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Jean-Jacques Annaud | Coup de tête (1979)


Amusante satire du milieu du foot et des petits clubs possédés par des notables, Coup de tête nous ferait presque regretter que Jean-Jacques Annaud n'est pas poursuivi dans le registre de la comédie à la Weber qui en signe le scénario et les dialogues. Bien sûr, La guerre du feu, Le nom de la rose ou L'ours sont d'une autre ampleur mais il est permis de leur préférer la simplicité de ce deuxième long métrage, galerie de personnages certes un brin caricaturaux mais qui prennent vie grâce à des seconds couteaux comme on les aime (de Jean Bouise à Robert Dalban, de Mario David à Mauricer Barrier, de Paul Le Person à Michel Aumont). Si on peut être étonné de retrouver Patrick Dewaere dans une pure comédie grand public, le François Perrin qu'il incarne, avec sa décontraction et sa force habituelles, s'inscrit dans la lignée des Lefèvre (Adieu poulet), Fayard et Philippe (La clé sur la porte), éternel homme rebelle et en colère en butte contre une société corrompue.
C'est finalement moins les fans de foot que Coup de tête égratigne gentiment (contrairement à A mort l'arbitre) que la collusion entre le sport et les élites qui le pourrissent par l'argent et les magouilles qui vont avec (Vu le 29/09/2018)

















Yves Boisset | Le juge Fayard dit "le Shériff" (1976)


Inspiré de l'affaire du juge Renaud assassiné à Lyon en 1975 et qui fit alors grand bruit, le film d'Yves Boisset fait partie de ce courant des années 70 qui voit le cinéma français se donner pour mission de révéler la corruption politique et auquel participe alors activement le réalisateur. Ces précédents métrages, tels que L'attentat (sur Ben Barka) ou R.A.S. (sur la guerre d'Algérie) en attestent. Oeuvre ouvertement de gauche tournée à Saint-Etienne, Le juge Fayard dit "le shériff", en dépit de certaines critiques lui reprochant - à tort - de sombrer dans la caricature et le manichéisme, s'avère passionnant de bout en bout.
S'appuyant sur une distribution hallucinante (Dewaere, Bouise, Bozzuffi, Auclair, Léotard sans oublier tous ces seconds couteaux qui font le charme du cinéma français d'alors), Yves Boisset livre une mise en scène précise, efficace et bien menée. Toutefois, le film doit beaucoup à son interprète principal qui trouve dans ce personnage sinon un des tout meilleurs de sa carrière, du moins, un héros selon son coeur, politiquement d'extrême-gauche et impulsif. Dewaere, au jeu un peu plus contenu que d'habitude, est fabuleux et attachant (sa mort est un grand moment) dans la peau de ce juge d'instruction qui n'a pas peur d'affronter des ennemis jouissant de nombreux appuis. Ce rôle de "bulldozer" lui sied à merveille et il est certain que sans lui, la bobine de Boisset ne serait pas ce qu'elle est, c'est-à-dire un des polars hexagonaux les plus puissants de la décennie. En outre, Le juge Fayard dessine plutôt bien le contexte de l'époque et notamment ce monde interlope et louche des mercenaires et autres crapules qui gravitent dans le sillage de l'OAS et du SAC.