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KröniK | Rapture - Songs For The Withering (2002)


En 1999, bien avant que le death doom à la finlandaise n'ait le vent en poupe, Rapture accouche d'un premier album quintessentiel qui influencera Swallow The Sun et consorts, offrande indissociable des débuts de Spikefarm Records, sous-division de Spinefarm dont il fut une des premières sorties. Trois ans plus tard et le renouvellement d'une moitié de ses membres dont Jarno Salomaa parti se concentrer sur Shape Of Despair, le groupe livre enfin un successeur à "Futile". Le fait que celui-ci n'ait été découvert par beaucoup que l'année d'avant, suite à une distribution plus vaste sur le territoire européen et américain, a pu laisser croire que les Finlandais n'ont pas chômé alors qu'ils ont en réalité pris leur temps pour peaufiner un style qui, durant leur absence n'a cessé de grandir dans le sillage de Katatonia et de Novembre auxquels ils ont été souvent comparés. Du coup, si "Futile" a pu paraitre novateur, quoique déjà influencé par le groupe de Anders Nyström, il n'en va désormais plus de même de "Songs For The Withering" dont la mélancolie glacée tissée par des guitares aux allures de vigie perçant la brume possède un air de déjà-entendu. Le fait que le chanteur Petri Eskelinen, le principal ordonnateur de la formation avec le guitariste Tomi Ullgren, ait décidé d'abandonner sa voix caverneuse, registre qu'il laisse au nouveau venu, Henri Villberg, afin de privilégier une voix claire qui, quant à elle, n'est pas sans rappeler celle de Mikael Akerfeldt (Opeth), achève de condamner alors Rapture au rang de simple suiveur. Reconnaissons toutefois que dans ce registre d'une délicate dépression, la maîtrise des Finlandais demeure totale. Ainsi, des titres de l'acabit de 'Nameless', irrésistible entame sur laquelle plane en effet l'ombre tutélaire du Katatonia période "Black Murder Day" / Discouraged Ones" (la meilleure ?), 'Gallows' et ses lignes de six-cordes obsédantes comme un scalpel tournoyant dans la chair ou 'Transfixion', se révèlent être de véritables pièces d'orfèvre irradiant d'une beauté grise et blafarde. Surgissant  le temps d'un refrain ou fil d'Ariane de compositions finement ciselées ('The Vast'), le chant clair illumine l'album d'une pale lumière, pinceau fragile plongeant l'écoute dans une douloureuse contrition. 'Two Dead Names', en constitue la déchirante illustration. S'il faiblit en cours de route, la faute à quelques complaintes trop lisses pour susciter l'émotion ('The Great Distance', 'Enveloped'), "Songs For The Withering" meurt cependant en apothéose avec le bien nommé 'Farewell', conclusion immobile dont la lenteur funéraire vous engourdit avant de vous entraîner dans les profondeurs d'une mer figée par le froid... Rapture ne surprend peut-être plus mais il n'a pas son pareil pour appuyer sur l'interrupteur et raviver des fautes impardonnables... Trois ans plus tard, "Silent Stage" sera l'ultime clou de son cercueil... 3,5/5 (2016)


                                   

Krönik | Rapture - Futile (1999)


Bien qu'il ait désormais disparu depuis une dizaine d'années dans la brume, après n'avoir enfanté - à ce jour - que trois albums, Rapture n'en reste pas moins une figure importante dans l'histoire du Death Doom du pays des mille lacs, dont il a contribué à façonner les traits d'une glaciale et fantomatique beauté. Ayant vu défilé dans ses rangs à peu près toute la scène extrême finlandaise, de Finntroll à Impaled Nazarane, d'October Falls à Bararhrum sans oublier Shape Of Despair, entre beaucoup d'autres, il est permis d'affirmer que le groupe a fait plus que préparé le terrain à Swallow The Sun dont le séminal "The Morning Never Came" a été enfanté quatre ans après le matriciel "Futile", première offrande du sextet qui en 1999 va jeter les bases de ce Death mélodique englué dans le permafrost. Alors certes, il n'invente lui-même rien, creusant en réalité le sillon entamé par Katatonia avec son tutélaire "Brave Murder Day", publié trois ans plus tôt mais la sensibilité finlandaise n'ayant rien à voir avec celles des Suédois, Rapture apporte au genre une touche très particulière, ce feeling frissonnant plus élégiaque que sinistre quoique tout aussi entêtant. Vigies perçant le brouillard, les guitares possèdent ce même caractère obsédant que chez Katatonia mais elles vibrent d'un éclat mélancolique et majestueux qui n'appartiennent en définitive qu'à elles. Il suffit ainsi d'écouter un titre tel que 'This Is Where I Am', pourtant du lot celui le plus marqué du sceau des Suédois, pour mesurer la différence qui existe entre les deux formations dans leur expression d'un désespoir lugubre chez l'un, plus évanescent sinon mélodique ('While The World Sleeps') chez l'autre. Enténébré par la voix d'outre-tombe de Petri Eskelinen, "Futile" déroule un menu imparable que ne grève aucun temps mort. Lancé par une très belle intro toute en progression, l'opus prend son envol avec 'To Forget', dont les lignes ensorcelantes et les superbes accélérations creusent dans la mémoire d'ineffaçables stigmates. Si les plaintes suivantes maintiennent tout du long une même inspiration, l'une d'entre elles se distingue toutefois, ce 'Someone I (Don't) Know', lente élévation dont les traits se durcissent peu à peu, sorte de ballade qui brutalement change de ton, explose lors d'une dernière partie volcanique en un puissant geyser de noirceur tandis que ses ultimes mesures qui voient le tempo s'emballer, achèvent d'en faire l'apogée d'un album qui meurt le (presque) tout aussi superbe '(About) Leaving' aux modelés sombrement enchanteurs. Nonobstant les incontestables qualités de "Songs For The Withering" et "Silent Stage", Rapture ne fera jamais mieux par la suite. Le fait que l'âme de Shape Of Despair, Jarno Salomaa, n'ait participé qu'au seul "Futile" n'est peut-être pas étranger à une réussite que ses successeurs ne parviendront donc pas à égaler... 4/5 (2016)