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Reido | Anātman (2019)



















Cela faisait longtemps qu'une telle chape de désespoir ne s'était pas abattue sur nous. En nous abîmant dans les vertigineuses arcanes de "Anātman", c'est pourtant ce qui nous est arrivé, les membres engourdis, figés, incapables du moindre mouvement face à une telle vague pétrifiée.

A lire | Pa Vesh En - Church Of Bones (2018)


Le black metal, dans sa définition la plus dépressive et primitive, est friand de ces misanthropes à face de goule qui pondent des albums comme d'autres vont aux chiottes, tout seul dans leur coin. Des démos par palettes entières et des splits partagés avec tout ce qui rampe dans les profondeurs de la chapelle noire, s'enchaînent à un rythme frénétique, conférant rapidement à leurs auteurs une aura culte. Xasthur, Leviathan ou Striborg hier, Pa Vesh En aujourd'hui. Dernier de ces projets qui ne peuvent proliférer que dans les artères macabres de caveaux humides, cette entité échappée des froides forêts biélorusses s'est taillée un nom (mystérieux) en moins de deux ans. Deux démos ("Knife Ritual" puis "Dead Womb") éditées en format cassette (quoi d'autre ?), suivi d'un 7 pouces au titre bien nommé ("A Ghost") et enfin une alliance avec Temple Moon, jonchent le sol d'une grotte éclairée à la chandelle qu'une première offrande longue durée vient allonger en ce début d'automne 2018.

La créature de la nuit aligne tous les invariants propres au  black metal régressif comme des pinces à linge sur un fil. Mais, visuel morbide en noir et blanc, prise de son brumeuse et identité anonyme participent de cette atmosphère spectrale qui enrobe cette oeuvre tel un suaire pourrissant. Reste que la magie (noire, forcément) de cet art haineux et blafard opère encore une fois. Et on finit par être engourdis puis happés par ces plaintes lancinantes grouillant dans une sinistre bouillie. Résonnant comme un râle étouffé, capturé dans les entrailles d'une crypte noyée dans les ténèbres, le chant est inaudible, souligné par un tempo tordu qui parfois s'emballe (A Funeral Procession). Tout concourt à plonger "Church Of Bones" dans un éther macabre aux confins d'un ambient sépulcral qu'égrènent des claviers cafardeux (La valse Macabra). Néanmoins, on devine derrière cette façade polluée, un talent réel qui fait de Pa Vesh En autre chose qu'une gargouille de plus ruminant son mal-être et sa haine de la race humaine. Il suffit ainsi d'écouter une complainte telle que « Pale Body... » pour constater que son géniteur possède une écriture plus travaillée qu'il n'y paraît, laquelle se conjugue à une manière assez personnelle de fouiller l'obscurité, de matérialiser des ambiances blêmes. Drapée dans un halo livide, cette hostie possède le goût d'une bile vénéneuse. Les titres s'enchaînent en une danse (macabre) entêtante, litanie fantomatique à travers les couloirs caverneux d'une cavité froide et enténébrée. Cénotaphe lugubre noyé dans une brume funéraire, "Church Of Bones" se montre à la hauteur de l'intérêt suscité par les brouillons qui l'ont préparé, confirmant au passage que Pa Vesh En n'a pas volé son aura déjà culte. (01/10/2018) ⍖⍖⍖





Black metal, in its most depressive and primitive definition, is fond of these ghoul-faced misanthropes who produce albums like others go to the toilet, alone in their corner. Demos by full pallets and splits shared with everything that crawls into the depths of the black chapel, follow one another at a frenetic pace, quickly giving their authors a cult aura. Xasthur, Leviathan or Striborg yesterday, Pa Vesh Today. The last of these projects, which can only proliferate in the macabre arteries of damp cellars, this entity escaped from the cold Belarusian forests has carved out a (mysterious) name for itself in less than two years. Two demos (Knife Ritual then Dead Womb) published in cassette format (what else?), followed by a 7-inch with a well named title (A Ghost) and finally an alliance with Temple Moon, lit up the ground of a candlelit cave that a first long-lasting offering extends in early autumn 2018. The creature of the night aligns all the invariants specific to regressive black metal like clothes pegs on a line. But, morbid black and white visual, mist recording and anonymous identity are part of the spectral atmosphere that envelops this work like a rotting shroud. However, the magic (black, necessarily) of this hateful and pale art works once again. And we end up being numb and then caught up in these haunting complaints teeming in a sinister mess. Resounding like a muffled rail, captured in the bowels of a crypt drowned in darkness, the song is inaudible, underlined by a twisted tempo that sometimes gets carried away (A Funeral Procession). Everything contributes to plunge Church Of Bones into a macabre ether at the borders of a sepulchral environment that ejects cafard-like keyboards (La valse Macabra). Nevertheless, behind this polluted facade, one can guess a real talent that makes Pa Vesh More than just another gargoyle ruminating about his unease and hatred of the human race. All you have to do is listen to a complaint such as "Pale Body... "to find that his progenitor has a more elaborate writing than it seems, which is combined with a rather personal way of searching the darkness, of materializing pale atmospheres. Draped in a livid halo, this host has the taste of a poisonous bile. The titles follow one another in a heady (macabre) dance, a ghostly litany through the cavernous corridors of a cold and dark cavity. A gloomy cenotaph drowned in a funeral mist, "Church Of Bones" is equal to the interest aroused by the drafts that prepared it, confirming in passing that Pa Vesh En has not stolen his already cult aura. (01/10/2018)


Raven Throne | I Miortvym Snicca Zolak (2018)


Avec "I Miortvym Snicca Zolak...", Raven Throne  n'offre pas uniquement leur plus bel effort mais surtout un pur joyau de black metal comme seul les groupes d'Europe de l'Est savent en enfanter, frissonnant et sinistre, forestier et terreux, qui sent l'humus froid et la résine.  

Biélorusse de sol, Raven Throne se veut par contre Ukrainien de coeur sinon de sang. Mais plus que Drudkh, premier nom qu'évoque ce black metal atmosphérique ancré dans la terre froide des pays de l'ex Union Soviétique, et auquel on pense forcément un peu cependant (nous y reviendrons), c'est du (désormais) fantôme de Kladovest - que la présence en son sein de Thurios, liait d'ailleurs autrefois à la horde de Roman Saenko - dont le groupe se rapproche peut-être finalement le plus.

S'il a lui aussi vu la nuit (plutôt que le jour) il y a une quinzaine d'années déjà, comme les deux références pré citées, Raven Throne végète quant à lui depuis trop longtemps dans l'ornière d'une relative confidentialité, la faute aux obscurs labels qui ont diffusé ses cinq premiers opus, à l'exception de Possession Productions qui s'est chargé voilà deux ans de la publication de "Šliacham zabytych". Gageons que l'appui de Non Serviam, qu'il reçoit désormais, devrait lui permettre d'accéder à l'étage du-dessus et ne plus être réduit au pale statut de copiste de seconde zone. Il le mérite comme le démontre "I Miortvym Snicca Zolak...". Quoiqu'elle creuse le même sillon mélancolique que les Ukrainiens, autant pour le chant hargneux de War Head, qui rappelle celui de Thurios, que pour cette manière de peindre des paysages forestiers englués dans le froid d'un hiver rigoureux, véritable marqueur identitaire, cette sixième offrande s'appuie sur une écriture suffisamment belle et inspirée pour s'affranchir de ces comparaisons. De fait, la principal force du duo biélorusse tient dans sa capacité à composer de superbes pièces, vibrantes d'émotions, lesquelles naissent de ces lignes de guitare belles comme un chat qui dort en boule, aussi entêtantes que glaciales, témoin l'inaugural 'Vietru', qui charrie une tristesse à la fois boisée et torrentueuse. En l'espace d'un peu plus de sept minutes, le charme opère, drainant des images de froides forêts nimbées de brouillard et de montagnes en noir et blanc. Chargé d'une beauté désespérée et d'ambiances empreintes d'une noirceur champêtre, le black metal épique que sculpte Raven Throne n'oublie jamais de se parer d'une vigueur mordante, lorsqu'il fait souffler le blizzard. Fardé de guitares acoustiques et de claviers emphatiques mais discrets, 'Imža, i sklizota, i prykraja zol' illustre cette âpreté minérale qui se conjugue à un élan atmosphérique. 'Žyvoj kryvi žyvyja cielcy' affiche une dureté plus abrasive encore, vrillé par des riffs grésillants comme un scalpel rouillé labourant la peau. Avec "I Miortvym Snicca Zolak...", Raven Throne  n'offre pas uniquement leur plus bel effort mais surtout un pur joyau de black metal comme seul les groupes d'Europe de l'Est savent en enfanter, frissonnant et sinistre, forestier et terreux, qui sent l'humus froid et la résine.  (28/08/2018)


Soon | Ugasanie - Ice Breath Of Antarctica


"Ice Breath Of Antarctica", le nouvel opus de Ugasanie (dark ambient), verra la nuit le 6 mars 2018 chez Cryo Chamber.