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Cellar Darling | The Spell (2019)



















En 2008, quand "Slania" a été publié, qui aurait pu alors imaginer que celle qui assurait à la fois le chant féminin et les parties de vièle à roue sur cette première offrande d'Eluveitie deviendrait plus tard une véritable artiste, chanteuse et musicienne complète à la personnalité et à l'univers bien affirmés ?  Peu de personnes assurément.

Fredrik Klingwall & Julia Black | Sentience (2019)



















Anima Morte, Rising Shadows ou ChansoNoir, autant de projets précieux qui ont tous en commun un même musicien, le Suédois Fredrik Klingwall, dont la créativité polychrome l'entraîne aussi bien du côté du metal progressif (Loch Vostok), du thrash (Machinery) ou du gothic doom (In Grey).

Kraków | Minus (2018)



















La présence dans ses rangs de musiciens chevronnés issus du creuset extrême norvégien dont Frode Kilvik (Aeternus, Taake) ou le batteur d'Orkan, Rune Nesse, qui l'a rejoint depuis peu après avoir remplacé l'actuel cogneur de Kampfar (Ask), ne doit pas vous abuser : Krakow ne noue aucun lien, si ce n'est humain donc, avec le black metal.

KröniK | On Thorns I Lay - Aegean Sorrow (2018)


Longtemps indissociable de l'écurie Holy Records, On Thorns I Lay nous rappelle cette époque, les années 90, où fleurissaient les VPCistes dont les catalogues fourmillaient de petites productions venues des quatre coins de l'Europe. Associé, aux côtés de Rotting Christ, Septic Flesh ou Nightfall, à l'émergence de la chapelle extrême hellénique, ce groupe a débuté dans une veine death doom dont "Sounds Of Beautiful Experience" puis "Orama", gravés respectivement en 1995 et 1997, furent les magnifiques écrins, avant de lever l'ancre pour naviguer sur des eaux plus electro ("Crystal Tears") ou expérimentales ("Future Narcotic"), pour un résultat surprenant mais tout aussi superbe. Mais en signant ensuite chez son compatriote Black Lotus, les Athéniens ont peu à peu entamé leur déclin pour plus ou moins disparaître lorsque ce label a mis la clé sous la porte.


On peut affirmer que On Thorns I Lay, sorti discrètement de son sommeil en 2015 grâce à "Eternal Silence", signe enfin avec "Aegean Sorrow" son véritable retour. L'appui de Alone Records devrait lui permettre de se rappeler aux bons souvenirs de ses nombreux fans qui l'avaient quelque peu oublié. Ces derniers seront (agréablement) surpris de voir la formation, déserter les rivages du (hard) rock atmosphérique à la Anathema période "A Fine Day To Exit" que "Egocentric" (2003) avait exploité sans grand bonheur, pour entamer un virage à 180° vers son glorieux passé. Bref, plutôt que de suivre la direction des frères Cavanagh, les Grecs ont préféré suivre l'exemple d'un autre groupe anglais de sa génération, celui de Paradise Lost, à un niveau plus modeste s'entend. Bien leur a pris, car cette huitième offrande s'impose d'emblée comme leur meilleur effort depuis l'époque bénie d'Holy Records. Il s'agit d'un pur album de doom death à l'ancienne, comme on en concevait il y a plus de vingt ans, sans pour autant être recouvert d'une épaisse couche de poussière. Qui mieux que Dan Swanö, qui l'a mixé et masterisé au sein des Unisound Studios, pouvait accompagner le groupe dans sa démarche, anachronique sans doute mais ô combien jubilatoire ! "Aegean Sorrow" abrite dans ses moindres recoins cette précieuse patine old school et ce feeling mélancolique qui tire toutes les larmes du corps. Il suffit d'écouter l'ombrageux 'The Final Truth', qui ne pourra d'ailleurs qu'évoquer le combo d'Halifax, pour avoir l'impression de faire un bond dans le temps avec cette longue pièce toute en clair-obscur où le chant clair dispute l'espace à une voix abyssale. Lignes de guitares obsédantes aux allures de vigie perçant la brume, silhouette osseuse d'un violon misérable ou notes grêles d'un piano spectral alimentent un menu dont le titre éponyme, 'In Emerald Eyes' ou 'Erevos' forment les gemmes les plus ensorcelantes. Plus lourd et agressif dans sa première partie, le diptyque 'Olethros' a quant à lui quelque chose d'un retable qui s'ouvre sur une beauté insoupçonnée. On Thorns I Lay signe un come-back réussi, qui se double d'une belle résurrection du doom death des années 90. (26/02/2018)

3.5/5 | Music Waves

KröniK | Ixion - Return (2017)


Seul dans son coin, à son rythme, Ixion continue de travailler son art. Au départ, arrimé à la chapelle doom, ce dernier glisse peu à peu en dehors de ses murs entre lesquels il a de toute façon été dès le début à l'étroit. La dimension cosmique qui la cimente dicte à cette musique une forme de plus en plus atmosphérique sinon éthérée, évolution qui trouve son aboutissement avec "Return". Du doom astral, parfois pas si éloigné que cela des travaux d'Esoteric en vigueur sur "To The Void", il ne reste plus que de pâles oripeaux que symbolisent de lointaines voix d'outre-tombe ('Hanging In The Sky').
Plus qu'un retour sur terre, cette troisième exploration voit les Bretons larguer ainsi franchement les amarres pour accoster le terrain qui leur était sans doute promis depuis toujours, progressif et électronique. Fruit d'une lente maturation, cette mue impose une partition limpide, presque liquide dans sa manière de s'écouler sans heurts ni tension. On touche là d'ailleurs du doigt la signature du trio qui n'a jamais besoin de souligner à gros traits des ambiances ouatées quasi irréelles voire immatérielles. Chez eux, tout est une question de sensations. Faussement plat, ce matériau est en réalité constellé de multiples touches, à l'image de 'Contact', envoûtante pulsation qui n'est pas sans évoquer Monolithe. Un titre tel que 'World Of Silence', tout en pastel, incarne à son tour parfaitement cette richesse souterraine que les écoutes répétées finissent par araser et mettre à jour. Guitares et claviers tissent une toile diaphane dont l'apparente fragilité cache ainsi une force d'évocation qui dessine un kaléidoscope d'images poétiques d'un romantisme en clair-obscur. De fait, "Return" irradie une beauté solaire et crépusculaire tout ensemble dont les lignes vocales évanescentes forment le pinceau trempé dans une palette de couleurs. Voyage plus terreux qu' "Enfant de la Nuit", "Return" s'aventure à travers des paysages délicats, n'hésitant pas à quitter les chemins d'un doom progressif pour emprunter une sente plus surprenante encore, tendant vers l'ambient, voire le celtique sur le terminal 'The Dive (Fade To Blue Part II)'. Ce faisant, Ixion confirme sa précieuse singularité, groupe à l'identité affirmée et pourtant mouvante, épris d'une liberté qui le guide vers l'inconnu. Mais loin d'être inquiétant, le monde dont ils poussent doucement les portes se révèle rassurant, mystérieux certes ('Out Of The Dark') mais ourlé d'une froideur lumineuse. Elévation céleste, "Return" témoigne à nouveau de cette finesse de touche qui n'appartient qu'à ses créateurs, dont le talent n'a d'égal que la modestie. Le prochain chapitre qu'ils écriront sera passionnant à découvrir. 3.5/5 (26/11/2017)






KröniK | Amorphis - Am Universum (2001)


Jusqu'à l'arrivée de Tomi Joutsen et en dépit de l'incontestable qualité des disques qu'il gravera avec eux à partir de 2005, lesquels marqueront alors un certain retour aux sources, les Finlandais n'ont jamais été pris en flagrant délit de stagnation, évoluant au gré des albums et des (légers) changements de line-up, glissant en douceur du death doom de "The Karelian Isthmus" au metal plus accessible bien qu'encore assez heavy, de mise sur "Elegy", sans toutefois renier leurs racines folkloriques enracinées dans la géographie et la mythologie finnoises. L'abandon progressif du chant de bête en rut symbolise cette mue naturelle qui leur a permis de surprendre constamment sans pour autant décevoir.
Et alors qu'on croyait cette mutation achevée par un "Tuonela" finalement plus rock que métallique, Amorphis change à nouveau de peau avec ce "Am Universum" qui largue plus encore les amarres pour accoster les rivages d'une musique à la fois atmosphérique et psychédélique, nimbée de touches progressives. Plus policées quoique toujours mordantes, les lignes vocales de Pasi Koskinen entraînent cette cinquième offrande sur ce front extrêmement mélodique que soulignent des claviers nourris aux années 70 ('Crimson Wave') et la présence d'un saxophone, assuré par le légendaire Sakkari Kukko, sur une large moitié du menu dont le majestueux et envoûtant 'Drifting Memories'. Mais comme toujours avec Amorphis, cette évolution se fait sans heurts, aidée en cela par cet inoxydable sens de la mélodie qui fait mouche et les accroches guitaristiques reconnaissables entre mille de la paire Holopainen / Koivusaari. De fait, les hymnes ne manquent pas, bien entendu, au sein d'un ensemble aussi carré que racé qui ne saurait susciter la moindre réserve, fidèle aux (bonnes) habitudes d'un groupe dont le métier n'est plus à démontrer. 'Alone', qui en ouvre les portes, est le plus irrésistible d'entre eux avec ses couleurs quasi floydiennes associées cependant à de lourds aplats qui forment un solide substrat que n'érodent jamais totalement ces envolées soyeuses. Tavelé d'ambiances spatiales, 'Goddess (Of The Sad Man)' poursuit cette imparable lancée que complètent en fin de parcours le lent 'Veil Of Sin', assis sur un tapis onctueux et le long et terminal 'Grieve Stricken Heart' aux reliefs évolutifs du plus bel effet. Amorphis pur jus, les 'Captured State', 'The Night Is Over' et autre 'Forever More' font également feu de tout bois tandis que 'Shatters Within' annonce un 'Far From The Sun' qui verra les Finlandais aller au bout de cette exploration sonore avec un bonheur plus grand encore. Avec ce "Am Universum", plus progressif et psyché que ses devanciers, Amorphis continue de façonner un art qui, depuis l'embauche de Pasi Koskinen, ne cesse de s'éloigner peu à peu du metal pur et dur sans pour autant rompre avec une immuable réussite. 3.5/5 (2017) | Facebock






KröniK | Armophis - Tuonela (1999)


Si jusqu'à présent, il avait su se renouveler en douceur, par petites touches pointillistes, gommant peu à peu ses atours les plus extrêmes dont il restait cependant toujours quelques oripeaux, notamment à travers la voix death du guitariste Tomi Koivusaari, Armorphis achève en revanche brutalement sa mue avec ce "Tuonela", qui marque un changement radical dans son style qui, s'il a toujours été mélodique, davantage en tout cas que celui d'autres formations finlandaises pataugeant elles-aussi dans les viscères, n'avait encore jamais affiché des traits aussi lisses sinon accessibles.
L'abandon total des growls -  sauf le temps d'un 'Greed' que nimbent toutefois des notes de claviers antédiluviens et dans une moindre mesure d'un 'Divinity' aux grosses voix plus parcimonieuses - au profit du seul chant clair qu'assure un Pasi Koskinen, confirmé comme l'unique vocaliste du groupe, témoigne de cette évolution qui, si elle ne fera pas que des heureux dans les rangs de ses admirateurs, lui permettra de toucher un public plus large, suivant en cela le même glissement que Tiamat ou Paradise Lost, dans des genres différents. De fait et nonobstant l'empreinte reconnaissable entre mille de Esa Holopainen, c'est presque un nouveau groupe qui se dévoile par l'entremise de ce quatrième album. Il ne reste donc définitivement plus rien du death doom originel et même les touches folkloriques qui coulaient dans les veines de "Tales From The Thousand Lakes" et "Elegy" ont presque disparu. A peine en décèle-t-on quelques réminiscences sur un 'Withered' entraînant, auxquelles les Finlandais préfèrent désormais des effluves psychédéliques ('Shining'), prouvant que leurs vraies racines étaient en réalité à chercher dans le (hard) rock progressif des années 70 ('Rusty Moon' et sa flûte virevoltante). Cela fait-il pour autant de "Tuonela" un mauvais disque ? Bien au contraire car, avec ce sens de l'accroche qui fait mouche, toujours aussi imparable, Amorphis se fend selon son habitude d'une poignée de compositions toutes plus délicieuses les unes que les autres. Mieux, après un "Elegy" aux allures de transition, cet opus se révèle plus homogène, le futur chanteur de Shape Of Despair s'y montre plus à son aise dans un registre très rock, simple et direct mais ô combien enchanteur à l'image des 'The Way', 'Morning Star', 'Nightfall' hanté par la présence d'un surprenant saxophone, ou le terminal 'Summer's End', autant de pièces d'orfèvre qu'une sourde mélancolie recouvre de son suaire automnal.  "Am Universum" et plus encore "Far From The Sun" ne confirmeront pas seulement cette direction musicale, ils ne feront que l'amplifier, au grand désarroi des ayatollahs de la première heure qui ne comprennent pas qu'un groupe peut légitiment avoir envie d'évoluer. Dès lors que la musique conserve sa valeur, qu'importe le changement, d'autant plus que les Finlandais, fidèles à d'immuables standards de qualité, ont su maintenir une égale inspiration au fil du temps... 3.5/5 (2016) | Facebook






KröniK | The Last Embrace - The Winding Path (2015)


A l'écoute de son successeur, on mesure combien "Essentia", opus acoustique revisitant quelques moments forts du répertoire de ses auteurs, loin de marquer la fin d'un chapitre, comme nous étions alors nombreux à le penser, se révèle être en réalité le trait-d'union entre "Aerial" et  "The Winding Path".
Non pas que celui-ci épouse les mêmes traits dépouillés et diaphanes, voyant au contraire le retour de la guitare électrique, mais il est le témoin d'un glissement très net vers le pur rock progressif, arasant les quelques racines métal qui restaient encore, quand bien même cette influence n'a de toute façon jamais été particulièrement appuyée.  Ce nouvel album n'en est pas moins souvent puissant, laissant parfois la parole à des guitares lourdes qui se fondent néanmoins dans un magma plus duveteux bien que toujours très riche, évolution qui trouve sa parfaite illustration dans 'The Field Of Minds', épicentre de l'écoute, dont la trame longue de plus de dix-huit minutes a des allures de fresque épique réclamant nombre d'immersions pour en débusquer tous les trésors. A elle seule, cette composition fleuve, justifie non seulement la découverte de "The Winding Path", mais illustre surtout la maîtrise à laquelle est parvenu The Last Embrace. Chant gorgé d'émotions, claviers progressifs, cordes discrètes, notes de piano mélancoliques, soubresauts électriques émaillent un canevas où la technique et la complexité ne musèlent jamais une beauté délicate. Ce faisant, le groupe témoigne d'une maturité et plus encore d'une identité mieux affirmée, laquelle ne doit plus rien aux Antimatter et autres The Gathering généralement cités pour le décrire. Pour se faire, s'il s'est assuré du concours de personnes talentueuses, qu'il s'agisse de Francis Caste aux manettes qui lui confère un son extrêmement chaleureux et vivant, ou de Dehn Sora (Treha Sektori, Blut Aus Nord) auteur d'un visuel lumineux différent de ses créations habituelles, The Last Embrace s'appuie avant tout sur un line-up où les individualités habiles se conjuguent au singulier. Se dévoilant par petites touches pointillistes, ce quatrième album, qui a pu voir le jour grâce à une campagne de financement participatif, se révèle être une œuvre équilibrée dont les deux sentinelles de plus de dix minutes sont encadrées par quatre pistes plus courtes bien qu'elles soient aussi pourvues d'un format conséquent ('On My Own'). En résulte un ensemble élégant et harmonieux, séduisant et délicat, d'une belle pureté de touches autant que de traits. Si les Français se sortent avec brio de ces courses de fond qui ne laissent pas la place à la médiocrité, ils se montrent peut-être encore plus inspirés lors de respirations plus simples mais non moins brillantes, à l'image de 'The Fear Of Loss' dont les arpèges squelettiques et la voix de Sandy tissent des ambiances d'une profonde tristesse. Superbe est l'enchaînement avec 'Let The Light  Take Us', pulsation instrumentale et percussive aux couleurs orchestrales. Fort de cet album remarquable et maîtrisé de bout en bout, la fois puissant et aérien, complexe et intimiste, on ne peut que souhaiter à The Last Embrace, formation attachante et inspirée, de rencontrer le succès qu'elle mérite depuis toujours et d'accéder à la place qui devrait être la sienne, parmi les premières donc de la scène rock (progressive) hexagonale. 3.5/5 (2015)


KröniK | Eilera - Face Your Demons (2016)


Cela fait longtemps que nous suivons la trace de Eilera, chanteuse tout d'abord repérée avec l'oublié Chrysalis, éphémère projet auteur d'un seul EP, "Between Strength And Frailty", publié en 2001 chez Adipocere Records, qui dévoilait un death metal progressif audacieux quoiqu'inabouti, avant de fonder deux ans plus tard, avec Loïc Tézénas, le groupe auquel elle a donné son nom.
Rapidement signé par le puissant Spinefarm, qui édite "Precious Moment" (2005) puis un deuxième album baptisé "Fusion" (2007), la voie du succès semblait toute tracée pour la belle. Pourtant, presque dix ans plus tard, celle qui vit désormais en Finlande reste bien trop méconnue. Le fait d'avoir décidé par la suite de se dispenser d'un label, choix ô combien respectable s'il en est, et les trop longs silences ponctuant sa carrière, ne sont sans doute pas étrangers à une renommée inversement proportionnelle à son talent. C'est donc avec une surprise mêlée de bonheur, que nous retrouvons Eilera cinq ans après un "Dark Chapter... And Stars" de bonne mémoire, interminable tunnel qui a vu Tézénas quitter le duo historique. 
Quand bien même la formation a été toujours portée par le chant d'Aurélie (son vrai prénom), nous aurions pu craindre que le départ du guitariste et architecte essentiel de cet art puissamment délicat ait pour conséquence un déficit d'inspiration. Or il n'en est rien, bien au contraire. Balayant ces années d'abstinence avec une classe folle, Eilera nous revient, son charme et sa chaleureuse identité intacts. Plus que jamais, à l'image du visuel habillant cette quatrième offrande, la vocaliste est mise en avant. Sa voix, à la fois sucrée et voilée d'une douce mélancolie, emporte tout.  
De savoureux frissons nous parcourent l'échine dès que celle-ci surgit lors d'une amorce éponyme irrésistible, chanson rock aux arrangements soignés qui pourrait faire un carton sur les ondes, si seulement ces dernières lui étaient accessibles, ce qui n'arrivera jamais. De fait, la découverte de "Face Your Demons" ne peut être que teintée de regrets, ceux de voir une musique au potentiel commercial si fort être injustement ignorée. 
Sans doute que son auteure s'en moque mais il n'en demeure pas moins qu'elle mériterait de bénéficier d'une reconnaissance qui est loin actuellement d'être acquise et dont on peut douter que cet album la lui apporte enfin. Mais ce constat amer ne doit pas nous faire bouder le plaisir réel de savourer encore une fois ces compositions finement ciselées, perles de givre remplies d'une émotion à fleur de peau, comme en témoignent les merveilleuses 'Angel Made Temptress', 'Cure' ou 'Into The Sea'. 
Tavelé de légères touches celtiques ('Frozen Path'), parfois sombrement pulsatif ('Male Female Balance') ou gainé dans un metal (très légèrement) plus lourd  ('Your Way'), "Face Your Demons", s'il souffre quelque peu d'un manque de variété, ne peut que ravir les sens et combler les amoureux de cette chanteuse dont la voix vibre d'une puissante délicatesse.  4/5 (2016)


Soon | Darkher - Realms


Date : 19/08/2016
Label : Prophecy Productions
Genre : Dark atmospheric sounds


                                    

KröniK | Akin - The Way Things End (2011)


Akin. Ce groupe ne dira certainement rien à la majorité d'entre-vous qui pensera avoir affaire avec The Way Things End au jet séminal d'un jeune pousse. Mais ceux qui ont un peu suivi le parcours de l'éphémère label Sacral Productions et ont assisté aux premières partie de Within Temptation lors de la tournée française en support de Mother Earth, se souviendront peut-être de cette prometteuse formation dont Verse (2001) et l'EP Forecast (2003) ont dessiné un séduisant Metal atmosphérique entre Gothic, Dark et progressif. Etant restés sans nouvelles des lyonnais depuis ces débuts encourageants, nous pensions que le collectif s'était malheureusement éteint.

C'est donc avec surprise et joie que nous accueillons aujourd'hui ce deuxième opus que nous n'espérions plus. Comme tend à le confirmer la reprise des deux titres majeurs qui avaient illuminé Forecast, "The 92nd Flight" et "Cassandra", proposés dans des versions légèrement remaniées, Akin reprend les choses où celles-ci ont été laissées il y a huit ans. Si Verse ou la relecture du "Opium" de Moonspell avaient permis d'arrimer le groupe à la mouvance Dark à chanteuse, sous-chapelle qui avait au début des années 90 le vent en poupe grâce aux travaux de Tristania ou Trail Of Tears avec lesquels il nouait pourtant assez peu de liens, The Way Things End voit ses auteurs poursuivre une évolution vers un art plus feutré et tout simplement plus progressif. Aidé par un quatuor à cordes, dont il exploite les sonorités avec élégance et sobriété ("Resilience") et toujours emmené par la voix cristalline de Adeline Gurtner, Akin propose un album dont la longueur (plus d'une heure) et la densité ne grèvent néanmoins pas la fluidité. Au point que la quinzaine de compositions s'enchaîne sans temps mort, formant ainsi un ensemble d'une belle homogénéité en dépit de la variété des ambiances et des couleurs utilisées. Teintes orchestrales graves, arabesques orientales (comme sur le très beau "Miller's End" aux percussions envoûtantes), accroches progressives ("Coma") ou enlevées ("When") définissent ainsi une palette des plus riches dont on sent qu'elle est le fruit d'un long travail de construction et de réalisation. Mieux vaut tard que jamais ! Beaucoup découvriront donc Akin avec ce The Way Things End de bonne facture bien qu'il aurait mérité une prise de son plus enveloppée. Le groupe reste fidèle à une personnalité attachante et qui au final ne ressemble à nulle autre. De fait, nous ne saurions trop vous conseiller d'écouter les deux premiers efforts dont ce disque est le tardif complément plutôt que - on l'espère - la conclusion, aussi belle soit-elle... (19.05.2011) ⍖⍖⍖


KröniK | Devin Townsend - Ki (2009)


On avait bien senti que, ces dernières années, ça n'allait plus très fort pour Devin. Entre un Strapping Young Lad - projet qui ne lui convenait plus - qui virait de plus en plus à l'autoparodie, à la mauvaise blague, le sabordage du Devin Townsend Band et un Ziltoid The Ominiscient, certes sympathique, personnel (comme toujours) et fun mais peu ambitieux, le Canadien donnait l'impression de s'être égaré et donc, de plus que jamais se chercher. Comment va-t-il aujourd'hui ? Ses albums étant de véritables miroirs de son état d'esprit du moment en même que de sa santé (mentale), de fait Ki nous rassure. Annoncé comme le premier volet d'un ensemble de quatre opus (!) à la fois différents et très certainement complémentaires qui devraient voir le jour d'ici la fin de l'année, il montre un Devin Townsend enfin apaisé, posé et en phase avec lui-même, avec ce qu'il est. Ces treize chansons (sur un total de 47 en tout, en sachant qu'il en avait composé au départ 65), plus proches d'un rock atmosphérique que du metal, et encore moins du progressif, genre dans lequel le musicien est aussi à sa place que Sarkozy à un meeting du NPA, risquent d'en décevoir pas mal. Car si l'empreinte du Canadien se veut toujours bien présente (comment pourrait-il en être autrement ?), comme l'illustrent les premières mesures de "Disruptr" par exemple cependant que l'on pense parfois à Terria, comme lors de l'écoute de son morceau éponyme, Ki surprend par son apparent (et faux) manque de puissance. Corollaire de cette observation, il déçoit tout d'abord. A l'instar de maints grands disques, il réclame nombre de préliminaires pour le pénétrer en profondeur. mais, une fois bien au chaud dans la chair de son intimité. Tout y est en vérité épuré, feutré et réduit à une expression simple, qui ne veut pas dire simpliste. Cette évolution est le fruit notamment du récent travail de Devin sur cet instrument qu'est la basse (un titre tel que "Heaven Send" s'en ressent), sur le silence parfois aussi important que les notes que l'on joue. Il ne ressent plus le besoin de faire le maximum de bruit ou d'éjaculer une cascade de gammes, quand bien même le solo qu'il lâche sur "Heaven Send" est tout à fait digne dans sa folie de son ancien mentor Steve Vai. Néanmoins, Townsend n'est pas Malmsteen. Contrairement au Suédois, son jeu est pourtant gorgé de cent fois plus de feeling. Il suffit d'écouter le pointilliste "Terminal" pour s'en convaincre. Il est une brise délicate, pleine de justesse, parfois proche de certains travaux de Steven Wilson. Aucune saturation, seulement quelques notes égrenées avec émotion et un sens de l'économie admirable. Ce dépouillement pourrait être austère, il n'est que grâce et pureté. Cet album regorge de puissance mais celle-ci nait en fait du silence, d'un calme apparent. On pourrait presque parler de force intérieure, souterraine. Des perles d'écriture, belles comme un chat qui dort, telles que "Coast", "Gato", l'instrumental aérien "Ain"t Never GonnaWin...", très seventies dans l'esprit avec ses effets à la wah wah, les lents "Winter" et "Lady Helen" se drapent presque dans un voile fantomatique au point d'en devenir insaisissables tandis que Devin n'a pas résisté à glisser de ci de là quelques curiosités comme il en a le secret, témoin de ses goûts éclectiques, à l'image de l'étonnant "Trainfire" (lequel, d'ailleurs, aurait sans mal pu apparaître sur le délirant Infinity) qui le voit crooner de la plus belle des manières ou le quasi pop "Quiet Riot". Voilà donc un disque d'une très grande richesse, malgré la grande cohérence qui le traverse, introduction et trait d'union avant les autres pans que l'on hâte de découvrir et sans doute ce que Devin Townsend a offert de plus abouti depuis Synchestra, voire même Accelerated Evolution. 4/5 (2009)


                                   

KröniK | Devin Townsend - Addicted (2009)


Posons-nous un instant afin de faire le point sur les travaux récents du Canadien (toujours aussi) fou. Hormis un Strapping Young Lad désormais dans la tombe, l'homme a déjà livré depuis 2006 pas moins de quatre disques, Synchestra, The Hummer, Ziltoid the Omniscient et Ki, autant de facettes d'un artiste plus polymorphe que schizophrénique. Annoncé dès la sortie de son prédécesseur avec lequel il forme un ensemble (?) de quatre opus, Addicted affiche encore un autre visage de Devin Townsend. Si Ki, par son caractère silencieux et apaisé pouvait quasiment s'apparenter à de la non-musique, ce recueil de dix titres se veut quant à lui bien plus accrocheur et immédiat. A cela, rien de surprenant lorsque l'on sait que son géniteur l'a conçu comme une réponse à un metal calibré radio et ados à la Nickelback. Pour ce faire, le guitariste a mouliné des compositions simples au fuselage lourd en rythmique, écrin à des paroles aux connotations sexuelles et hilarantes. Mais ne croyez pas que le Canadien a décidé de draguer le tiroir-caisse car Addicted porte sa signature. Incontestablement. En effet, ces chansons sont certes, et à priori, faciles d'accès, aidées en cela pour la plupart d'entre-elles par la présence séduisante de Anneke van Giersbergen ("Addicted!", "Hyperdrive!", qui apparaissait déjà sur Ziltoid, "Resolve !"...), néanmoins elles sourdent une folie sournoise qui finit par contaminer tout le programme. De fait, on pense parfois au délirant Infinity. Grosses guitares, chants du Devin à foutre des frissons mais surtout cette trame qui ne file jamais vraiment droit. Pesant et chaloupé, "Addicted" a des fausses allures d'hymnes que parasitent des choeurs déglingués. "Universe In The Ball" semble avoir été expulsé du cerveau d'un malade mental et ce, en dépit de son tempo imparable. Et tout le reste est à l'avenant même les morceaux les plus évidents, tels que le béat "Bend It Like Bender !" ou la ballade pop "Ih-Ah" aux paroles délicieuses qui permet à Townsend de démontrer, si besoin en était encore, ses talents de chanteurs, comme il le fait aussi sur le long et terminal "Awake !", où il use de nombreuses tessitures vocales, piste qui par ailleurs meurt sur un fondu contemplatif de toute beauté. Seul peut-être "The Way Home", par son caractère atmosphérique, apparaît moins rongé par cette lèpre. Addicted n'est sans doute pas l'oeuvre la plus sérieuse ni la plus ambitieuse et encore moins la plus belle, de Devin Townsend mais cela ne l'empêche pas d'être très agréable à écouter, notamment grâce à la participation de l'ex sirène de The Gathering, toujours aussi sublime. Et de toute façon, lui-même s'en moque. Il n'a que faire des modes et des qu'en-dira-t-on. Il fait ce qui lui passe par la tête, point barre, ce dont on ne saurait trop le remercier. On attend de voir maintenant à quelle sauce le musicien va, la prochaine fois, nous manger. Soyez convaincu qu'aussi bien la qualité que l'originalité seront encore une fois au rendez-vous... 3.5/5 (2009)