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GrisT | City Of Plight (2018)



















Sept saillies en à peine plus de dix minutes au compteur : il ne faut pas être grand clair pour deviner dans quel bois est taillé City Of Plight. C’est du grind, du brutal, du qui vous lacère la peau et fait saigner les muqueuses.

Givoldi Fossa | De marées en oubli (2018)



















Petit agrégat digital de quatre pistes peut-être, De marées en oubli mérite pourtant qu’on s’arrête sur sa bonne vingtaine de minutes de sonorités tristes et glaciales comme une plage en hiver et ce, pour plusieurs raisons.

KröniK | N.K.R.T - Confiteor (2018)


Toute la force, charbonneuse et tellurique, de N.K.R.T réside dans cette manière qui n'appartient qu'à lui de matérialiser à la fois la suie malfaisante de l'âme humaine et la dimension noire de ces rites de contrition masochiste et mystique.

Si par sa noirceur incantatoire et oppressante, il renvoie à leurs chères études bon nombre de groupes de black metal dont les membres sont persuadés qu'il suffit de faire la gueule, une croix renversée autour du cou en prenant la pose au milieu d'une forêt pour faire evil, N.K.R.T rivalise également avec le doom en terme de dévotion sentencieuse, de religiosité obscure.

Et plus encore peut-être que ses prédécesseurs, dont un Sanctus Maclovius aux allures d'autel mystique, Confiteor convoque toute une liturgie à la fois immersive et cryptique. De fait, il n'y a rien d'élégiaque ou de noble dans l'art que rumine Frater Stéphane qui au contraire cherche à capter la part la plus ténébreuse du dogme chrétien. Que l'offrande voit la nuit le jour de l'équinoxe d'automne, moment particulier symbolique où le soleil traverse le plan équatorial de la terre, n'est bien entendu pas un hasard tant celle-ci a quelque chose d'une communion avec des forces sombres. Puisant sa source dans la prière du même nom, qui se déroule en deux étapes, la première étant l'aveu de l'état de pécheur et la seconde, la demande de pardon, Confiteor épouse donc ces deux temps. Ces cantiques résonnent d'une puissance souterraine qui monte crescendo. Voisinant avec les vingt minutes, Cantvs I n'est d'abord habité que par ce chant liturgique qui souffle comme un écho funèbre. Peu à peu, il s'accompagne de sonorités grêles, de bruitages inquiétants, qui grondent et font trembler les voûtes de cette crypte humide et lugubre. Le chant se transforme en psalmodies rituelles et diaboliques. On sent dans notre chair, la faute, le péché, comme la morsure d'un fouet. Plus le psaume avance plus il se mue en une sorte d'émanation drone presque aux confins d'un harsh noise crépitant où l'abstraction se conjugue à une opacité enveloppante, symbolisant une intercession sinistre. Cantvs II est le moment de la repentance. Aux paroles de pardon se mêlent nappes dark ambient désincarnées et injonctions hurlées. Mais loin de laver le pécheur de ses souillures, cette cérémonie ne fait au contraire que l'enfoncer dans les abysses du mal dont il ne peut se délivrer. Toute la force, charbonneuse et tellurique, de N.K.R.T réside dans cette manière qui n'appartient qu'à lui de matérialiser à la fois la suie malfaisante de l'âme humaine et la dimension noire de ces rites de contrition masochiste et mystique. (14/09/2018)


KröniK | Bagarre Générale - Tohu-Bohu (2017)


Inclassable, Bagarre Générale est un groupe qui ne ressemble à nul autre, errant le long d'une ligne ténue séparant doom et post-rock sans qu'aucune de ces étiquettes ne lui convienne vraiment. Le socle instrumental de son art, combiné à une dimension fortement cinématique, ainsi que l'utilisation de cuivres, achèvent d'en faire un O.M.N.I. (objet musical non identifié) qui ne cesse de nous intriguer autant qu'il nous fascine. Découvert par beaucoup grâce à son alliance avec Year Of No Light le temps d'un split fracassant, le quintet est (enfin) de retour, cinq ans après un premier effort éponyme sorti chez Radar Swarm.
Son nom suggère quelque chose de désordonné, de cacophonique. D'une certaine façon, "Tohu-Bohu", édité en CD et vinyle par Music Fear Satan et en cassette par Cold Dark Matter, a en effet quelque chose d'un maelström bouillonnant, plus incontrôlable qu'anarchique, où s'affrontent guitares aériennes, rythmique oppressante et trombone déglingué en une bande-son apocalyptique qui gronde d'une puissance souterraine, témoin ce 'Promenade' au titre pour le moins ironique, élévation martiale aux lignes agressives, brassant des images de péplums enflammés. Plus que jamais, le matériau façonné par Bagarre Générale se confond ainsi avec une musique de film, partition à la fois grandiloquente et extrêmement dure. Baignant tout d'abord dans une ambiance de giallo brumeux, 'Vertigo' embarque ensuite pour un voyage pulsatif aux atours aussi sombres que lourds, propulsé par un duo basse / batterie d'une force tellurique et hypnotique pour un résultat enveloppant, bloc massif que cisaillent des guitares obsédantes. Le format étiré de ces trois pistes participe de ce langage cinématographique qui culmine lors de 'L'usage des Mondes', dont les quinze minutes synthétisent cette signature qui n'appartient qu'à ses géniteurs, laquelle a gagné en ampleur et en force noire. Tour à tour écrasante ou plus éthérée, cette plainte tisse un récit tumultueux fait d'envolées guerrières et de respirations atmosphériques qui bat d'un pouls fiévreux. Exploration autant sonore que sensitive, "Tohu-Bohu." ouvre de nouvelles perspectives pour Bagarre Générale dont la matrice se fait de plus en lourde et immersive. 4/5 (09/09/2017)





KröniK | Red Harvest - HyBreed (1996)


Comme le nom de son label en témoigne, Damien Luce voue une grande admiration à Red Harvest. Rien de surprenant alors qu'il ait profité du vingtième anniversaire de leur deuxième opus pour rendre hommage aux Norvégiens. Chef-d'oeuvre (terme souvent galvaudé qui s'impose pourtant ici) trop méconnu, "HyBreed" renaît aujourd'hui de ses cendres sous la forme d'une noble cassette, habillée par le maître Dehn Sora. L'occasion est donc trop belle de (re)découvrir ce joyau aux allures d'ovni dont prétendre qu'il était en avance sur son temps tient du doux euphémisme. Vingt ans plus tard, il n'a toujours pas été égalé et même pas par le groupe lui-même qui ne parviendra jamais vraiment à reproduire cette réussite majeure. Maladroitement rattaché à une chapelle black metal alors en pleine effervescence et avec laquelle il ne partage guère plus que certains de ses membres, actuels ou passés (dont son ancien batteur Cato Bekkevold parti depuis cogner chez Enslaved),  Red Harvest  a toujours été à part, pionnier aussi insaisissable qu'incompris. Publié à l'origine par Voices Of Wonder, "HyBreed" est à son image. Indus, darkwave, ambient, l'œuvre dépasse en réalité ces étiquettes pour façonner un art unique à la fois atmosphérique et caverneux, sombre et glacial, massif et hypnotique, qui se doit d'être appréhendé dans sa vertigineuse globalité, bloc de matière en fusion qui se dresse dans l'obscurité opaque d'une usine désaffectée. Long de près d'une heure et vingt minutes, l'album vibre sous les coups de boutoir d'une machine infernale dont les pistons en mouvement résonnent comme des plaques tectoniques qui s'accouplent en une orgie mécanique. Bien que zébré d'éclairs de beauté ('In Deep') qui jaillissent de ces guitares parfois presque aériennes et d'un chant puissamment émotionnel ('On Sacred Ground'), l'ensemble forme pourtant un magma crépusculaire, qui bouillonne dans les entrailles brûlantes d'une planète prisonnière d'une gangue gelée. Véritable Janus sonore, "HyBreed" se veut l'alliance du feu et de la glace, alliage tentaculaire et incandescent de nappes électroniques qui se répandent telle une brume organique, de six-cordes vrombissantes et de rythmiques aussi martiales que saccadées. Léché par un souffle apocalyptique comme échappé du chaos originel ('The Burning Wheel'), "HyBreed" n'a pas pris une ride, n'a rien perdu de sa force d'évocation. Mieux, il gronde d'une modernité incroyable, donnant quasiment l'impression d'avoir été enfanté il y a peu, ce qui confirme non seulement sa dimension visionnaire mais surtout son caractère éternel. 4/5 (2016)


Cold Dark Matter Records | Prima Giedi (2014)


On peut être un modeste (par la taille non par la valeur) label et pourtant réussir l'exploit de rassembler sur une même affiche ce qui se sait de mieux en terme d'Ambient Indus sludge doom etc... hexagonal (surtout). Ce label, c'est Cold Dark Matter dont les deux premières offrandes, celle de Fange et le split Leben Ohne Licht Kollectiv / Immemorial, nous avaient déjà bien remué les tripes. L'affiche, c'est une doube compilation baptisée Primo Giedi au menu pantagruélique qui se divise en deux parties, "Deimos" puis "Phobos", soit, excusez du peu, près de deux heures de son(s) ! Et ce qui aurait pu se solder par un gros plat indigeste difficile à terminer, s'enfile avec une étonnante aisance. Car ce qui aurait pu ne se réduire qu'à un catalogue aussi incohérent que fastidieux épouse au contraire la forme d'un ensemble indivisible dont l'apparente hétérogénéité ne grève pas une progression intelligemment élaborée où chaque morceau s'imbrique dans un édifice d'art total. Quel rapport en effet et à priori, entre la dark ambient métaphysique de Treha Sektori et le sludge spatial de Bitcho ? Entre le Doom de Haxo et l'indus mélancolique de Kill The Thrill ? Peu de choses peut-être si ce n'est la même encre noire du désespoir qui a servi à leur écriture. Pourtant, une belle fluidité caractérise cette indispensable compilation derrière laquelle on sent la présence d'un démiurge qui possède une vraie vision artistique aussi bien qu'esthétique. Damien Luce, qui en a profité pour y glisser un titre de son Art 238, est ce magicien qui a donc conçu cette somme comme une oeuvre à part entière, bloc aussi halluciné qu'hallucinant, aux dimensions monstrueuses. Du coup, vouloir en détailler soigneusement le menu, piste par piste, semble absurde et contraire à sa forme volontairement unitaire. Mentionnons toutefois certaines d'entre elles, les contributions respectives de Jessica 93, qui a des allures d'une respiration salvatrice, quoique obsédante, au milieu de ce magma étouffant, de Hendiadys et sa longue plainte d'une ambient décharnée et cosmique. Citons également V.I.O.L. et son infernal titre éponyme de quasiment trente aliénées minutes. Sans oublier le 'Berhn Enh Seh Erha' d'un Treha Sektori fidèle à un style dont il ne se départira sans doute jamais, ce qu'on ne lui demande pas de toute façon. Mais arrêtons-là cette description afin de vous laisser emporter par ce voyage aussi sombre que trippant vers des sphères inconnues... (2015)