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KröniK | Leaves' Eyes - Sign Of The Dragonhead (2018)


En avril 2016, Liv Kristine annonçait quitter Leaves' Eyes. Autant on pouvait concevoir que Theatre Of Tragedy ait pu avoir une vie après qu'elle ait été virée sans ménagement en 2003, ce qui au final ne fut d'ailleurs pas le cas, autant on a du mal à imaginer le groupe qu'elle a fondé dans la foulée de cette éviction sans la Norvégienne à la barre, tant celui-ci se confond forcément avec sa personne. Même si les musiciens assurent que cette séparation s'est faite à l'amiable (ce que la principale intéressée dément), conséquence logique du divorce entre la belle et Alexander Krull, voir le drakkar poursuivre sa route avec une nouvelle figure de proue laisse un sentiment étrange sinon amer.
Très attachés à la petite sirène blonde, c'est donc avec une certaine méfiance que nous accueillons aujourd'hui "Sign Of The Dragonhead", album qui scelle l'alliance entre les Vikings et la chanteuse finlandaise Elina Siirala (Angel Nation). Produite par le guitariste et chanteur dans l'antre des inévitables Mastersound Studios, l'offrande assoie l'hégémonie de Alexander Krull au sein de cette formation dont il a peu à peu pris les commandes. Sans surprise, Leaves' Eyes poursuit l'évolution entamée depuis "Meredead" et amplifiée par "King Of Kings", délaissant les rivages folk intimes et doucereux des débuts pour aller fendre une mer épique et surtout de plus en plus symphonique, quitte à perdre en chemin une part de son identité.  Propulsé par un ensemble classique dirigé par Victor Smolski (Rage), "Sign Of The Dragonhead" va encore plus loin dans l'approche cinématique et grandiloquente. S'il est permis de regretter la simplicité de "Lovelorn" et de "Vinland Saga", il faut reconnaître au groupe l'ampleur acquise dans cette expression orchestrale d'un gothic metal gainé de touches celtiques. Que les fans (du dernier rang) soient rassurés, le bouleversement humain qu'il a connu n'a pas entamé la sève créatrice du combo et de nombreux hymnes instantanés jonchent un menu aux atours orageux. De fait, cette septième épopée ne saurait susciter la moindre réserve tant sur le plan d'une écriture millimétrée qu'en termes d'arrangements qui se parent d'une puissance emphatique. Bien qu'irrigué de mélodies parfois un peu faciles ('Jombsborg'), l'ensemble fait très vite son œuvre, dosant avec un équilibre éprouvé les sentiments et les ambiances, tour à tour émotionnels ('Fairer Than The Sun') ou sombres ('Shadows In The Night') mais toujours valeureux à l'image de 'Like The Mountain' et du dansant 'Riders On The Wind', gigue endiablée qui emporte tout. Le paganisme dicte à Leaves' Eyes une partition aux accents rituels et chamaniques, témoin 'Völva' et un Rulers Of Wind And Waves', empreint d'une majesté crépusculaire comme échappé d'une superproduction hollywoodienne. "Sign Of The Dragonhead" peut d'ailleurs se percevoir comme la bande son d'une vaste épopée cinématographique dont 'Waves Of Euphoria' serait le dénouement, long de plus huit minutes guerrières et tragiques. Déjà perceptible sur le disque précédent, l'influence de Nightwish imprègne une entame éponyme à laquelle participe le chant de soprano de la ravissante Elina Siirala qui semble être la pièce qui manquait au groupe pour parachever sa mue symphonique. Nouvelle clé de voûte de l'édifice, c'est naturellement vers elle que les regards et les oreilles se braquent. Et, nonobstant une performance digne d'éloges, elle se montre encore loin de faire oublier sa prestigieuse devancière. Si on peut reconnaître à ses employeurs le (bon) choix d'avoir fait appel à une diva au registre très différent, la délicatesse laiteuse de Liv Kristine faisait justement tout le sel de ce pagan metal sans laquelle il devient du coup plus quelconque. Au final, même si "Sign Of The Dragonhead" ne démérite jamais, force est de constater que le principal tort des musiciens est de l'avoir publié sous la bannière d'un Leaves' Eyes amputé de celle qui en était l'âme. On peut certes comprendre que le groupe n'ait pas voulu repartir de zéro sous un nouveau nom mais le fait est que le drakkar n'est désormais plus vraiment le même… 3/5 (07/12/2017)






Leaves' Eyes | King Of Kings (2015)


On ne présente plus, désormais, Leaves' Eyes, le groupe fondé par Liv Kristine après avoir été éjectée sans ménagement d'un Theatre Of Tragegy qui, ironie du sort, ne s'en est jamais remis. Depuis plus de dix ans, la Norvégienne mène son drakkar, toujours secondée par Alexander Krull (Atrocity), son chanteur de mari, accouchant de nouveaux albums à intervalles réguliers, sans compter ses escapades en solitaires, aussi sucrées qu'insipides bien qu'agréables. Sans avoir l'envergure d'un Nightwish ou d'un Within Temptation, son projet s'est donc imposé comme une valeur sûre du gothic metal sympho qu'elle honore avec élégance et une légère mélancolie. "King Of Kings" est (déjà) sa sixième offrande sous cette bannière. Les premiers contacts avec cet opus ne se révèlent pourtant pas très encourageants. Un titre pour le moins quelconque, tout juste digne d'un mauvais groupe de power metal et surtout l'impression que Leaves' Eyes cherche à braconner sur les terres de Nightwish, la flamboyance en moins, comme semble l'annoncer d'entrée de jeu le morceau éponyme aux arrangements grandiloquents, augurent d'une inspiration et d'une personnalité en berne. Heureusement, l'album vaut mieux que ces décevants préliminaires. Ses traits sont plus durs que sur "Symphonies Of The Night", son prédécesseur, à l'image de 'Halvdan The Black', sur lequel plane toutefois un peu trop l'ombre des Finlandais. Tavelé comme toujours de couleurs folkloriques ('Vengeance Venom'), le menu doit bien sûr beaucoup à la voix de Liv Kristine, capable de toutes façons à elle seule de sauver n'importe quelle chanson. Ses (nombreux) admirateurs seront enchantés par ses lignes ensorcelantes, clé arc-boutant d'un édifice certes peu novateur ('The Waking Eye'), mais aussi chaleureux qu'efficace. Si elle se coule à merveille dans un cadre épique, ce qu'illustrent les très réussis 'Edge Of Steel' et 'Blazing Waters', on la préfère finalement dans un registre plus intimiste, plus sobre sans doute aussi, témoin la ballade teintée d'amertume 'Haraldskvaedi', qui sied admirablement à la pureté cristalline de son timbre. Que dire d'autres à propos de "King Of Kings" si ce n'est qu'il s'inscrit dans la lignée de ses aînés dont il partage la même qualité, poursuivant une évolution plus cinématique encore, à l'œuvre depuis "Njord". Ni simple album de plus ni pierre angulaire de la carrière de ses auteurs, il peaufine une identité au charme délicieusement glacé. (2015)


                                     

KröniK | Leaves' Eyes - We Came with the Northern Winds / En Saga I Belgia (2009)


Le triomphe de la volonté. Quand bien même on peut juger - à raison - que cette somme pantagruélique rassemblant séparément un double DVD et deux cds peut paraître précoce pour un groupe qui n'a pour l'instant publié que deux albums, We Came With The Northern Winds est une manière de victoire pour la charmante Liv Kristine, petit bout de femme douce mais déterminée, jetée comme un tampax usagé par ses anciens partenaires de Theatre Of Tragedy et qui aujourd'hui leur fait la nique. En l'espace d'une poignée d'années, la Norvégienne a sû s'imposer comme une artiste à part entière, avec l'aide de son mari Alex Krull d'Atrocity, tandis que son ancien navire n'est quant à lui pas très loin du naufrage et ce, en dépit d'un Storm agréable et d'une nouvelle front woman de talent. Annoncée depuis longtemps, cette plongée dans l'univers de Leaves' Eyes saura combler les fans car les petits plats ont été mis dans les grands, c'est le moins que l'on puisse dire. Le premier dvd subdivisé en 16 chapitres représente pour les amoureux de la chanteuse un véritable trésor, porte d'entrée dans le jardin secret en même temps que dans l'âme de la jolie blonde. Ce film est comme un livre que l'on feuillette retraçant la vie de Liv, depuis ses premiers pas dans le chant jusqu'au succès de Leaves' Eyes, en passant bien entendu sur "l'affaire" Theatre Of Tragedy. On y découvre aussi son amour pour la Norvège, ses mythes, sa nature... sans oublier en bonus des clips, du live.... Bref, très (trop ?) ambitieux, le groupe en donne pour leur argent à ses admirateurs, ce que l'on ne saurait lui reprocher. Après lecture de la chose, il n'aura plus aucun secret pour vous. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur... Le second volet, pendant video du double live publié à côté, est basé sur la prestation que la belle et son équipe ont exécuté lors du Metal Female Voices Fest en 2007. Au programme, vingt titres (!), dont le son trop propre peut sembler un brin suspect. Ceci dit, il s'agit là d'une habile synthèse de la (maigre) discographie du groupe. Encore que synthèse ne soit sans doute pas le terme qui convient le mieux car peut de titres sont finalement restés sur le bord de la route. Mais comme Lovelorn et Vinland Saga sont d'incontestables réussites, on ne se plaindra d'en retrouver ici la quasi intégralité. Même le EP Legend Land a droit de cité ("Lyset"...). Avec brio et bonne humeur, Leaves' Eyes interprète ses classiques : "Vinland Saga", "For Amelie", "Tales Of The Seamaid", "New Found Land", "Elegy"... pour n'en citer que quelque uns. Alors certes, We Came With The Northern Winds manque d'un peu de sel (de mer), de folie également, mais comme ce n'est pas vraiment le genre de la maison, on ne lui en tiendra pas rigueur. De la belle ouvrage donc et un groupe qui force la sympathie. 3.5/5 (2009)


                                   

KröniK | Leaves' Eyes - Njord (2009)


Et si Liv Kristine par l'entremise de son propre drakkar qu'elle a mis à la mer en 2003 suite à son limogeage de Theatre Of Tragedy, avait inventé un nouveau genre, le gothic pagan, qu'elle est d'ailleurs la seule, avec sa soeur Carmen (Midnattsol) à honorer ? Pourquoi pas en effet car plus les années passent et plus la jeune femme semble désireuse de replonger dans ses racines nordiques, de glorifier sa terre natale, ses paysages majestueux et ses légendes. Vinland Saga fut la première étape de cette évolution, le EP Legend Land, la seconde. Troisième album de Leaves' Eyes, Njord, qui conclut une année bien remplie pour ses auteurs, enfonce encore le clou, véritable déclaration d'amour pour les territoires nordiques. Toujours accompagnée par les musiciens du groupe de son mari, Atrocity et lui-même, également du voyage, Liv y confirme aussi sa place, parmi les premières, du metal à chanteuse grâce à un sens de l'écriture et des arrangements indéniables ("The Holy Bond"). Les Norvégiens s'y entendent pour composer de vrais hymnes ("My Destiny") à la fois intimistes ("Emerald Island", "Morgen Land") et valeureux ("Through Our Veins") sans la moindre baisse de régime ou d'inspiration. S'ouvrant sur des teintes celtiques charmantes bien que téléphonées ("Scarborough Fair", l'excellent "Irish Rain"), Njord enrichi encore la palette avec laquelle le groupe peint des tableaux recouvert de givre et sentant bon les forêts éternelles. Plus épique que ses aînés, plus grandiose ("Njord", "Ragnarok" malgré son intro par trop pompeuse), louchant parfois vers la musique cinématique (le très beau "Froya's Theme"), il couvre de vastes étendues sur lesquels souffle la voix puissante et fragile à la fois de Liv, dont on regrettera qu'elle soit parfois (ce qui est encore trop) soulignée par celle, caverneuse, de son Alex Krull de mari qui n'apporte pas grand chose si ce n'est une impression de déjà-entendu. Dommage car, aérien et épuré, le chant de la belle se suffit largement à lui-même et n'a pas besoin de grognements masculins pour gagner en relief ! Les compositions non plus d'ailleurs, théâtre sophistiqué d'un metal gothique racé et gracieux finalement assez personnel. Encore une jolie réussite à mettre à l'actif de Leave's Eyes et surtout de sa maîtresse des lieux. Et, encore une fois, on voit mal comment ses anciens employeurs, le malchanceux (ils l'ont bien cherché) Theatre Of Tragedy pourrait lui faire de l'ombre et ce, pourtant en dépit d'un nouvel opus, Forever Is The World, aussi bon que Njord, bien que très différent. 3/5 (2009)