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J'ai si froid... | Loin des hommes (2019)




















Quand elle ne martèle pas son black metal spatial et atmosphérique au sein de l'entité qui porte son nom, Brouillard rumine sa mélancolie et sa misanthropie par le biais de J'ai si froid... Associée à Dunkel, le corbeau derrière Drakonhail et Sale Freux, à l'occasion de deux premières offrandes figées dans la glace et le désespoir, c'est désormais seule - pour le moment en tout cas - qu'elle poursuit sa route.

News | Nocturnal Depression - Tides Of Despair



















"Tides Of Despair", le nouvel album de Nocturnal Depression (Black Metal), sortira le 25 novembre 2019 chez Sun & Moon Records.

Suicidal Madness | Dégénérescence (2019)



















Tout amateur de black metal dépressif a déjà croisés la route de Suicidal Madness, entité hexagonale qui répand sa mélancolie froide et poétique depuis plusieurs années. Si Illusions funestes est survenu très rapidement après Les larmes du passé, l’accouchement de Dégénérescence aura cette fois-ci été plus long, deux ans et demie séparant ce troisième méfait de son devancier. C’est dire si celui-ci était extrêmement attendu comme un Graal funéraire et baudelairien, ultime corde à glisser autour du coup.

Истина | Откровение неизвестности (2018)



















Son pollué, guitares noyées sous une épaisse croûte de brouillard, vocalises hurlées qui percent une nuit sale comme le flot menstruel, Откровение неизвестности nous évoque les premiers pas agonisants de Xasthur et certaines de ses meilleures offrandes, Nocturnal Poisoning et To Violate The Oblivious en tête.

Nyctophilia | Ad Mortem Et Tenebrae (2018)



















Des Nyctophilia, on en dénombre au moins quatre (d'après le précieux Metal Archives), qui tous macèrent dans le jus du black dépressif.

Nachteule | Bergdorf (2018)



















De l'art noir québécois, nous connaissons surtout les offrandes exposées par les précieux labels Sepulchral Productions et les Productions Hérétiques, celles des figures tutélaires Forteresse, Monarque et consorts, porte-étendards d'un black noir, souvent patriotique, toujours glacial et mélancolique.

Silence.Cold.Alone | Lamentation Of The Falling Snow / Howling (2018)



















Comme son titre le laisse deviner, Lamention Of The Falling Snow / Howling est l'agrégat des deux premières démos de Silence.Cold.Alone que Share Your Pain Records a l'excellente idée de publier sous la forme d'une tape limitée à dix exemplaires.

A lire | Pa Vesh En - Church Of Bones (2018)


Le black metal, dans sa définition la plus dépressive et primitive, est friand de ces misanthropes à face de goule qui pondent des albums comme d'autres vont aux chiottes, tout seul dans leur coin. Des démos par palettes entières et des splits partagés avec tout ce qui rampe dans les profondeurs de la chapelle noire, s'enchaînent à un rythme frénétique, conférant rapidement à leurs auteurs une aura culte. Xasthur, Leviathan ou Striborg hier, Pa Vesh En aujourd'hui. Dernier de ces projets qui ne peuvent proliférer que dans les artères macabres de caveaux humides, cette entité échappée des froides forêts biélorusses s'est taillée un nom (mystérieux) en moins de deux ans. Deux démos ("Knife Ritual" puis "Dead Womb") éditées en format cassette (quoi d'autre ?), suivi d'un 7 pouces au titre bien nommé ("A Ghost") et enfin une alliance avec Temple Moon, jonchent le sol d'une grotte éclairée à la chandelle qu'une première offrande longue durée vient allonger en ce début d'automne 2018.

La créature de la nuit aligne tous les invariants propres au  black metal régressif comme des pinces à linge sur un fil. Mais, visuel morbide en noir et blanc, prise de son brumeuse et identité anonyme participent de cette atmosphère spectrale qui enrobe cette oeuvre tel un suaire pourrissant. Reste que la magie (noire, forcément) de cet art haineux et blafard opère encore une fois. Et on finit par être engourdis puis happés par ces plaintes lancinantes grouillant dans une sinistre bouillie. Résonnant comme un râle étouffé, capturé dans les entrailles d'une crypte noyée dans les ténèbres, le chant est inaudible, souligné par un tempo tordu qui parfois s'emballe (A Funeral Procession). Tout concourt à plonger "Church Of Bones" dans un éther macabre aux confins d'un ambient sépulcral qu'égrènent des claviers cafardeux (La valse Macabra). Néanmoins, on devine derrière cette façade polluée, un talent réel qui fait de Pa Vesh En autre chose qu'une gargouille de plus ruminant son mal-être et sa haine de la race humaine. Il suffit ainsi d'écouter une complainte telle que « Pale Body... » pour constater que son géniteur possède une écriture plus travaillée qu'il n'y paraît, laquelle se conjugue à une manière assez personnelle de fouiller l'obscurité, de matérialiser des ambiances blêmes. Drapée dans un halo livide, cette hostie possède le goût d'une bile vénéneuse. Les titres s'enchaînent en une danse (macabre) entêtante, litanie fantomatique à travers les couloirs caverneux d'une cavité froide et enténébrée. Cénotaphe lugubre noyé dans une brume funéraire, "Church Of Bones" se montre à la hauteur de l'intérêt suscité par les brouillons qui l'ont préparé, confirmant au passage que Pa Vesh En n'a pas volé son aura déjà culte. (01/10/2018) ⍖⍖⍖





Black metal, in its most depressive and primitive definition, is fond of these ghoul-faced misanthropes who produce albums like others go to the toilet, alone in their corner. Demos by full pallets and splits shared with everything that crawls into the depths of the black chapel, follow one another at a frenetic pace, quickly giving their authors a cult aura. Xasthur, Leviathan or Striborg yesterday, Pa Vesh Today. The last of these projects, which can only proliferate in the macabre arteries of damp cellars, this entity escaped from the cold Belarusian forests has carved out a (mysterious) name for itself in less than two years. Two demos (Knife Ritual then Dead Womb) published in cassette format (what else?), followed by a 7-inch with a well named title (A Ghost) and finally an alliance with Temple Moon, lit up the ground of a candlelit cave that a first long-lasting offering extends in early autumn 2018. The creature of the night aligns all the invariants specific to regressive black metal like clothes pegs on a line. But, morbid black and white visual, mist recording and anonymous identity are part of the spectral atmosphere that envelops this work like a rotting shroud. However, the magic (black, necessarily) of this hateful and pale art works once again. And we end up being numb and then caught up in these haunting complaints teeming in a sinister mess. Resounding like a muffled rail, captured in the bowels of a crypt drowned in darkness, the song is inaudible, underlined by a twisted tempo that sometimes gets carried away (A Funeral Procession). Everything contributes to plunge Church Of Bones into a macabre ether at the borders of a sepulchral environment that ejects cafard-like keyboards (La valse Macabra). Nevertheless, behind this polluted facade, one can guess a real talent that makes Pa Vesh More than just another gargoyle ruminating about his unease and hatred of the human race. All you have to do is listen to a complaint such as "Pale Body... "to find that his progenitor has a more elaborate writing than it seems, which is combined with a rather personal way of searching the darkness, of materializing pale atmospheres. Draped in a livid halo, this host has the taste of a poisonous bile. The titles follow one another in a heady (macabre) dance, a ghostly litany through the cavernous corridors of a cold and dark cavity. A gloomy cenotaph drowned in a funeral mist, "Church Of Bones" is equal to the interest aroused by the drafts that prepared it, confirming in passing that Pa Vesh En has not stolen his already cult aura. (01/10/2018)


The True Werwolf / Druadan Forest | Split (2018)


Ce split est l'écrin d'un dungeon synth monumental et hivernal.

Alliance 100% finlandaise, ce split rassemble, sous l'égide de Werewolf Records, basé à Lappeenranta, deux figures majeures de la chapelle noire du pays des mille lacs dont les discographies respectives sont épaisses comme le bottin, Graf Werwolf, âme damnée du tutélaire Satanic Warmaster et V-Khaoz, autrefois complice régulier de Narqath au sein de Oath Of Cirion, Hin-Onde ou Azaghal. Avec The True Werwolf (pour le premier) et Druadan Forest (pour le second), les deux hommes aiment à errer à la périphérie du black metal, dans ces zones obscures aux confins de la musique électronique et ambient chères à tout un pan de l'art noir, de Burzum à Vinterriket.

Pour l'occasion, ils se fendent chacun d'une (très) longue plainte qui s'étire au-delà des vingt minutes au compteur, écrin d'un dungeon synth monumental et hivernal.  Nourri d'un humus funèbre,  'Frozen Throne Of The Final Winter Of The Endless Sorrow (The Funeral Of All Life)' franchit néanmoins les frontières de ce style par sa dimension désolée et plaintive. Graf Werwolf y égrène un désespoir absolu avec un minimalisme solitaire qui nous plonge à travers des paysages figés par une nuit froide et éternelle. Par sa beauté crépusculaire et sinistre, il ravive finalement plus l'esprit du pur black metal qu'il ne chasse sur les terres médiévales propres au Dungeon Synth, contrairement à Druadan Forest dont l'expression se veut plus orthodoxe. 'Ravenwinds On My Path Towards The Entrance Into The Cold And Lonely Mountain' s'élève avec une majesté atmosphérique et emphatique, résonnant comme une invite venue du fond des âges, à pousser la porte de montagnes  mythologiques. Moins triste que sa devancière bien qu'elle soit elle aussi empreinte d'un isolement profond, la composition trahit le goût de son auteur pour les tessitures plus épiques que mélancoliques. Reste que parler de split à son sujet parait maladroit sinon réducteur tant cette collaboration tient davantage de la communion que de la simple addition de deux pistes qui en définitive se révèlent totalement liées l'une à l'autre comme les deux faces d'une même pièce gelée par l'hiver. (27/08/2018)


KröniK | ColdCell - Those (2017)


Stagnant dans les eaux troubles d'un post doom vénéneux, "Those" libère les émanations mortifères d'un black metal souterrain. 

Peu à peu, ColdCell est en train de gravir les marches d'une exposition amplement méritée, au gré de multiples changements de labels, le voyant passer de l'obscur Gravity Entertainment (le temps de l'originel "Generation Abomination") au révéré Avantgarde qui vient de le signer et où son black metal glacial et désincarné trouvera l'idéal refuge pour proliférer. Sans doute l'écurie italienne n'a pas été insensible à ce "Those", édité par Czar Of Cricket, troisième méfait qui impressionne par sa maîtrise des ambiances mortifères et du canevas tourmenté.

S'ils n'inventent rien dans ni dans la forme, minérale et sinueuse, ni dans le fond, sombre et torturé, les Suisses ont parfaitement assimilé et digéré les leçons de leur compatriote Triptykon avec lequel il partage cette même expression grouillante et maladive d'un art noir aussi labyrinthique que schizophrénique. Il ne manque aux Bâlois que le génie visionnaire de l'ex Celtic Frost pour se défaire de ce statut de disciple habile qui leur colle à la peau. Il s'agit là, très honnêtement, du seul (relatif) défaut de ce groupe qui dévoile avec cette offrande un style parvenu néanmoins à maturation, lente dérive dans des geôles souterraines et humides. Pulsatif et abyssal, "Those" est tout du long rongé par une gangrène corrosive. Avalé par une nuit épaisse aux allures de marée noire, son menu répand sa négativité poisseuse en s'abîmant dans les méandres d'un post doom lancinant, influence qui lui dicte un tempo plus empesé que fielleux et un sens des atmosphères pointillistes qu'égrènent des guitares à la fois squelettiques et tentaculaires ('Entity II'). Bien qu'il ne se prive pas de quelques accélérations plus typiquement black, témoin le percutant et enveloppant 'Heritage' que transpercent de désespérés accès de fureur, ColdCell prend son temps pour bâtir ce cénotaphe aux dimensions cyclopéennes, laissant respirer des plaintes engourdies pour mieux les laisser exploser en un torrent définitif, tel ce 'Drought In The Heart' convulsif et contemplatif, tumultueux et cendreux tout ensemble. Ce substrat instrumental aussi vertigineux que reptilien est creusé par un chant aux nombreuses nuances, tour à tour sentencieux ou écorché, rituel ou survolté, évoquant alors la folie contaminatrice de Bethlehem ou Deinonychus. Il est le venin de ce mal lourd et rampant qui infuse dans les profondeurs intimes de cet opus qui a quelque chose d'un gouffre qu'aucune lumière ne parvient à pénétrer. Stagnant dans les eaux troubles d'un post doom vénéneux, "Those" libère les émanations mortifères d'un black metal souterrain. (13/05/2018)


KröniK | Misery - Mélancolie Suite (2017)


Fille de Misère ne reste jamais absent bien longtemps, entre sa participation à Aube Grise (sous le nom de Thomas Bel) et Misery, son jardin secret qu'il laboure avec un stakhanovisme frénétique. Succédant à Mélancolie IV et Asthenia, Mélancolie Suite le voit poursuivre l'exploration d'un format court, ce qui ne signifie pas qu'il ait renoncé à ces complaintes étirées dans lesquelles il aime macérer. Cassette au tirage limité (39 copies), l'objet le voit surtout poursuivre cette expression crue et lancinante d'un black metal d'obédience dépressive, délaissant l'art ambient et funéraire qui le guidait à ses débuts. Ces deux plaintes aux allures de râles interminables, reprennent les choses là où les a laissées leur éponyme devancière.
Du haut de ses onze minutes au garrot, Mélancolie V remplit la première face, égrenant un tempo léthargique proche de la catatonie. Guitare rongée par rouille, rythmique minimaliste et vocalises hurlées qui percent le suaire de la nuit, distillent un mal-être ferrugineux. Volontairement répétitive, cette procession funèbre trace dans la terre froide un sillon abrupte et écorché qui confine à une forme de transe rampante et convulsive. Face B, Mélancolie VI traîne sa carcasse au fond d'un même charnier en un magma déglingué. Misery y imprime ces coups de reins meurtris, repoussant une éjaculation qui ne viendra jamais. Maladive, la six-cordes suinte un désespoir qui parait absolu, tricotant des instants pétrifiés au bord d'une cavité intime béante et lacérée de plis sinistres. Puis, le convoi lugubre se remet en branle jusqu'aux ultimes battements de cœur. S'il n'invente rien, l'homme a une façon toute personnelle de ruminer sa tristesse avec un sens de l'épure squelettique et des atmosphères noires et décharnées. Ce faisant, il impose un ton intime presque introspectif à ce black metal plus contrit que suicidaire. Il appelle au recueillement et à la contemplation de l'âme. 3.5/5 (31/12/2017) | La Horde Noire






Soon | Neige et Noirceur - Vent Fantôme


"Vent fantôme", le nouvel opus de Neige et Noirceur (Ambient Black Metal), verra la nuit le 12 avril chez Avantgarde Music.





KröniK | Sadness - Tundra (2016)


Après Somewhere Along Our Memory, Rose / Lavender et le Home Find Me de Left Alone, l'un des nombreux projets de Elisa, son unique maître des lieux, Distant Voices poursuit sa collaboration avec Sadness dont il réédite Tundra, agrégat de quatre plaintes capturées en 2015. Si le fruit de cette association n'est pas ce que nous préférons dans le catalogue confidentiel de ce précieux artisan de l'art noir, contrairement aux offrandes de Misery, Aube Grise, Arbre ou Brouillard, reconnaissons que cette somme, par son minimalisme (quasi) instrumental, n'est dénuée ni d'une forme de beauté diaphane ni d'un élan émotionnel qui le rendent attachant.
Plus mélancolique que dépressif, plus misérable que négatif, Sadness y tricote un back metal qui n'a de noir que le nom, errance squelettique aux confins du Shoegaze. Bien qu'il faille patienter jusqu'à The Lightly Falling In Our Storm pour entendre des vocalises écorchées, Soâr puis Autumn Wind qu'égrène un piano figé dans un strict dénuement, pleurent davantage, en quelques accords solitaires, un désespoir contrit qui touche au coeur. Fidèle à une écriture dont il ne se départira sans doute jamais, l'Américain rumine son spleen automnal qui trouve en Ensound l'écrin le plus achevé. Du haut de ses vingt-cinq minutes au garrot, cette complainte résume à elle-seule cette démesure grisâtre aux traits répétitifs. Le chant hurlé de notre hôte hachure ce paysage aussi délavé qu'isolé qu'irriguent une guitare paresseuse. La chorale féminine qui le drape tel un suaire, siphonne le peu de noirceur qu'elle exsude mais l'auréole cependant d'une grâce spectrale. Collection d'inédits, Tundra, outre le fait qu'il illustre la diarrhée créatrice de son auteur, montre un Sadness tel qu'en lui-même, peintre d'une tristesse évanescente et intimiste. Ceux qui le suivent au gré de ses (nombreuses) réalisations, puiseront là matière à cultiver leur mélancolie suicidaire. Quant aux autres, ils passeront une fois de plus leur chemin, n'y croisant pas les ténèbres convoitées... (08/10/2017)


KröniK | Aube Grise - L'encre et la terre (2017)


Bien qu'au départ, projet solitaire entre les seules mains d'Anna M., photographe du label Distant Voices, Aube Grise s'est presque mué en un duo depuis que Thomas Bel, l'âme de Misery sous le sobriquet de Fille de Misère, vient placer quelques lignes de chant de clair (sur Hanterieur) ou des nappes ambient (sur cette Encre et la terre qui nous intéresse aujourd'hui) mais l'entité n'en reste pas moins viscéralement recluse dans sa peinture d'un mal-être profond. Son écoute invite à une forme d'introspection, empreinte d'une sinistre contemplation. Intime et esseulé, son art a quelque chose d'un gisant abandonné dans le froid, au milieu d'une nature tourbeuse.
Cette nouvelle offrande illustre plus que jamais ce sentiment d'abandon qui imprègne jusque dans sa chair cette créature crépusculaire. S'abîmant toujours plus profondément dans une désolation cendreuse, Aube Grise propose cette fois-ci un seul et long râle qui étire ses vingt-six minutes de souffrance pétrifiée avec une force souterraine. Après quelques accords grêles d'un piano fantomatique, que vient peu à peu polluer une rouille (dark) ambient aux confins d'une noise désincarnée, la plainte entame un chemin ravagé par des vocalises hurlées, meurtri par des guitares souillées et ferrugineuses, secoué par une rythmique métronomique en mode rafale dans le style maison cher à Distant Voices. Mais de nombreuses pauses mortifères mitent cette trame aux allures de tunnel sans fin. Les silences, le pouls d'une basse lugubre et des sonorités pluvieuses ou le bruit du glas jonchent une partie centrale striée de riffs dissonnants avant que le torrent ne connaisse une nouvelle crue, charriant sa haine avec une puissance saccadée. Immersive, l'oeuvre conceptuelle libère des atmosphères enveloppantes, cyclique, elle s'achève comme elle a débuté, par les mêmes notes de piano, symbole de la vacuité d'une existence qui tourne à vide, souillant la terre d'un jus nocif. La terre donne et reprend la vie, en un mouvement de balancier dont cette piste est la parabole funèbre... 3.5/5 (05/08/2017)


KröniK | Left Alone... - Home Find Me... (2015)


Après Sadness, Distant Voices poursuit sa collaboration avec Elisa, jeune musicien d'origine mexicaine, âgé de vingt ans, qui enregistre des offrandes comme d'autres vont au cabinet. Souffrant d'une sorte de priapisme musical, associé à un mal-être qui semble infini, cette âme solitaire ne peut conserver sa semence que pour un seul projet, préférant au contraire se démultiplier même si l'humus dans lequel il aime à se repaître reste plus ou moins identique, errant quelque part entre art noir dépressif et black metal enkysté de miasmes shoegaze. Toujours au stade de la démo (six au total pour le moment), Left Alone...Hom est l'une de ses concubines suicidaires qu'il besogne à côté de son principal port d'attache.
Publiée à l'origine par Depressive Illusions Records, l'hostie a droit aujourd'hui à une seconde peau grâce à notre précieux artisan qui la réédite, habillé d'un nouvel artwork réalisé par l'artiste maison Anna M.(Aube Grise). Le bonhomme y récite trois psaumes qui étirent soixante minutes d'une désolation misérable, fidèle en cela à des standards dont il ne se départira sans doute jamais. Petite soeur de Sadness, cette entité rumine toutefois un black plus doloriste encore. Ce faisant, Left Alone... trempe ses pinceaux dans une palette plus noire que son aîné, quand bien même les premières mesures de So Cold..., pleurées par un piano pétrie de contrition, macèrent davantage dans le sirop que dans le mazout, impression confirmée par le reste de la complainte qui se traîne inutilement sans jamais vraiment s'enfoncer dans les abysses, contrairement à l'éponyme Left Alone qui voit le flagellant marcher sur les pas sinistres d'un Woods Of Desolation. De fait et même s'il ne pourra jamais fouiller les ténèbres avec la négativité requise, on préfère Elisa dans ce registre plus crépusculaire qu'ombrageux. Avec peu, il parvient à trancher les veines d'où s'écoule le flot d'une tristesse sans fin (Einsam). Quelques accords et un timbre écorché lui suffisent pour appuyer sur l'interrupteur et plonger la chambre dans une obscurité que peuple tout un cortège de regrets et de souvenirs désenchantés. 3/5 (18/06/2017)

KröniK | Sadness - Rose / Lavender (2016)


Comme autrefois Striborg, dans une veine plus raw, moins shoegaze quoique que tout aussi dépressive, Sadness multiplie les offrandes comme d'autres les pains. Son solitaire créateur voit la musique lui couler par les narines sans qu'il puisse jamais stopper ce flot continu. Après Somewhere Along Our Memory, Rose / Lavender est son deuxième opus (mais le onzième en tout) à voir la nuit via Distant Voices. Si son prédécesseur, en dépit d'instants de beauté pure, n'était qu'à à moitié convaincant, la faute à sa durée par trop excessive, ce nouvel effort propose un menu plus resserré sinon plus raisonnable puisqu'il ne franchit que de peu la barre des quarante minutes au compteur.
Mais ce format ramassé se révèle trompeur car avec ses (seulement) deux pistes qu'on devine extrêmement dilatée, prétendre que Elisa prend - encore une fois - son temps, tient en réalité du doux euphémisme ! Surtout, l'homme fait montre d'une inspiration qui ne semble pas prête de se tarir dans un style très codifié qu'il ne cherche d'ailleurs nullement à révolutionner, déversant son spleen avec une masochiste gourmandise et une verve bourgeonnante. Déroulant son amertume durant plus d'un quart d'heure, Rose est le premier de ces deux titres, plainte qui égrène avec tendresse sa mélancolie vaporeuse et squelettique. Tous les ingrédients y trouvent bien serrés, de ce chant écorché qui perce la nuit à ce grain de guitare cendreux en passant par cette rythmique ankylosée mais la tristesse fragile qui s'en dégage emporte tout. Du haut de ses vingt-six minutes au garrot, Lavender trempe dans un humus shoegaze, tissant une toile dont chaque fil est une note de désespoir. Si quelques accélérations la zèbrent, cette longue rumination demeure elle aussi prisonnière d'une douce léthargie. Cela pourrait être interminable mais Sadness parvient à imprimer un désenchantement hypnotique quasi évanescent qui berce tel un ressac mélancolique. Plus misérable que négatif, plus pastel que véritablement noir, ce one-man band reste fidèle à son identité et au genre auquel il s'accroche, livrant un album aussi sincère que touchant. 3/5 (11/06/2017) | Facebock






KröniK | Aube Grise - Hanterieur (2017)


One-Woman Band, Aube Grise revient (déjà) nous rendre visite avec Hanterieur, opuscule qui  répand son spleen délavé en deux pistes pour presque vingt minutes de sonorités sales et décharnées. Creusant le sillon dépressif entamé par Feue et Mauvaise augure, ce troisième signe de mort voit sa génitrice peaufiner peu à peu son art, découpé dans un black metal lo-fi pluvieux qui rappelle par moment l'éphémère Amesoeurs en mois urbain et plus terreux.
Son format court lui donne également l'occasion d'expérimenter quitte à s'éloigner des rivages ferrugineux, même temporairement, ce dont témoigne la seconde plainte qui voit Anna M. braconner sur les terres de la coldwave, aidée dans son aventure par son complice Thomas Bel (Misery) dont le chant clair hachure ce Hanterieur II d'une couleur plaintive, jusqu'à l'éruption finale et abrupte où le metal noir reprend ses droits dans un registre cependant tout aussi suicidaire. Peu sensibles à ce genre froid et minimaliste, notre préférence se dirige toutefois vers le premier titre, naturellement baptisé Hanterieur I, lequel étire sur plus de onze minutes un mal-être pollué et dissonant, charrié par une guitare qui hurle, rongée par une lèpre rouillée. Squelettique, cette reptation ouvre doucement ses cuisses en de longs et immobiles préliminaires q ue vrillent des accords maladifs. Puis la voix écorchée de la maîtresse de cérémonie surgit,  noircissant encore un peu plus le ciel sombre qui s'étend sur ce paysage d'une hivernale froideur. D'une lancinante funéraire, le tempo est prisonnier d'une geôle humide où s'entassent remords et regrets. Des touches coldwave drape tel un linceul grisâtre une dernière partie désenchantée. Dédié à la comédienne lituanienne Katerina Golubeva qui a hanté jusqu'à sa mort en 2011 le cinéma aride et exigeant de Sharunas Bartas, Claire Denis, Bruno Dumont et surtout Leos Carax, Hanterieur se présente, à l'instar des autres réalisations du label Distant Voices, sous la forme d'un objet précieux au tirage limité et confirme les (très) bonnes impressions laissées par ses prédécesseurs. Depuis, Aube Grise a déjà enfanté une nouvelle offrande, L'encre et la terre...  3/5 (2017)


KröniK | Lebenssucht - Fucking My Knife (2016)


Même si la musique lui sort littéralement par les trous de nez, les (très) nombreux projets qui occupent Déhà sont souvent avant tout une histoire de famille, celle d'artistes, inspirés toujours, avec lesquels il partage amitié et un goût similaire pour un black metal torturé et pétri d'une noirceur mortifère. Lebenssucht le voit s'associer par exemple avec un autre mercenaire du plat-pays, ex Enthroned (entre beaucoup d'autres) Ahephaim, poursuivant une collaboration entamée avec Vaer. La chanteuse S Caedes, partenaire de ce dernier dans Humanitas Terror Est, complète ce line-up resserré.
Cette alliance assure déjà à ce groupe sa valeur intrinsèque, les standards de qualité de ces Belges n'étant plus à démontrer, mais garantit surtout une teneur riche en négativité. Fucking My Knife, leur carte de visite n'est peut-être qu'un EP mais sa (trop) courte durée suffit à déflorer un potentiel maladif et puissamment viscéral. En trois plaintes gangreneuses, le trio esquisse avec une lame rouillée, baignant dans ce sang menstruel, un art noir aussi hystérique que décharné que hante une folie prolifératrice qui permet à cet opuscule de s'extraire du caniveau du black bêtement suicidaire. Il y a là une forme de démence corrosive et sournoise qui ronge tout et enfonce corps et âme ces pistes dans les profondeurs hallucinées d'un corridor possédé qui serpente dans les entrailles d'un asile, témoin ce Fucking My Knife terminal et définitif qui résonne de cris terrifiants et de bruits stridents au bord d'une copulation ambient bruitiste et dégénérée. D'une lancinance convulsive, Depression atteint des sommets de décrépitude, rumination obsédante qu'irriguent un chant écorché et des riffs venimeux dans une architecture crépusculaire aux structures déchaînées. Evoquant de manière lointaine le Shining originel lorsque Niklas Kvarforth n'était pas encore ivre de lui-même, Until I Die imprime un tempo qui confine à la transe, reptation implacable dans un charnier pétrifié. Connectés grâce à un fluide evil, les trois personnages de cette pièce au souffle aliéné, se fondent en une créature tapie dans l'inconscient, qui hurle et lacère l'esprit. Eu égard aux multiples projets que besognent ses membres, espérons que Lebenssucht ne reste pas comme tant d'autres groupes, un one shot aussi prometteur soit-il… 3.5/5 (2017) | Facebock






KröniK | Sadness - Somewhere Along Our Memory (2016)


Né à Mexico en 1997 mais installé désormais dans l'Illinois, Elisa (mais Damián Antón Ojeda pour l'Etat civil) fait partie de ces musiciens dont le stakhanovisme force le respect, même si certains grincheux ne manqueront pas d'affirmer que ce black metal d'obédience (vaguement) dépressive que le jeune homme rumine, facilite de part sa nature répétitive et onanique ce genre de diarrhée créatrice. Pas faux.
Mais cela n'enlève rien à l'inspiration de cette âme solitaire déjà auteur en l'espace de deux années à peine et sous la seule bannière d'un Sadness qui n'est que l'un de ses nombreux jouets, d'une palanquée d'albums, onze au total, à ce jour et sans compter toutes les miettes habituelles (démos, split, EP) dans lesquelles aiment se repaître ces artistes reclus. Somewhere Along Our Memory... a connu un long chemin avant de débarquer dans le catalogue de Distant Voices, voyant d'abord la nuit en janvier 2016 sur la page Bandcamp du bonhomme alors uniquement disponible en téléchargement, puis édité le mois suivant en cassette par Depressive Illusions Records, avant de bénéficier de cette sortie en CD, agrémenté d'un nouvel artwork et enrichi d'une piste supplémentaire, The Way She Smiles, aboutissant à un résultat long de plus d'une heure au compteur ! Nous aurions pu craindre que cette durée généreuse quoique excessive rende difficile sinon ennuyeuse la défloration de ce menu pantagruélique, d'autant plus que les six titres seulement qui l'habitent, déroulent chacun une trame pour le moins dilatée, When The First Snow Fell... culminant même à presque 20 minutes au garrot. Il n'en est pourtant rien tant sa progression conserve une fluidité éthérée. Seul à la barre, le maître des lieux étire un tapis plus mélancolique que véritablement suicidaire, en évitant parfois de peu de sombrer dans un maniérisme misérable lorsque des envolées shoegaze ourlent ces compositions minées par la componction (D'un ciel de nuit). Le plus souvent hurlé, le chant se met toutefois en retrait au profit d'un canevas instrumental que tricotent guitare stratosphérique et piano intimiste. L'écoute de Somewhere Along Our Memory... nous évoque de tristes rêveries, à travers la solitude de paysages désolés quoique lumineux (Kiss In October). De fait et bien qu'il soit corseté par des regrets et des fautes qui ne peuvent être effacées, l'album ne charrie aucune négativité, irradiant au contraire la force positive de se battre, d'affronter les épreuves d'une vie bordée de malheur. Proche du Alcest contemporain, le génie visionnaire et douloureusement émotionnel de Neige en moins cependant, Sadness délivre avec cet opus la bande-son introspective d'une existence teintée d'amertume. 2.5/5 (2017) | Facebook