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David Lynch | Elephant Man (1980)


Quand bien même il est peut-être considéré comme le film le plus accessible, dans le sens hollywoodien du terme, de son auteur, Elephant Man n'en demeure pas moins une oeuvre purement lynchienne.
La beauté plastique et le soin apporté à la reconstitution de l'Angleterre victorienne, laquelle doit beaucoup à la photo en noir et blanc du vétéran Freddie Francis, l'attirance pour les marginaux et en corollaire cet hommage évident au Freaks de Tod Browning, sans oublier certains plans oniriques portent ainsi l'incontestable griffe de David Lynch. Le réalisateur, dont il ne s'agit que du deuxième film après Eraserhead, fait déjà montre d'une maîtrise technique impressionnante. Mais, s'inspirant de l'histoire véritable de John Merrick, le film tire avant  tout sa force de son portrait extrêmement pessimiste et sans fard d'une société qui instrumentalise la difformité du personnage, que ce soit Bytes, le montreur de foire, ou le docteur Treves qui l'offre en spectacle non plus aux badauds mais à d'autres médecins tout d'abord puis à la bonne société londonienne qu'attire une morbide et malsaine curiosité.  Passant de la cruauté aux larmes, Elephant Man repose également sur une interprétation très juste, anglaise oblige, de John Hurt à Anthony Hopkins, qui prouve qu'il n'est jamais aussi bon que dans la retenue, de John Gielgud à Wendy Hiller.



Michael Cimino | La porte du paradis (1980)


En quelques mots :  Loin d'être le chef-d'oeuvre présenté par certains, qui parfois ne l'ont même pas vu, La porte du paradis demeure avant tout un grand film malade, à la fois vaste fresque hollywoodienne et film d'auteur, pouvant être virtuose et baroque d'un côté, sentimental et creux de l'autre. Si son affiche est un clin d'oeil évident à Autant en emporte le vent, ce troisième long-métrage de Cimino en est bien entendu l'antithèse, western crépusculaire qui ne se contente pas de démythifier l'Ouest comme il est alors de bon ton de le faire mais brosse une image sans concession de la conquête de l'Ouest où il n'est plus question de l'homme blanc contre les Indiens mais des riches contre les pauvres, des Anglais contre des pauvres hères venus d'Europe de l'Est. C'est l'âme du peuple américain qui attaqué par ce film, d'où son échec, le public refusant le reflet que le cinéaste lui tendait. Pourtant, aujourd'hui, l'actualité lui confère un écho glaçant. Et pour une fois, la version longue, celle qui se rapproche le plus de l'ambition d'origine, se justifie tant la version courte sortie en salle en 1981, possède un goût d'inachevé, attaquée dans son ampleur par des coups de ciseaux imposés...