Quoiqu'on puisse penser de Finntroll, force est d'admettre que le groupe a inventé une recette très particulière, sorte de Folk metal extrême et sautillant, maintes fois copié depuis mais jamais réellement égalé. De fait, si ce Humpa Metal, comme on l'a appelé, n'étonne plus désormais, à l'image de la troupe finlandaise, il n'en allait bien entendu pas de même il y a une bonne quinzaine d'années lorsque le groupe a déboulé avec sous le bras son "Midnattens Widunder". Personne n'avait alors jamais entendu quelque chose comme cela. Deux ans plus tard, les trolls reviennent avec ce que d'aucuns considèrent - à juste titre - comme la pierre angulaire de leur discographie. "Jaktens Tid", puisque c'est de lui qu'il s'agit, leur a dans tous les cas, permis de franchir une étape, d'accèder à l'étage du dessus, manière de consécration pour ces musiciens tous issus du landerneau black, dark ou doom. A ce titre, dresser l'arbre généalogique de Finntroll revient à nommer la plupart des grands noms de la scène extrême du pays des mille lacs de, excusez du peu, Moonsorrow à Thy Serpent, de Barathrum à Shape Of Despair, de Rapture à Impaled Nazarene ! Ces racines brutales et tranchantes font plus qu'affleurer à la surface de cette seconde offrande, expliquant en partie sa réussite. Le caractère enjoué, sinon festif, de l'ensemble ne masque jamais le socle noir qu'incarnent chants de gargouille énervée, guitares féroces et rythmique appuyée, et sur lequel fleurissent ces compositions toujours extrêmement dynamiques. Rapide comme un torrent en cru, "Jaktens Tid" avale les minutes à un tempo soutenu, danse gaillarde à l'énergie communicative, tourbillon néanmoins sombre à l'intérieur duquel se cachent des esprits farceurs et maléfiques. Là réside, en partie, le talent des Finlandais, dans cette alliance entre mélodie et agressivité (toute relative s'entend), entre bonne humeur et atmosphères obscures. Saupoudrez le tout d'un sens de l'écriture qui fait immédiatement mouche et d'une maîtrise technique imparable et vous comprendrez pourquoi Finntroll s'est en toute logique imposé, séduisant un public toujours friand de ces touches folkloriques et devenant le héraut que celui-ci recherchait. Emaillé de nombreuses pépites, dont 'Skogens Hämnd' que zèbre une partie instrumentale de toute beauté, 'Födosagan' ou bien encore 'Vargtimmen', pour n'en citer que trois, "Jaktens Tid a quelque chose d'une sarabande sillonnant les sentes mystérieuses d'une forêt peuplée de créatures mytholgiques, puisant ainsi dans un folklore dont il restitue avec entrain et justesse les sombres ambiances. En cela, cet album mérite amplement sa place -parmi les premières - au sein du Folk Metal. 3.5/5 (2015)
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KröniK | Finntroll - Nifelvind (2010)
Comme d'autres, Finntroll fait partie de ces groupes à l'identité extrêmement marquée, que vous ne surprendrez pas en flagrant délit d'émancipation. Du coup, rien ne ressemble plus à un album des Finlandais qu'un autre album des Finlandais, inventeurs du Humpa Metal. Découverts avec "Midnattsens Widunter" en 1999, ils explosent au grand jour deux ans plus tard avec "Jaktens Tid", succès confirmé par "Nattfödd". Depuis, le groupe ronronne, n'étonne plus guère, prisonnier d'une recette, certes toujours appréciée des fans mais désormais éprouvée et sans surprise. Scellant en 2010 une alliance avec le puissant Century Media, "Nifelvind" surprend pourtant quelque peu. Non pas que Finntroll ait réellement décidé d'évoluer, cependant en misant davantage sur l'agressivité (relative) au détriment des mélodies, il semble alors vouloir renouer quelque peu avec son passé noir. Témoin par exemple, ce 'I Trädens Sang' aux guitares furieuses et au chant ad hoc. Corollaire de cette noirceur de ton et de teintes, cette cinquième offrande s'avère assez difficile d'accès, ce qui est tout à l'honneur de cette joyeuse troupe. De fait, on ne retient pas grand chose d'une écoute qui démarre comme d'habitude avec l'instrumental de rigueur avant d'avaler les minutes à un rythme soutenu, seulement brisé par 'Galgasang', respiration forestière belle comme un chat qui dort. Sombrement orchestral ('Tiden Utan Tid' porté par des chœurs majestueux) ou pas ('Drap'), l'opus affiche un déficit mélodique qui fait de lui le plus brutal de la carrière des Finlandais. Conjugué à une écriture de fait moins accrocheuse, moins sautillante, le résultat peut sembler presque décevant, malgré un emballage sonore made in Finnvox Studios dont les qualités ne sauraient être contestées, et un savoir-faire tout aussi incontestable de musiciens maîtres de leur art, auteurs de compos qui s'écoutent toutefois agréablement sans que celles-ci soient impérissables. Trop noir pour les amateurs sans l'être assez pour les autres, "Nifelvind" ne satisfait personne en dépit de bons moments, expliquant pourquoi il reste l'album le plus méconnu de Finntroll. Échaudé dans sa (timide) volonté d'évolution, le groupe reviendra à ce qu'il sait faire de mieux avec un "Blodsvept" plus conforme aux attentes de son public, bien qu'il confirmera les atours ténébreux de son prédécesseur mais cette fois-ci combinés à une science de la mélodie plus affirmée. 3/5 (2015)
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