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John Sturges | Un homme est passé (1955)


J'ai connu une époque, bien avant internet et les chaînes du câble, où France 3 (alors FR3), diffusait régulièrement des vieux films les après-midi. Je me souviens ainsi avoir découvert Un homme est passé un lundi où je n'étais pas à l'école. Il me semble que j'étais en sixième. Et depuis une trentaine d'années, je le visionne fréquemment. Il faut dire qu'il s'agit sans doute du chef-d'oeuvre de John Sturges, western moderne basé sur la classique unité de temps, de lieu et d'action, où les chevaux sont remplacés par des jeeps. Court - il dure moins d'une heure vingt - et épuré, Bad Day At Black Rock n'en est pas moins d'une grande richesse, jouant sur les contrastes entre le cinémascope et l'isolement de cette bourgade, en fait quelques baraques serrées et écrasées par un vaste paysage aride, entre la vulnérabilité trompeuse de son héros et la brutalité menaçante d"un ennemi patibulaire.
Ainsi, la grande idée du film est d'avoir choisi un manchot comme personnage principal et d'avoir choisi Spencer Tracy pour l'interpréter, habitué aux rôles bienveillants. Avec sa chevelure blanche, il a l'air d'être un grand-père tranquille et inoffensif pour lequel on s'inquiète vite, seule face à des habitants qui cherchent farouchement à défendre le terrible secret qui les lie. En fait, il n'en est rien. Ne se laissant pas intimider et maniant l''arme de l'ironie, il découvrira la vérité, glaçante. De ce point de vue, Un homme est passé s'inscrit dans la lignée d'un cinéma libéral, illustrant le sort peu connu réservé aux Japonais installés sur le sol Américain pendant la Seconde Guerre mondiale et après, rappelant l'existence de camps de concentration, sujet encore tabou aujourd'hui. Sans faire dans la démonstration facile, l'oeuvre interroge sur la lâcheté humaine et les préjugés. Rien nous est dit sur l'origine de MacCready qui traverse l'histoire comme une silhouette mystérieuse et tenace. Les circonstances de la mort de Komoko ne sont pas plus représentées à l'écran. Avec intelligence, Sturges laisse le spectateur les deviner et reconstituer le drame jusqu'à l'abstraction. Bien sûr, le film reste fameux également pour son affiche qui réunit Tracy donc mais aussi Walter Brennan, Dean Jagger, la belle Anne Francis et une remarquable brochette de salauds (Robert Ryan, Lee Marvin et Ernest Borgnine). (Vu le 21/03/2018 / Source : DVD)
















André De Toth | La chevauchée des bannis (1959)


Western hivernal tourné dans un décor minimaliste figé par la neige, La chevauchée des bannis est une petite perle du genre. De la série B, peut-être mais qui vaut bien des films plus renommés. Le film doit beaucoup à sa superbe photo en noir et blanc de Russell Harlan (le périple final et fantomatique dans la montagne enneigée est absolument magnifique) et au scénario de Philip Yordan, ingénieux car n'empruntant pas tout à fait la direction que les premières minutes semblent vouloir suggérer. On sent tout du long que derrière la caméra se trouve un vrai metteur en scène, en l'occurrence André De Toth qui dirige l'affrontement singulier entre le minéral Robert Ryan et le savoureux Burl Ives.
A noter d'ailleurs une bonne distribution complémentaire avec la belle Tina Louise et le toujours grandiose Jack Lambert, une des plus sales gueules du cinéma américain des années 50. Au rigorisme du cadre désolé et à la sécheresse des personnages répond la scène du bal qui exsude un érotisme trouble qui donne presque la nausée. Sans doute un des derniers grands westerns américains de l'âge d'or dont Clint Eastwood s'est peut-être souvenu au moment de réaliser Pale Rider...| IMDb





















Fred Zinnemann | Acte de violence (1948)


En quelques mots : Davantage porté sur la psychologie que sur l'action, Fred Zinnemann n'en a pas moins signé deux excellents thrillers, "Chacal" en 1973 et longtemps avant, cet "Acte de violence" qui impressionne par sa concision et sa nervosité. Dès les premières secondes, l'intrigue démarre, la tension est déjà là, autour du personnage inquiétant idéalement campé par Robert Ryan dont le regard empreint d'une sourde folie, vous transperce, vous fusille. Mis en scène comme une série B survoltée, le film ne délaisse pourtant pas les tourments de ses protagonistes qui sont au coeur d'un récit aux allures de descente en enfer, que bornent ces paysages urbains nocturnes peuplés de menaces, sublimés par le noir et blanc de Robert Surtees, jusqu'à la rédemption finale, punition sacrificielle du héros dont la faute qu'il a commise autrefois, dans une autre vie, ne peut être pardonnée que par le sang. Un grand film noir qui n'est pas sans évoquer le futur "Train sifflera trois fois" du même réalisateur...