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Monkey3 | Sphere (2019)



















Larguant au fil du temps les amarres du stoner pour accoster les rivages d'un (post) metal plus évolutif quoique toujours aussi dynamique et instrumental, Monkey3 a su façonner une identité aussi affirmée qu'attachante qui finalement n'appartient qu'à lui.

KröniK | Monster Magnet - 25 Tab (1991)


25 Tab s’apparente à un voyage acide et démoniaque au fin fond d’une autre galaxie, délirante jam déstructurée aux confins de la folie.

Formation incontournable du courant Stoner, quand cette appellation signifiait encore quelque chose, si tant que cela fut le cas un jour, Monster Magnet a débuté en pratiquant un space rock complètement halluciné, sorte de cousin dégénéré du stoner. Bien que publié après Spine Of God, 25 Tab constitue son premier enregistrement, gravé en 1991. Le gros morceau de ce qui n’est à l’origine qu’un EP d’une cinquantaine de minutes ( ?) reste justement « Tab » d’une demi-heure ( !), trip cosmique indescriptible et nébuleux, œuvre de musiciens qui ne fumaient certainement pas que des Camel.

Le leader du groupe, le chanteur et guitariste Dave Wyndorf avoue avoir beaucoup écouté Hawkwind, Amon Duul II et Skullflower avant d’accoucher de cette interminable pièce hallucinogène (ainsi que de « 25 »), et on le croit sans peine. Mais il fait mieux que leur rendre hommage ; il les surclasse dans la défonce sonore, tant le dit morceau repousse les limites de ce sous-genre du rock des seventies. Recouvert d’une tonne d’effets opaques d’où émergent des guitares saturées vomies à la wah-wah et un Wyndorf qui ahane plus qu’il ne chante, « Tab » s’apparente à un voyage acide et démoniaque au fin fond d’une autre galaxie, délirante jam déstructurée aux confins de la folie qui s’achève au bout de 30 minutes mais qui aurait très bien pu se poursuivre une heure durant, voir au-delà. Ca sent bon la fumette et une liberté artistique débridée qu’aucune barrière ne vient jamais encadrer, si ce n’est la nécessité d’avoir une fin. Plus structurée mais tout aussi barré, « 25 » poursuit cette exploration psychédélique, compo sur laquelle plane également l’esprit du vaisseau Hawkwind, au point qu’on pourrait croire qu’elle a été écrite en pleine période Flower Power. Dave Brock doit être fier de ce rejeton illégitime. Le reste est plus anecdotique, notamment la version live de « Spine Of God », agglomérée au pressage original, et dont Wyndorf lui-même, ne se souvient plus très clairement quand elle a été capturée. Qu’il est dommage dans tous les cas que Monster Magnet n’est pas continué dans cette voie. Mais peut-être avait-il atteint un point de non-retour infranchissable, aller au-delà aurait été absurde. (15/08/2007)


KröniK | The Spacelords - Water Planet (2017)


Avec "Water Planet", The Spacelords n'est tout simplement pas loin de détrôner Electric Moon sur l'autel du space rock !

Découvert grâce au patronage d'Electric Moon avec lequel il partage depuis quelques années maintenant le même batteur, The Spacelords ne cesse de progresser. Si l’originel "Synapse" (2014) dévoilait un sympathique trio, il manquait cependant de nerfs et de folie, menue faiblesse très vite corrigée par "Liquid Sun", livré deux ans plus tard. A l'écoute de "Water Planet", on peut oser affirmer que l'élève a désormais (presque) dépassé le maître. Dans cette veine psyché et spatiale, il est difficile de trouver mieux que ce troisième voyage dans l'espace.

Les habitués de la famille Electric Moon ne seront pas dépaysés par ce space rock aussi hypnotique que duveteux tricoté par une guitare aérienne et une rythmique gourmande, le tout flottant dans un nuage d'effluves chatoyants et cosmiques. Mais, sans perdre de leur décontraction, le batteur Marcus Schnitzler et ses deux fidèles comparses, en enrobant ce trip psyché d'une carapace massive, ce qui faisait justement défaut à "Synapse", atteignent une autre dimension, à la fois plus élastique encore et surtout plus puissante. Si son visuel ainsi que son titre semblent vouloir le rapprocher de son prédécesseur, "Water Planet" va en réalité bien plus loin tant en terme de réussite que d'univers sonores explorés. A nouveau au nombre de trois, ses pistes s'élèvent encore davantage vers des sphères célestes inconnues à l'intérieur desquelles le groupe nous invite à le suivre. Il se fait alors le capitaine au long cours d'un périple intersidéral immersif et coloré dont le caractère douillet ne lui interdit pas d'être musclé à l'image de 'Plasma Thruster' qui lance l'écoute en libérant une myriade de sons qui fourmillent tandis que la guitare de Matthias Wettstein convoque l'Orient et ses fragrances soyeuses. Si avec 'Metamorphosis', The Spacelords décole très haut, tutoyant des sommets floydiens avec son pouls hypnotique et ses envolées d'une bouleversante beauté,  le gros morceau de l'album, à tous les points de vue, se révèle être 'Nag Kanya' et ses quasi vingt minutes au compteur. Il s'agit d'une échappée orgasmique et tripante aux allures de lente élévation à laquelle les Allemands impriment un groove stellaire, avalé par un brouillard bleuté. Guitare planante noyée sous des effets liquides, basse toute en rondeur et percussions ensorcelantes s'accouplent en un feu d'artifice psychédélique et ce, sans jamais perdre en intensité malgré la longueur de la saillie cosmique. Et lorsque le rythme s'accélère et que la six-cordes gilmourienne sort les crocs lors d'une partie médiane turbulente, l'extase vient frapper à la porte avec cette délicatesse chamarrée. Avec "Water Planet", The Spacelords n'est tout simplement pas loin de détrôner Electric Moon sur l'autel du space rock ! (23/04/2018)


KröniK | Earthless - Black Heaven (2018)


En délaissant son trip instrumental pour un rock plus classique, Earthless opère une (légère) métamorphose surprenante mais salvatrice.

Earthless est ce groupe qui transforme chacune de ses performances scéniques en happenings orgasmiques, élevant le rock instrumental cosmique et psyché au rang d'art. Malgré d'excellentes rondelles, notamment le matriciel "Sonic Prayer", le power trio californien n'est jamais vraiment parvenu à capturer en studio la fabuleuse énergie de ses concerts aux allures de rampe de lancement pour le guitariste et émule de Jimi Hendrix devant l'éternel, Isaiah Mitchell, dont les joutes avec le batteur métronomique Mario Rubalcaba, parfaitement soutenu par le plus discret et néanmoins indispensable bassiste Mike Eginton, demeurent une inépuisable source de frissons humides.

Et ce n'est pas "Black Heaven" qui contredira cette impression que les Américains ont besoin de la liberté que seul le live peut leur fournir pour atteindre le nirvana. Qui plus est, ce quatrième album, sans compter des splits et autres live (justement) par palettes entières, se révèle tout d'abord décevant au point de se demander si le groupe n'a pas commis son premier faux pas. Il y a deux raisons à cette (fausse) déception. D'une part, la durée des titres a fortement raccourci. Alors que Earthless était réputé pour ses pièces à rallonge tutoyant les vingt minutes au garrot, ses nouvelles compositions arborent un format au mieux deux fois moins long quand il n'est pas plus radin encore. Certes, tout n'est pas (toujours) une question de longueur (paraît-il) mais c'est un rock amputé de sa dimension jammesque et quasi spatiale que le successeur de "From The Ages" (2013) semble besogner.D'autre part, le second point de discorde - et pas des moindres - réside dans la place occupée par le chant du guitariste. Si celui-ci a toujours été présent, il se réduisait jusqu'à présent à un simple accessoire, le temps d'une reprise comme sur le 'Cherry Red' de The Groundhogs. Or, à l'inverse de ses prédécesseurs, "Black Heaven" ne propose que deux  pistes instrumentales (sur six), le très court 'Volt Rush' et surtout l'immense morceau éponyme sur lequel nous reviendrons. Cet ajout paraît ainsi confirmer le fait que l'essence d'Earthless s'est diluée dans un moule plus quelconque, possible conséquence de la signature avec le géant Nuclear Blast chez lequel on se demande quand même ce que le trio de San Diego vient faire. Pourtant, une fois cette décevante défloration passée, on comprend  que le groupe a eu finalement raison d'opérer ce changement, le chant de Isaiah Mitchell injectant une bonne dose de sang frais à une recette qui risquait, peut-être, de commencer à tourner à vide. Dans ce registre aussi, l'homme s'inspire de Hendrix ('End To End') et fait montre d'un talent certes mineur qui se fond toutefois idéalement dans ce creuset psychédélique. De plus, les progrès qu'il a réalisés sont évidents, comme l'illustre 'Sudden End', conclusion lente et enfumée. Reste que ce sont bien ses jouissives saillies électriques dont il n'est pas avare qui propulsent l'opus vers un Olympe sonore. Dans ce domaine, Earthless prouve qu'il demeure le maître grâce à deux monuments, 'Electric Flame' et sa rythmique velue et plus encore ce 'Black Heaven' dantesque, véritable feu d'artifice de près de neuf minutes, craché par une six-cordes bourrée jusqu'à la gueule de feeling. On imagine sans peine les ravages que ce titre occasionnera sur scène, lequel justifie à lui seul l'écoute de cette galette dont on mesure au fil des écoutes qu'elle est en tout point digne de ses aînées et du style Earthless dont, en définitive, elle ne trahit pas l'âme, bien au contraire. (07/04/2018)

4/5 | Music Waves

KröniK | Electric Moon - Stardust Rituals (2017)


Même si Electric Moon ne nous a jamais déçus, il donnait néanmoins l'impression depuis quelque temps d'être devenu prisonnier de son space rock au goût prononcé de champignons hallucinogènes, taillé pour les happenings sonores fiévreux et orgasmiques. Ainsi, "Theory Of Mind" (2015), en dépit d'un pouvoir d'évocation intact, n'apportait pas grand-chose de neuf à une discographie "bordélique" dont la pierre angulaire demeure l'inaugural et inégalé "Lunatics" (2010). Bref, les Allemands, malgré un capital sympathie loin d'être entamé, commençaient un peu à ronronner.
La (bonne) surprise que représente "Stardust Rituals" n'en est donc que plus grande. Non pas que le trio ait décidé de virer de bord, de changer radicalement de style, mais en rénovant sa signature par ailleurs toujours aussi reconnaissable, il confère une fraîcheur bien venue à ce (kraut)rock paisible et généreux aux vertus curatives évidentes, plus orientalisant que jamais à l'image de son artwork, forcément réalisé par la fidèle Komet Lulu, influence chamarrée que nourrit la présence gourmande d'un sitar bourgeonnant entre les mains d'un Sula Bassana ubiquiste, qui se charge selon ses habitudes de la prise de son comme (surtout) de la guitare et des claviers (Mellotron, orgue...). '(You Will) Live Forever Now', longue échappée introduite par l'ensorcelant 'Astral Hitch Hike' convoque ainsi l'Orient pour un voyage de plus de vingt minutes aux confins de Katmandou, pulsatif et entêtant comme un parfum capiteux, coloré et soyeux. En une douce élévation, Electric Moon atteint le nirvana grâce à cette guitare pointilliste qui peu à peu décolle vers les étoiles, baignant dans les nébuleuses effluves tissées par des instruments qui trempent dans les eaux du Gange, jusqu'à ce final enveloppant de sonorités moelleuses. Discrètement, la voix de la bassiste, noyée sous les effets, accompagne cette montée en puissance. C'est là la première nouveauté de "Stardust Rituals". D'abord surprenant, ce renfort vocal à une partition jusqu'à alors essentiellement instrumentale (sans en être totalement absent, le chant y était très parcimonieux) contribue à rendre ce cinquième album plus envoûtant encore que ses devanciers et ce dès 'The Loop' qui lance l'écoute de la plus belle des façons. Après une première partie que berce tranquillement le chant de la jeune femme, le titre démarre, étirant sa trame cosmique et rituelle, rampe de lancement vers un inconnu à la fois lourd et duveteux. On tient dans cette construction tout en progression la seconde nouveauté de cet album dont l'architecture de tous les morceaux épouse cette lente montée de sève psychédélique. 'Stardust (The Picture)' incarne admirablement cette cuvée 2017, pulsation trippante et ouatée irriguée par les mélopées vaporeuses de Komet Lulu. Avec ce "Stardust Rituals" plus structuré tout en étant toujours aussi planant, Electric Moon transcende son art hypnotique et se fend du coup de sa meilleure offrande depuis "Lunatics". 5/5 (2017) | Facebook







Soon | Blown Out - Superior Venus


Date | 24/03/2017
Label | Riot Season Records
Genre | Rock psyché





KröniK | Ozric Tentacles - Technicians Of The Sacred (2015)


Avec ses trente ans de carrière sous le bras, on ne présente plus Ozric Tentacles, groupe unique en son genre puisqu'il a su créer un style qui n'appartient qu'à lui, ensorcelante mixture instrumentale  à base de progressif, de space rock, de jazz fusion et saupoudrée d'une pincée de Dub et de Psyché. Fidèles à cette signature dont ils ne se départiront jamais, les Anglais sont donc reconnaissables entre mille. Les mauvais langues ne manqueront pas d'affirmer que leurs galettes (quinze à ce jour) se ressemblent toutes un peu. Pas faux, mais au moins est-ce l'assurance de ne jamais être vraiment déçu. Pourtant, il serait inexact de prétendre qu'Ozric Tentacles n'a pas évolué depuis ses débuts en 1983 et que ses albums sont interchangeables. Preuve en est avec "Technicians Of The Sacred", offrande miraculeuse riche de subtiles nuances. De fait, si "The Yumyum Tree" puis "Paper Monkeys" n'apportaient rien de neuf, se contentant de creuser le sillon de "The Floor's Too Far Away" qui reste à ce jour un des mètres étalons de nos hippies britanniques, ce nouvel opus surprend très agréablement, comme si ses géniteurs avaient profité de ces quatre années de silence pour se régénérer et ce faisant, renouer avec une sève créatrice qui commençait donc quelque peu à se tarir. Plus inspirés que jamais donc, ceux-ci nous gratifient même, et pour la première fois depuis "Erpland", d'une double ration de musique, frôlant les quatre-vingt-dix minutes au jus ! Tout cela pourrait être roboratif, pudding difficile à digérer, mais conserve pourtant une incroyable fluidité, une légèreté cosmique. Comme toujours, l'œuvre s'envole très haut vers des sphères célestes. Certes, le terrain est connu, comme en témoigne 'The High Pass', amorce facile bien qu'enchanteresse, pleine de ces rondeurs si caractéristiques, de ces boucles répétitives et enveloppantes, toutefois, ce menu pantagruélique est émaillé de légères évolutions qui le rendent des plus rafraîchissants, toujours aussi limpide. Celles-ci sont à chercher du côté de ces chœurs qui semblent surgir de nulle part, tel une oasis de lumière, à l'image de 'Butterfly Garden' ou de 'Changa Masala'. Par ailleurs, si dans le passé, les Anglais ont régulièrement puisé dans cette palette, les couleurs orientales s'affirment cette fois-ci d'une manière plus nette encore, baignant l'album dans une forme de spiritualité chatoyante, laquelle explose durant 'Epiphlioy', sans doute le point d'orgue et le plus long titre d'une écoute qui invite à la transe chamanique. Sitar, flûte, volutes comme échappées d'une chicha sont convoqués pour un voyage aux confins d'un rêve aux teintes bigarrées. Décollage garanti, assuré par des musiciens à la virtuosité tranquille, parmi lesquels l'indéboulonnable Ed Wynne dont les lignes de guitare stratosphériques bourgeonnent de toute part, jaillissant en un geyser d'harmonie(s). Bref, les fans du groupe ne seront pas dépaysés, quant aux autres, ils passeront leur chemin, comme d'habitude, hermétiques à ce trip psyché hors du temps et des modes. Tant pis pour eux ! 4/5 (2015)


                                   

Soon | Monkey3 - Astrasymmetry


Date : 02/09/2016
Label : Napalm Records
Genre : Instrumental Stoner / Space Rock



                                     

KröniK | Zone Six - Love Monster (2015)


Avec Electric Moon, Krautzone et Sula Bassana en solo, Zone Six est l'un des quatre côtés d'un carré magique allemand dédié au trip psyché qui sent bon la fumette. S'il est bien entendu permis de se demander quel est l'intérêt pour le multi-instrumentiste, toujours flanqué de sa fidèle bassiste (et graphiste) Komet Lulu, de butiner ainsi plusieurs projets, des nuances, certes subtiles bien que réelles, distinguent pourtant chacun d'entre eux. Prenons donc par exemple le cas de Zone Six, historiquement l'un des premiers groupes du Teuton autour duquel se sont succédé  depuis 1998 de nombreux musiciens en un line-up à géométrie variable. L'équipe actuelle est quasiment la même que celle de Krautzone mais les instruments ont souvent changé de mains, Sula étant désormais derrière les fûts après avoir tenu la (space)basse et la guitare. Outre la jeune femme, ses vieux complices Rainer Neeff et Modulfix complètent donc la formation. Au départ, proche de la Trance, la musique de Zone Six a peu à peu dévié vers un rock cosmique qui n'est en définitive et nonobstant la partition peut-être plus hypnotique et duveteuse tricotée par le claviériste,  pas si éloignée que cela d'Electric Moon. De même, si le jeu de Rainer Neeff diffère quelque peu de celui de Bassana, son registre reste très cotonneux. Mais qu'importe au final que ces nuances entre tous ces flacons ne sautent pas forcément aux oreilles car l'ivresse psychédélique est toujours au rendez-vous, jouissive et démesurée. Avant tout taillé pour les happenings sonores, Zone Six n'accouche avec "Love Monster" que de sa troisième galette studio, la première depuis onze ans ! Le voyage s'articule autour de quatre pistes oscillant entre sept et quinze minutes au compteur dont les contours flous donne l'impression de n'avoir à faire  qu'à une seule et longue échappée. Guitare stratosphérique noyée sous les effets, basse gourmande, synthés qui bourgeonnent de notes spatiales et batterie trippante assurent le décollage vers les étoiles. Le titre éponyme et 'Cosmogyral' sont les deux sentinelles qui encadrent l'écoute, ondulantes élévations aux allures d'improvisations démentielles qui semblent ne jamais vouloir s'achever. On imagine sans peine leur version live,  point de départ de dérives aussi jubilatoires qu'interminables. Entre les deux, 'The Insight' puis 'Acidic' épousent un cadre plus accrocheur bien que baignant toujours dans des relents de pipe à eau. Sans jamais se prendre les pieds dans les fils d'une écriture lâche, Zone Six enfante un album qui se ressent comme un trip aux vapeurs aussi hallucinées que spatiales. Incontournable à l'image de tout ce que touche le révéré Sula Bassana.(2016)


                                     

Phased | Czar Of Bulletts (2015)


Il y a quelques mois de cela, nous vous parlions d'Ashtar, duo forgeant un black doom halluciné, composé de l'ex-Shever Nadine et de son batteur de mari, le Finlandais Marko Lehtinen, lequel, basé en Suisse, partage également son temps avec Phased. En dépit d'une carrière démarrée il y a presque vingt ans, jalonnée par quatre albums, sans compter quelques miettes, celui-ci demeure encore (trop) largement méconnu. De fait, après six années d'abstinence discographique, l'occasion est donnée aujourd'hui par un cinquième tardif opus de faire plus ample connaissance avec ce groupe qui le vaut bien. S'il témoigne encore une fois du goût prononcé de Lethinen pour les grosses pattes plombées, Phased ne noue en réalité que peu de liens avec Ashtar, si ce n'est peut-être également une propension identique à tricoter un maillage hypnotique, toutefois plus rare chez le second. Ni chant féminin à attendre donc de sa part ni saillies suffocantes, mais plutôt une enclume noyée dans les vapeurs d'un doom spatial. Avec son chant nébuleux façon Lee Dorrian (Cathedral), ses guitares à la fois rugueuses et cosmiques et sa rythmique sismique, "Aeon" louche (forcément) vers Electric Wizard et autre Ufomammut, (ex) maîtres incontestés d'un genre où la fumette se conjugue à de corrosifs coups de boutoir. Et si les Suisses ne se hissent jamais vraiment à la hauteur de ces deux aînés dont ils ne possèdent pas (encore) cette démesure ferrugineuse, ils n'ont toutefois pas à rougir de cette comparaison. Le cadre est posé, lourd, visqueux parfois, évoquant même le temps du terminal 'The Atavisitic', le père nourricier Black Sabbath. Mais le trio a une manière bien à lui de tresser un canevas lâche et pourtant fermement ancré dans une pesante terre mélancolique, à l'image de 'The Seed Of Misery', entame rampante dont les effluves enfumées se parent d'une inquiétante noirceur. Ecartelé entre arabesques planantes  et tension souterraine ('Burning Paradigm'), son art suinte toujours une espèce de tristesse sourde que libère cette guitare sous acide qui aime à se glisser dans les muqueuses d'un trou noir béant. Quoique variées car les sept pistes de décollage qui l'animent sont parsemées de sonorités étranges, là des percussions chamaniques ('Eternal Sleep'), ici des bidouillages aux confins de l'ambient (l'instrumental 'Into The Gravity Well'), ailleurs de squelettiques arpèges, "Aeon" n'en forme pas moins un magma unitaire, bloc aux contours volontairement flous qui ne peut être appréhendé que dans sa fiévreuse globalité. Certes un peu lassant sur la longueur, cet opus affirme incontestablement le talent de ses procréateurs et s'impose de fait comme une ode solide à la déesse Doom, donnant du coup envie de se (re)plonger dans ses prédécesseurs... (2015)


Sula Bassana | Live At Roadburn (2015)


Si Electric Moon, son principal port d'attache, connait une activité scénique relativement soutenue, en attestent ses nombreux lives dont le nombre dépasse celui de ses enregistrements studio, Sula Bassana se fait en revanche beaucoup plus rare sur scène dans le cadre de sa carrière solo. Le concert qu'il a offert le 11 avril 2014 pour le Roadburn, festival devenu en quelques années le pèlerinage obligé pour tous les amateurs de musique plombée ou psyché (mais pas que) fut donc un évènement, performance précieuse qu'il eut été criminel de ne pas capturer. Comme son nom l'indique, ce premier live du Teuton en constitue le complet témoignage. Pour l'occasion, le bonhomme s'est entouré de trois musiciens qu'il n'a pas eu à chercher trop loin. Sans surprises, on trouve autour de lui la fidèle Komet Lulu (basse), le batteur Marcus Schnitzler et à la seconde guitare, Rainer Neef soit le line-up actuel d'Electric Moon et une moitié de Zone Six. Le menu s'articule autour de quatre pistes qui ne surprendront pas les aficionados du multi-instrumentiste, tant sa patte reconnaissable entre mille, cosmique et fuzzy, déborde sur chacune d'entre elles. Le terrain est connu mais l'orgasme est là, prêt à jaillir à tout instant, à chaque éruption de cette guitare généreuse noyée sous les effets, à chaque note de synthétiseurs aux couleurs d'un Mellotron antédiluvien. Amorce démentielle, 'Rainstorm' se veut à la fois spatial et groovy, envolée puissamment hypnotique où le maître de maison s'en donne à coeur joie, faisant cracher de sa guitare des effluves nébuleuses sur fond de rythmique tout en rondeur. On décolle déjà très haut, emporté par un tourbillon psyché que rien ne semble vouloir stopper. 'D-Light', qui lui succède, laisse infuser les influences arabisantes auxquelles nous a souvent habitués Sula, progression tranquille qui sent bon la pipe à eau. Mais le gros morceau (à tous points de vue) est incarné par 'Dark Days', dont les dimensions monumentales - et beaucoup plus imposantes qu'en studio - sonnent comme la promesse d'un voyage coloré vers des paradis artificiels. Du haut de ses 18 minutes au garrot, il est une véritable rampe de lancement, propice à d'interminables arabesques comme à la grande époque, celle des lives où tout pouvait arriver, où chaque titre servait de terreau à un fleurissement aussi fertile qu'halluciné. Perry Rhodan d'un space rock enfumé, le guitariste nous entraîne dans un périple cotonneux où copulent en une partouze astrale six cordes extra-terrestre et claviers hantés. Après une telle apothéose, le bien nommé 'Alienfuzz' ne peut soutenir la comparaison, titre le plus court du lot, mais reste par ses modelés chamarrés un exemple typique de ce rock psyché duveteux. Moins culte que son homonyme signé Earthless, ce "Live At Roadburn" n'en est moins indispensable pour qui aime Sula Bassana et toute sa famille de musiciens shootés au krautrock. (2015)


Space Invaders | Dreadnought (2015)


L'année 2015 restera comme un grand cru en matière de krautrock et de space rock grâce aux explorations sonores de Zone Six ("Love Monster") et surtout de Cosmic Ground ("II"). Que Space Invaders vienne compléter ce tiercé n'est pas très surprenant car ce groupe incarne à lui seul l'essence même de cette musique spatiale, de par ses protagonistes déjà, issus des deux noms précités (le bassiste Paul Pott pour le premier et le claviériste Dirk Jan Müller pour le second), mais pas seulement puisqu'il a accueilli en son sein des musiciens de Guru Guru, Can et même Nik Turner d'Hawkwind, mais aussi par sa nature de jam band, taillé de ce fait pour décoller vers les étoiles, vers des sphères célestes inaccessibles au commun des mortels. Space Invaders est d'ailleurs né sur scène, en 2010, lors du Herzburg Festival quand le guitariste Mike Häfliger, Paul Pott, Müller et Dirk Bittner (Electric Orange) s'y sont rencontrés. Depuis, c'est un groupe à géométrie variable qui improvise un album par an. Après "Invasion Of Planet Z" et "Sonic Noise Opera", c'est au tour de "Dreadnought" de nous transporter  pour un voyage dans l'immensité de l'espace. Il se veut même, dans le genre, une manière de leçon. Décollage garanti à base de guitares stratosphériques, de percussions nébuleuses et de volutes électroniques. Le tout est (forcément) instrumental (ou presque) et dépasse les 70 minutes, pour huit échappées seulement, indices qui vous donnent un premier aperçu de la chose. Bien que jaillies de plusieurs jam-sessions, ces pistes n'en souffrent aucunement car elles ne se prennent jamais les pieds dans les fils d'un maillage trop lâche. Au contraire, les quatre cosmonautes en présence ont suffisamment de métier pour ne pas sombrer dans le piège tendu par l'exercice de l'improvisation et dans lequel nombre de médiocres seraient tombés. Du coup, ces véritables happenings sonores conservent toujours une dynamique finalement très Rock, jamais ennuyeux ni comateux. De même, les Allemands prennent soin de saupoudrer leur menu pantagruélique de quelques morceaux (un peu) plus courts, rapide et percussif ('Dreadnought'), délicieusement planant ('Hexensabber', montée en puissance nimbée de nappes de Mellotron) ou bien pulsatif à l'image de 'Jolly Roder High Speed Groove' dont l'enchaînement avec le monumental 'Out In The Madness' procure des frissons. Avec ses 22 minutes et 22 secondes au compteur, ce dernier se présente d'ailleurs comme le gros morceau de ce troisième album, pavé démentiel qui bourgeonne en un geyser d'effluves spatiales que perfore une voix trafiquée. L'orgasme guette à chaque seconde, éruption hypnotique vers le septième ciel. Mais ce n'est pas là le seul morceau de bravoure de cette écoute. Citons 'The Gap You Leave Behind', amorce qui semble pourtant ne jamais vouloir réellement démarrer, 'Dungeons', plus ramassé (quoique), sorte de trip qui sent bon la fumette, 'Two Skulls', rampe de lancement noyée sous les effets psychotropiques, sans oublier 'It's Raining Bones', aux traits plus durs, presque chaotiques, jam aussi frénétique que diabolique. Bref, vous l'aurez compris, "Dreadnought" est un must-have pour tous les fans de space-rock épris de liberté. (2015)


KröniK | Zombi - Shape Shift (2015)


Occupés à la fois par leur modeste label VCO Recordings dédié à la musique électronique en format cassette uniquement et par leurs projets parallèles, notamment Majeure dont le nouvel album, "Union Of Worlds", est publié au même moment, cela faisait donc longtemps que A.E. Paterra et Steve Moore ne nous avaient pas régalés les cages à miel avec Zombi, leur principale aire de jeu, depuis 2011 en fait et l'excellent "Escape Velocity".  A l'écoute de cette septième rondelle, en comptant un split partagé avec Maserati, on mesure combien cette période d'abstinence longue de quatre années, a été bénéfique au duo qu'on retrouve plus inspiré que jamais. Toujours fidèle à un space-rock instrumental nourri aux bandes originales de films, ceux de John Carpenter et des gialli italiens, le tandem parvient avec "Shape Shift" à se réinventer avec brio et intelligence, quand bien même leur patte demeure aisément identifiable. De fait, on reconnaît d'emblée ce tapis d'effluves synthétiques tricoté avec une énergie ondulante ('Pillars Of Dawn') que souligne une rythmique hypnotique et c'est déjà un plaisir en soi. Les Américains auraient pu s'en contenter. Au contraire, ils accouchent cette fois-ci d'un opus subtilement différent de ses aînés. Différent par son architecture faite de pistes dans l'ensemble plus ramassées que de coutume, à l'exception de l'une d'entre elles, sur laquelle nous reviendrons. Différent par sa sombre lenteur, à laquelle Zombi nous a certes toujours habitués mais qui prend ici une toute autre dimension, se répandant tout du long. Si certains passages, très progressifs ('Total Breakthrough') surgissent par moments, ils se diluent dans la semence crépusculaire d'une mélancolie lancinante, ce qu'illustrent des plaintes telles que le nocturne 'Shadow Hand' et surtout 'Interstellar Package', qu'on verrait bien faire office de B.O. d'une pellicule horrifique des années 80. Bien que les synthétiseurs "dégueulent" (forcément) de toutes parts, basse généreuse et percussions trippantes se taillent la part du lion comme jamais. Il suffit d'écouter 'Mission Creep' ou 'Toroidal Vortices' pour s'en convaincre, titres qui palpitent d'une sève pulsative. Il en résulte un album à la fois homogène et riche de ses tessitures addictives et gondolantes, lequel culmine avec le bien nommé 'Siberia II'. Durant près de quinze minutes, A.E. Paterra et Steve Moore tressent un canevas étiré et volontairement répétitif d'une langueur glaciale presque lugubre qui semble ne jamais vouloir mourir. Aux claviers noirs et enveloppants vient peu à peu se greffer, en un orgasme terminal et démentiel, une batterie dont le pouls confine à une forme de transe. On tient là sans aucun doute l'une des compositions les plus réussies des Américains, conclusion idéale d'un album en tout point remarquable dont la maîtrise et le juste équilibre entre pulsations entêtantes et ondulations galopantes sonnent comme un aboutissement dans la carrière du groupe. (2015)


Sula Bassana | Shipwrecked (2016)


Grâce à Sula Bassana, on ne se sent jamais seul bien longtemps, l'homme ayant pris l'habitude de nous rendre visite au moins plusieurs fois par an, en solitaire ou accompagné. De fait, nous avons cessé de compter le nombre d'albums, en studio ou sur scène portant son nom celui d'un de ces nombreux projets. Bourgeonnant de toute part, sa carrière devient peu à peu aussi grosse que le bottin. S'il n'est pas si évident que cela de distinguer Electric Moon, Zone Six et Krautzone, lesquels se partagent, à quelques nuances près, les mêmes musiciens, en un line-up à géométrie variable, l’œuvre personnelle du guitariste (mais pas que), quant à elle, ne ressemble pas à celle de ses autres groupes, quand bien même elle décolle comme les autres très loin vers les étoiles, gravitant entre kraut et space rock mais avec toujours cette influence électronique qui reste la signature de l'Allemand en solo. Après des débuts hésitant entre ambient (« Silent Music ») et progressif à la Manuel Göttsching (« Endless Winter »), son style s'est véritablement fixé à partir de « The Night », exploration spatiale aux confins d'une trance cosmique, évolution poursuivie par « Kosmonauts » et confirmée aujourd'hui par « Shipwrecked ». Mentionner le visuel, superbe par ailleurs, qui lui sert d'écrin n'est pas anecdotique car de part ses atours galactiques, il renvoie à toute une frange de la science-fiction, celle de Perry Rhodan, héros dont les aventures ont nourri l'imaginaire de Sula Bassana et auquel il a rendu hommage avec le titre qui porte son nom sur l'album « Dreamer ». Muse généreuse évocatrice de paysages lunaires mystérieux ou menaçants, cette S.F. Kitsch et aventureuse sert de rampe de lancement à ce psychedelic ethnotronic space rock  d'une démesure hypnotique. Seul à la barre, notre homme se charge de tout, comme de coutume, utilisant une grande variété d'instruments (guitare, basse, sequencer, synthétiseurs...), desquels s'échappe un tapi d'effluves électroniques sombres et froides à la fois. Ondes robotiques, sonorités stellaires et nappes hantées, offrent une tessiture aux teintes étranges. L'album rassemble six titres dont trois d'entre eux voisinent avec les dix minutes au compteur, le reste affichant une durée plus courte. Le voyage démarre  avec 'Moonbase Alpha Alpha', pulsation entêtante rempli de bidouillages et d'effets qui nous plongent d'emblée dans un décor de conquête spatiale. Plus inquiétant se veut "Shushie Express" qui nous convie à l'exploration d'une planète inconnue et que peuple une myriade de sons venus d'ailleurs. Si 'No Time : No Eternity' marque une pause par sa lenteur, titre ambient que drapent des nappes de Mellotron, 'Planeta Bur' se rapproche des deux premiers titres tout en laissant échapper des oscillations nébuleuses  qui tel un mantra semblent se répéter à l'infini. Etonnamment, le programme s'achève sur deux courtes pistes dont le titre éponyme, gorgée d'une absolue tristesse, manière de conclusion douce-amère, comme si l'aventure se soldait par la mort. Entre "Kosmonauts" pour son ressac électronique et "Dark Days", pour sa mélancolie discrète, "Shipwrecked" est encore un grand disque signé Sula Bassana dont la sève paraît décidément intarissable... (2016)


Cosmic Ground | II (2015)


La Kosmische music allemande des années 70 n'est pas morte. En effet, on ne compte plus les musiciens qui ne se cessent de lui rendre hommage, d'en explorer les planantes arcanes, héritiers (presque) naturels de Klaus Schulze, Ash Ra Tempel et autres Tangerine Dream. Dirk Jan Müller est de ceux-ci, multi-instrumentiste et fondateur d'Electric Orange, figure majeure du krautrock contemporain. Quand il n'est pas occupé avec son principal port d'attache, il collabore avec Space Invaders ou s'embarque en solitaire dans des contrées plus cosmiques encore. Cosmic Ground est le vaisseau qui lui permet de parcourir un sombre et vaste infini. Un an après un premier vol habité (?), il tente aujourd'hui un second voyage, garanti 100 % analogique,  pour aller encore plus loin au fond d'un trou noir. Le nom des divers synthétiseurs utilisés pour cela laisse déjà rêveur,  promesse de sonorités froidement duveteuses : claviers modulaires, Mellotron, Farsifa, orgue Hammond et le légendaire Moog etc... composent cet échantillonnage électronique. Comme son devancier, l'album s'articule autour de quatre pistes seulement mais pour près de 80 minutes de musique ! Dire que le bonhomme prend son temps tient de l'euphémisme, étirant au maximum des plaintes d'une monumentale démesure. Quatre plages donc, quatre monolithes qui se dressent dans les ténèbres stellaires. Sans afficher des teintes aussi lugubres que les créations de Tangerine Dream période Pink, "Cosmic Ground II" a des allures de trip démentiel d'une noirceur hypnotique qui confine à la transe. Müller étend des nappes froides et volontairement répétitives, installant l'auditeur dans un état proche de l'Absolu, à l'image de 'Organia', élévation orgasmique dont les boucles entêtantes résonnent comme un mantra crépusculaire. Ce qui pourrait être monotone, et le sera sans doute pour des oreilles insensibles à cette beauté cosmique, bourdonne en réalité d'une myriade de sons, effluves obsédants d'un psychédélisme noir. Comme le montre 'Sol', montée en puissance pulsative, on a souvent l'impression que rien ne se passe alors qu'en fait, c'est tout un monde obscur qui s'éveille dont on remarque progressivement les détails comme ces étoiles que l'on distingue peu à peu, parsemant une voûte nocturne. De son côté, 'Altair' illustre parfaitement la façon dont le musicien parvient à phagocyter toute trace de lumière et de chaleur, tissant une lente dérive dans l'immensité glaciale et silencieuse de l'univers. Avec cette seconde échappée en solitaire, Müller repousse ici les limites, s'aventurant dans les profondeurs du cosmos. Ce faisant il accouche du meilleur album de krautrock entendu depuis très longtemps, opus sombrement analogique et psychédélique. (2015)


KröniK | Yuri Gagarin - At The Center Of All Infinity (2015)


Découvert il y a deux ans, grâce à un premier vol habité éponyme, Yuri Gagarin s'est immédiatement imposé comme un des plus prometteurs - et donc un des plus excitants - explorateurs d'un Space Rock démesuré aux confins du Stoner et du rock psyché. De fait, sa seconde offrande était fortement attendue, Graal stellaire riche de sensations colorées et duveteuses. Précédé par un sympathique EP deux titres édité en format 7'' ("Sea Of Dust"), "At The Center Of All Infinity" est-il à la hauteur des espoirs suscités par son gigantesque devancier ? Sans être négatives, les premiers écoutes se révèlent quelque peu décevantes. L'effet de surprise (forcément) envolé, l'impression d'entendre une resucée du galop d'essai commence tout d'abord par s'immiscer dans notre esprit, les Suédois usant de la même recette instrumentale basée sur de longues échappées qui semblent se dilater à l'infini, avalées par les immensités du cosmos et que pilote une guitare stratosphérique. Le plaisir est là mais en mode mineur, jugement renforcé par l'absence d'un orgasme de l'acabit de 'The Big Rip', lequel achevait le précédent programme en un geyser d'effluves spatiales. Aucun des nouveaux titres ne paraît ainsi pouvoir détrôner ce monument dans le coeur de ceux pour qui "Yuri Gagarin" reste un des belles surprises de l'année 2013. En réalité, marque des grands albums, "At The Center Of All Infinity" n'offre sa précieuse intimité qu'après de nombreux va-et-vient. Peu à peu, sa richesse, immense, se fait jour. Avec intelligence, le groupe pétrit son art déjà reconnaissable auquel il injecte nombre de détails qui permettent au final à cet opus de ne pas être qu'une simple copie de son aîné. Fidèle à sa signature, il réussit en fait la gageure de ne pas se répéter malgré de trompeurs préliminaires. Amorce fantastique, 'The New Order' témoigne parfaitement de cette écriture subtilement travaillée. Passées les premières mesures dans la droite lignée du disque séminal, le morceau décolle très haut, voyage intergalactique aussi démentiel qu'hypnotique. Mangeuse d'espace, la six-cordes tresse une myriade de sons cotonneux, solidement secondée par une rythmique métronomique. Faits de cette même étoffe à la fois lourde et aérienne, 'At The Center Of All Infinity', 'Oblivion' ou 'In The Abyss' évoquent l'exploration de planètes inconnues dont on foule le sol escarpé, guidés par l goût de l'aventure. Si le (plus) court 'I See No God Up Here' flotte dans un nuage d'ambiances étranges et ouatées, l'oeuvre conserve toujours un côté extrêmement accrocheur, les traits plus durs qu'il n'y parait à l'image de 'Cluster Of Minds', puissante perforation qui se pare dans sa dernière partie de sonorité belles comme un chat qui dort. Au final, cette deuxième cuvée s'avère même plus équilibrée que sa devancière chacune de ses compositions faisant montre d'une égale inspiration. Ce faisant, les Suédois font mieux que transformer l'essai, ils s'ouvrent un avenir aux trésors infinis... (2015). 


Oort Cloud - Live At The Honey Hive