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KröniK | Earthless - Black Heaven (2018)


En délaissant son trip instrumental pour un rock plus classique, Earthless opère une (légère) métamorphose surprenante mais salvatrice.

Earthless est ce groupe qui transforme chacune de ses performances scéniques en happenings orgasmiques, élevant le rock instrumental cosmique et psyché au rang d'art. Malgré d'excellentes rondelles, notamment le matriciel "Sonic Prayer", le power trio californien n'est jamais vraiment parvenu à capturer en studio la fabuleuse énergie de ses concerts aux allures de rampe de lancement pour le guitariste et émule de Jimi Hendrix devant l'éternel, Isaiah Mitchell, dont les joutes avec le batteur métronomique Mario Rubalcaba, parfaitement soutenu par le plus discret et néanmoins indispensable bassiste Mike Eginton, demeurent une inépuisable source de frissons humides.

Et ce n'est pas "Black Heaven" qui contredira cette impression que les Américains ont besoin de la liberté que seul le live peut leur fournir pour atteindre le nirvana. Qui plus est, ce quatrième album, sans compter des splits et autres live (justement) par palettes entières, se révèle tout d'abord décevant au point de se demander si le groupe n'a pas commis son premier faux pas. Il y a deux raisons à cette (fausse) déception. D'une part, la durée des titres a fortement raccourci. Alors que Earthless était réputé pour ses pièces à rallonge tutoyant les vingt minutes au garrot, ses nouvelles compositions arborent un format au mieux deux fois moins long quand il n'est pas plus radin encore. Certes, tout n'est pas (toujours) une question de longueur (paraît-il) mais c'est un rock amputé de sa dimension jammesque et quasi spatiale que le successeur de "From The Ages" (2013) semble besogner.D'autre part, le second point de discorde - et pas des moindres - réside dans la place occupée par le chant du guitariste. Si celui-ci a toujours été présent, il se réduisait jusqu'à présent à un simple accessoire, le temps d'une reprise comme sur le 'Cherry Red' de The Groundhogs. Or, à l'inverse de ses prédécesseurs, "Black Heaven" ne propose que deux  pistes instrumentales (sur six), le très court 'Volt Rush' et surtout l'immense morceau éponyme sur lequel nous reviendrons. Cet ajout paraît ainsi confirmer le fait que l'essence d'Earthless s'est diluée dans un moule plus quelconque, possible conséquence de la signature avec le géant Nuclear Blast chez lequel on se demande quand même ce que le trio de San Diego vient faire. Pourtant, une fois cette décevante défloration passée, on comprend  que le groupe a eu finalement raison d'opérer ce changement, le chant de Isaiah Mitchell injectant une bonne dose de sang frais à une recette qui risquait, peut-être, de commencer à tourner à vide. Dans ce registre aussi, l'homme s'inspire de Hendrix ('End To End') et fait montre d'un talent certes mineur qui se fond toutefois idéalement dans ce creuset psychédélique. De plus, les progrès qu'il a réalisés sont évidents, comme l'illustre 'Sudden End', conclusion lente et enfumée. Reste que ce sont bien ses jouissives saillies électriques dont il n'est pas avare qui propulsent l'opus vers un Olympe sonore. Dans ce domaine, Earthless prouve qu'il demeure le maître grâce à deux monuments, 'Electric Flame' et sa rythmique velue et plus encore ce 'Black Heaven' dantesque, véritable feu d'artifice de près de neuf minutes, craché par une six-cordes bourrée jusqu'à la gueule de feeling. On imagine sans peine les ravages que ce titre occasionnera sur scène, lequel justifie à lui seul l'écoute de cette galette dont on mesure au fil des écoutes qu'elle est en tout point digne de ses aînées et du style Earthless dont, en définitive, elle ne trahit pas l'âme, bien au contraire. (07/04/2018)

4/5 | Music Waves

LR | Earthless + 1000Mods (Paris - 06.11.2014)



















Une fois n'est pas coutume, seuls deux groupes se produisent ce jeudi 6 novembre dans le cadre des vénérées Stoned Gatherings aux affiches d'ordinaire plus blindées. Reste que et nonobstant la sympathique présence de 1000Mods, s'il n'y avait eu qu'Earthless, ce concert aurait quand même été indispensable car le combo américain se suffit amplement à lui même. Il aurait fait le plein également et sans l'ombre d'un doute. 

Earthless - Live At Guadalest


KröniK | Earthless - Live At Roadburn (2008)


Nonobstant les incontestables qualités de ses albums studio, il n'en demeure pas moins que c'est bien sur scène que Earthless peut déployer toute la (dé)mesure de son talent et de sa folie. Voir en live ces trois Américains ou écouter ce concert capturé lors du Roadburn Festival en 2008 équivaut à piloter une machine à remonter le temps et à stopper le voyage il y a près de quarante ans lorsque que les (désormais) dinosaures du rock n'hésitaient pas à décoller vers les territoires de l'improvisation, à étirer leurs compos sur des durées inimaginables aujourd'hui. Earthless est leur plus fier héritier. Quatre titres n'en formant en réalité que deux pour une double ration de musique : qui dit mieux ? Personne assurément. Il faut dire aussi que le style revisité par le groupe se prête très bien à ce genre d'exercice. Entièrement instrumentales, ces longues dérives galopent sur les terres d'un rock psychédélique parfois aux confins du blues, noyées sous des nuages d'effets hallucinés qui sentent bon la fumette. Une batterie métronomique digne de celle d'un Ian Paice (Deep Purple) et une basse discrète mais efficace forment le cadre au centre duquel la guitare de Isaiah Mitchell libère avec générosité ses effluves électriques et orgasmiques. Il ne sert à rien d'individualiser les titres en présence ("Blue/From The Ages" et Godspeed/Sonic Prayer", soit quasiment l'intégralité du répertoire des Texans) tant ceux-ci ont quelque chose d'un maelström nébuleux aux contours flous, dessiné par cette guitare démentielle qui dégouline, bave de partout sans pour autant sombrer dans le piège de la virtuosité stérile. Au contraire, gorgées de feeling, ces lignes de six-cordes cosmiques ont suffisamment de teneur pour vous donner des frissons quasi sexuels. Elles sont une rampe de lancement vers l'Absolu. De fait, bien que simple (ce n'est pas une critique), la musique forgée par ces trois mecs qui se pointent, branchent leurs instruments et balancent la purée, se pare d'une dimension presque transcendantale. Mais, construite sur une architecture plus solide qu'il n'y parait, ces compos savent demeurer structurées et constamment passionnantes malgré leurs durées excessives. On sent bien que les musiciens, rigoureux, suivent une ligne précise ; ils ne se prennent jamais les pieds dans les fils d'un boeuf sans queue ni tête. Anachronique sans doute mais jouissif, c'est certain. Dans le genre, Live At Roadburn est un chef-d'oeuvre et probablement l'un des meilleur témoignages scéniques gravées depuis ces dernières années. On touche le point G à plusieurs reprises. A conseiller à tous les nostalgiques des regrettées années 70. Magique ! 5/5 (2009)


                                   

Live | Earthless + Pontiak (Paris - 05/08/2009)


Je ne comprends pas. Non, vraiment je ne comprends pas comment un groupe tel que Earthless qui vient jouer à Paris, pour un concert gratuit qui plus est, ne parvient pas à rassembler plus d'une poignée de pékins ! Mais où étaient les Parisiens ? Où étaient les fans de rock psychédélique ? Ils ne savent pourtant ce qu'ils ont raté : une performance dantesque, plus forte qu'une boîte de Viagra pour vous donner la trique des grands jours !

Pour commencer, c'est Pontiak qui a mis le feu au poudre avec son rock seventies, sans doute moins jouissif que celui des Californiens, mais bien bandant quand même. Le power-trio n'a joué que trois titres aux longs développements propices aux fulgurances instrumentales. Mention spéciale aux deux extraits du petit dernier, le superbe Maker. Excellent.

                                         



Néanmoins, cette bonne surprise n'a pas empêché ensuite Earthless de tout atomiser. Là aussi, un trio qui envoie la purée. Fidèles à leur habitude, les bougres ont donné l'impression de n'interpréter qu'un seul titre une heure durant. Gigantesque et tant pis si la basse a semblé inexistante. D'ailleurs, tous les regards étaient braqués sur l'incroyable batteur, Mario Rubalcaba, digne héritier de Ian Paice et plus encore sur le guitariste Isaiah Mitchell dont le jeu transpire le feeling par toutes les notes et propulse cette musique vers des sommets. Bref, une orgie instrumentale (plus le court rappel avec "Chery Red") dont mes oreilles ne sont pas prêtes de se remettre !
Félicitations enfin pour le Glaz'art et son accueil estival franchement sympa.