseur notamment et ce, nonobstant une qualité d'écriture comme d'exécution aussi immuable qu'incontestable.

Omination | Followers Of The Apocalypse (2018)


Bloc massif qui se doit d'être appréhendé dans sa luxuriante globalité, Followers Of The Apocalypse s'impose comme une belle offrande de Funeral Doom empreinte d'une beauté enveloppante, qui s'offre aux pèlerins dans sa majesté immersive. 

Si loin, si proche. Alors que seule la mer Méditerranée nous sépare du Maghreb, les groupes qui en sont originaires semblent venir des antipodes tant une frontière tant géographique que culturelle leur barre le passage, les empêchant de se développer et de s'exporter comme il le mériterait. Dans le sillage des révolutions du Printemps arabe, les temps auraient pu changer, or il n'en est rien.
Pis, la situation économique d'un pays comme la Tunisie s'est au contraire dégradée. Raison de plus pour soutenir les rares projets qui nous parviennent de là-bas et ce, d'autant plus lorsqu'ils oeuvrent dans un style qui nous est cher, le doom, au cas particulier. Tel est ainsi le cas de Omination, one-man band dont le caractère artisanal et fait maison – son maître des lieux se charge de tout, de la réalisation à la promotion - ne rime ni avec anémie sonore et encore moins avec une ambition en jachère. Cette économie de moyens lui confère en fait cette authenticité à laquelle le genre reste fièrement attaché. Celui-ci est aussi régit par un déterminisme géographique prégnant qui explique que des prêtres venus du Sud ne sonneront jamais aussi noir, ne seront jamais autant englués dans une purée mélancolique que leurs homologues figés dans les terres froides du nord de l'Europe. Il y a des exceptions cependant et ce projet entre les mains d'un certain Fedor Kovalevsky, est l'une d'entre elles, tant le fait qu'il ait vu la nuit dans un pays écrasé par le soleil ne s'entend absolument pas. Les travaux de Eye Of Solitude ou du quintessentiel Esoteric comme combustible, son art s'infiltre dans les arcanes ténébreuses d'un funeral doom aussi tellurique que baroque dont la grandiloquence bourgeonnante lui confère des allures de pandémonium cyclopéen. Son format numérique ne lui imposant aucune contrainte de durée, Followers Of The Apocalypse s'étale sur une heure et demie pendant laquelle l'homme peut ouvrir avec largesse les vannes d'une inspiration généreuse. Nous aurions pu craindre que cette diarrhée créatrice ne se transforme en une interminable marée qui, une fois retirée, ne laisserait rien dans nos mémoires vite endormies par ce ressac infini. Mais il n'en est pourtant rien quand bien même cette première procession se mérite, testant sa dévotion chez celui qui la suit. Car, c'est quasiment à un chemin de croix battu par le souffle de la fin du monde, auquel nous convie Omination. Oscillant pour une majorité d'entre eux, entre neuf et vingt minutes au compteur, ces psaumes ont quelque chose de labyrinthes qui peu à peu s'enfoncent dans la noirceur souterraine de l'indicible. Si, omniprésents, les claviers aux dimensions liturgiques drape l'ensemble dans une religiosité obscure (Crossing the Frozen Wasteland), qui n'est pas sans évoquer Pantheist et Kostas Panagiotou, cependant que le chant abyssal se charge d'hachurer l'horizon d'un épais nuage de cendres, les guitares, presque progressives (The Temple Of The End Of Time), ouvrent un espace étroit pour laisser une pale luminosité colorer d'un espoir fragile ces compostions aux allures de tertres monumentaux. Bien que de fugaces accélérations viennent en secouer les arcs-boutants, l'édifice est engourdi par une lenteur paroxysmique qui culmine lors d'un ... Whose Name Is Worthlessness qui semble ne jamais vouloir mourir, long râle de douleur qui confine à une forme de transe mortuaire. Bloc massif qui se doit d'être appréhendé dans sa luxuriante globalité, Followers Of The Apocalypse s'impose comme une belle offrande de Funeral Doom empreinte d'une beauté enveloppante, qui s'offre aux pèlerins dans sa majesté immersive. (02/06/2018)


Soon | Marche Funèbre - Death Wish Woman (14.10.18)




KröniK | Monads - IVIIV (2017)


La chapelle doom et black du Plat Pays connaît depuis quelques années une belle effervescence. Cult Of Erynies, Lethvm, Odd Wvrms, pour n'en citer qu'une petite poignée, participent à l'érection d'un tertre sévère et exigeant, enraciné dans un humus froid propice à la mélancolie. Animé par des musiciens particulièrement actifs au sein de cette scène, Monads en fait partie. L'offrande qu'il livre aujourd'hui devrait même très vite inscrire son patronyme dans le marbre parmi les flagellants les plus talentueux. Le groupe ne nous est toutefois pas inconnu, déjà repéré il y a six ans par une démo baptisée "Intellectus Ludicat Veritatem", prometteuse mais restée sans lendemain.



En réalité, les Belges ont étalé l'accouchement de "IVIIV" sur une longue période. Enregistrée en juillet 2015 sous la houlette de Déhà, la musique a été enrichie de pistes vocales en janvier 2016. Le tout n'a finalement vu la nuit qu'en décembre 2017 par l'entremise du label culte Aesthetic Death. Derrière ce nom mystérieux se cache un bloc taillé dans le funeral doom death le plus pur. Le plus beau surtout, vibrant d'une émotion douloureuse sécrétée dans ces guitares charbonneuses et ces vocalises caverneuses étranglées par le plus absolu désespoir. L'addition d'artistes chevronnés aux différentes étapes de conception, auxquels on peut rajouter Greg Chandler (Esoteric), toujours prêt à donner un coup de main, garantit autant une habileté naturelle qui ne saurait être contestée qu'une sincérité indispensable à tout grand disque de doom. Car et au risque de se répéter, le genre est avant tout une question de foi, de ressenti, qui s'apprécie à l'aune de la tristesse qui enserre (ou non) le pèlerin qui l'écoute. Il faut avoir souffert pour goûter toute la puissance émotionnelle qui palpite dans la panse d'une œuvre comme celle-ci. De fait, comment alors ne pas être touché au plus profond de sa chair et de son âme par le terminal 'The Despair Of A Aeon' qui étire un inexorable quart d'heure de souffrance et de regrets, même si une fragile lumière nimbe cette partition engourdie sans pour autant en altérer la noirceur minérale. "IVIIV" s'arc-boute autour de quatre pistes d'une durée conséquente, ce qui permet à ses auteurs de prendre leur temps pour graver dans les arcanes de cette crypte obscure une fresque aussi lancinante que reptilienne. Il en résulte des compositions aux allures de labyrinthe qui, loin d'être immobiles, épousent un tracé accidenté, fait d'accélérations ('Leviathan As My Lament') ou d'instants squelettiques suspendus au-dessus d'un puits sans fond ('Your Wounds Were My Temple'). 'To The Bloodstained Shore' synthétise admirablement cet art douloureux dont le caractère pétrifié ne l'empêche pas de progresser au gré de multiples reliefs tour à tour abyssaux ou déchirants de beauté jusqu'à cette longue conclusion toute en arpèges osseux. Avec ce premier opus, Monads nous convie à une véritable leçon de doom, funèbre et caverneux, vibrant d'une force souterraine. (04/03/2018)

3.5/5 | Music Waves

KröniK | Mournful Congregation - The Incubus Of Karma (2018)


L'année 2018 s'annonce comme un très grand cru en matière de doom, ne serait-ce déjà que parce qu'elle marque le retour de Mournful Congregation, prêtre majeur de la sainte chapelle, après plus de six ans de diète discographique, insupportable silence seulement brisé par l'EP "Concrescence Of Sophia", long il est vrai de trente minutes. Nombre de groupes se contenteraient de cette durée mais pas les Australiens pour lesquels un album se doit d'être monumental, tant dans la forme que dans le fond. Ce qui explique à la fois leur rareté et la place qu'ils occupent dans le cœur des flagellants que nous sommes, qui attendons chacune de leurs offrandes comme un Everest funèbre. Jamais d'ailleurs ils ne nous auront fait patienter aussi longtemps entre deux manifestations funéraires.

Mais ce cinquième opus (en vingt-cinq ans de carrière !) est enfin là, prêt à être défloré avec toute l'attention et la passion quasi religieuse qu'il mérite. Premier constat, Mournful Congregation demeure fidèle à ses standards aussi quantitatifs que qualitatifs. Epousant le même patron que son prédécesseur, "The Book Of Kings", "The Incubus Of Karma" répand sa contrition sur près d'une heure et quart répartie en six pistes. Colossales, quatre d'entre elles sont des blocs pétrifiés qui oscillent  entre quinze et vingt-deux minutes au garrot. Plus son menu avance et plus ses compositions s'étirent, balisées par deux respirations plus courtes. Il s'agit tout d'abord de l'introduction instrumentale 'The Indwelling Ascent'. Si pour certains, ce type de prologue se confond avec un vain remplissage, tel n'est pas le cas pour le quatuor des antipodes qui livre là une bouleversante pièce qui vibre d'une absolue tristesse. Transie d'émotion, la plainte éponyme, elle aussi vierge de lignes vocales, permet à l'album, à mi-parcours, de marquer une pause, de remonter à la surface avant de replonger ensuite dans les profondeurs des fosses Marianne. Le cœur de "The Incubus Of Karma" bat à travers ses quatre piliers dont les fondations tentaculaires s'enfoncent dans le centre de la terre. Soutenus par le bassiste Ben Newsome et le nouveau venu et mercenaire Tim Call (Aldebaran, The Howling Wind...) à la batterie, la paire historique que composent Damon Good et Justin Hartwig continue d'explorer les arcanes granitiques d'un funeral doom death orthodoxe et pourtant ô combien envoûtant. Le chant puissamment caverneux du premier et la guitare suintant de désespoir du second creusent dans la roche des galeries qui semblent s'abîmer à l'infini dans l'encre noire d'une inexorable mélancolie. Venir à bout de ces marches funèbres massives et monolithiques aux allures de Golgotha ('Whispering Spiritscapes') s'apparente à un acte de repentance tant celles-ci se méritent, ne livrant leur richesse nichée dans les replis de leur intimité qu'au terme d'un abandon de soi. Car il y a une forme de dévotion dans l'écoute de ses psaumes hermétiques qui exsudent néanmoins une beauté lumineuse. Il faut se laisser engluer dans la toile que tisse 'Scripture Of Exaltation And Punishement' pour mesurer toute la démesure de ce doom death cyclopéen dont les lignes de guitare vous enveloppent tandis que le chant d'une profondeur à faire trembler les murs résonne comme un écho venu des limbes. Mais au bout de ce tunnel funéraire, une pâle lumière se répand peu à peu, charriant une émotion fébrile en même temps qu'un vague espoir. Tout l'art des Australiens réside dans cette manière sévère mais presque éthérée d'ériger une véritable cathédrale de douleur aux dimensions monumentales ('A Picture Of The Devouring Gloom Devouring The Sphere Of Being'). Pachydermiques, ces complaintes progressent avec une lancinance contemplative vers une issue laiteuse chargée de mystères en un long périple qui touche l'âme ('The Rubaiyat'). Avec "The Incubus Of Karma", Mournful Congregation accouche d'une œuvre gigantesque à la hauteur de son talent. Le groupe peut se rendormir, il vient de nous livrer la bande-son aussi belle que douloureuse de nos vies rongées par la peine et les regrets. (27/02/2018)