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Paul Schrader | Auto Focus (2002)


Davantage qu'un biopic sur Bob Crane (aka Hogan dans la série Papa Schulze !), dont la famille a d'ailleurs contesté la vision assez négative, Auto-Focus est avant tout le portait d'une star qui va connaître le déclin, la déchéance, non pas à cause de la drogue ou de l'alcool mais du sexe. "Une journée sans sexe est un jour de perdu". Loin d'être manichéen, ce qui aurait été surprenant de la part de Paul Schrader, le film montre au contraire un homme attachant, malade plus que simple obsédé. En filigrane se dessine clairement les thématiques chères au metteur en scène dont toute l'oeuvre est marquée du sceau du péché (Hardcore, La féline, American Gigolo...).
Sur fond d'évolution technologique avec la naissance de la vidéo, du magnétoscope qui nourrit le sujet, on suit la descente aux enfers de Bob Crane sous le regard de son ange destructeur et futur bourreau. Un grand film, passionnant de bout en bout car il dépasse, transcende, un thème qui entre les mains d'un médiocre n'aurait abouti qu'à une obscénité. A souligner enfin la remarquable performance de Greg Kinnear qu'on n'attendait pas à un si haut niveau !













Paul Schrader | La féline (1982)


A première vue, on peut se demander quelles raisons ont poussé Paul Schrader à réaliser un remake de la Féline de Jacques Tourneur, tant son univers  crépusculaire parait éloigné de cette histoire de femme victime d'une malédiction.  Pourtant, en s'emparant de ce classique de l'épouvante des années 40, il fait oeuvre personnelle en cela qu'il trouve finalement dans ce matériau puissamment sexuel le moyen de cultiver ses propres obsessions. Quand Tourneur, code Hays oblige, joue sur la suggestion et les désirs rejetés, Schrader ne cache au contraire pas la dimension incestueuse de la relation entre Irina et son frère Paul. Grâce à Nastassia Kinski, qui exsude le sexe par tous les pores, le film n'est qu'un long coït ne pouvant déboucher que sur la mort.
De la photo de John Bailey à la musique de Giorgio Moroder (dont le titre final est chanté par David Bowie : quelle association !), de l'interprétation animale de Malcolm Dowell, qui trouve là un de ses derniers grands rôles, au décor moite de la Nouvelle-Orléans, sans oublier ni les mouvements d'appareil qui placent le spectateur dans la position du prédateur guettant sa proie ni la beauté des effets spéciaux, tout concourt à fasciner, à envoûter. | IMDb













Paul Schrader | Affliction (1997)


Chez Paul Schrader, l'argument policier n'est le plus souvent qu'un prétexte à une mise en abyme psychologique, que l'on songe à Hardcore ou a American Gigolo. Et il en va ainsi de Affliction, d'ailleurs un de ses meilleurs films. La vague intrigue, née d'un banal accident de chasse, disparaît vite, ensevelie sous la neige, énigme dont on comprend à la fin qu'elle n'a en réalité jamais existé ailleurs que dans le cerveau de plus en plus ravagé de son personnage principal, joué par un Nick Nolte qui retrouve enfin un rôle à sa (dé)mesure.
Adapté d'un roman de Russell Banks, le film se veut avant tout le portrait d'un homme meurtri, un péquenot qui s'agite dans une petite bourgade enneigée du New Hampshire, lequel croit trouver dans la mort d'un notable une issue, une échappatoire à sa vie qui fout le camp, qui prend l'eau de toute part. Mais à peu, il ne fait que s'enfoncer sans aucun espoir de retour. Naturaliste, Affliction est un film sur la fatalité, sur une hérédité à laquelle on ne peut échapper, sur le besoin de tuer le père, de façon symbolique ou pas. Si elle n'est pas totalement aboutie, parasitée par une voix off qui ne s'imposait pas, l'oeuvre tire sa force de sa sécheresse de trait, de sa justesse de ton, évitant le misérabilisme et surtout du jeu brutal d'un James Coburn étonnant.